KK. Null – Fertile

Fertile

Vous avez peut-être pu vous en rendre compte, j’aime assez le travail de KK. Null. Particulièrement, là, où la plupart des Japonais cherchent à transcrire une explosion sonique orgiaque (ce qui n’est pas un mal en soit), Kazuyuki Kishino sculpte à même le son. Au burin, au couteau, sa musique se fait tactile, elle touche au sens et se révèle, finalement, difficilement catégorisable. « Fertile », c’est comment on donne naissance à des ramifications aux confins de l’electronica, de la noise et du field recordings. Huit segments de taille variable qui germent à la suite de l’autre, gagnant en taille ce que les graines précédentes ont laissé. Mais ces semences sont électriques. Elles renferment de l’énergie électrostatique, elles se conglomèrent et tournoient comme des atomes fous, attirant d’autres particules dans des vapeurs tour à tour dronisantes, acérées, bruitistes, cinétiques, voir technoïdes. L’électroacoustique se fait au plus petit de l’élément, elle prend source et forme dans ces ronds d’eau, diluée, dématérialisée, coupée, fissurée. Liquide, gazeux, électrique, « Fertile » nait de ses propres créations. Son microcosme est dense, d’un équilibre ondoyant. Ces molécules électroniques, dissonantes, grinçantes effraient. Ces ions austères, fugitifs, ascétiques ou voluptueux, fascinent, agressent, caressent les sens en ébullition. Des couleurs, des pigments, de l’eau, du courant, de la conduction. Chaque élément passe sur l’autre. C’est un dialogue de matière incongru, pulsatif, instable, capricieux, joueur. Chaque écoute est un renouvellement, une peinture de Monet électriquement folle, le vent se charge de neutrons. « Fertile » est singulièrement intriguant, bombarde de fréquences. L’image n’est jamais fixe, chaque rond d’eau est différent, chaque fragment l’est autant… Unique.

Jérémy Urbain (9/10)

Site web : http://kknull.com/en/

Fertile
KK. Null
2007
Touch

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