Kate Bush – 50 Words For Snow

Kate Bush – 50 Words For Snow

Kbush

Sorti il y a plus d’un an, 50 Words For Snow faisait suite six ans plus tard au splendide Aerial, et arrivait juste après Director’s Cut dans lequel Kate Bush avait réenregistré une grande sélection des titres des albums The Sensual World et The Red Shoes, quelques fois avec bonheur, et d’autres sans que le morceau ne soit amélioré ou… meilleur. C’est bien là que le bât blesse avec notre pianiste inventive : son originalité, sa créativité et son univers devenu éthéré et poétique, encore plus abstrait qu’autrefois, peut tomber dans l’écart de l’excès, quitte à perdre le fan dans le tourbillon atmosphérique de son génie. Car oui, pour une artiste comme Kate Bush, on peut parler de génie musical. Et pour tout génie, on adhère ou on trouve tout ça ridicule. En clair, on aime ou on aime pas. C’est un peu ce qui est arrivé avec Aerial et encore plus pour 50 Words For Snow. Ce concept-album embarque celui qui veut bien s’y perdre, dans le froid et la beauté de la neige, avec une constante : le piano de Kate, qui, sur un fil, nous enveloppe chaudement et nous emmène loin dans un voyage onirique où se mêlent féerie, poésie et histoires d’amour.

« Snowflake » ouvre le bal et raconte du point de vue d’un flocon de neige, sa naissance, sa chute et sa rencontre avec un enfant. Une beauté hypnotique et atmosphérique à souhait. « Lake Tahoe » convoque les esprits d’une femme disparue et de son chien dans une histoire musicale envoûtante, avec un piano mélancolique, des voix d’opéra et des cordes magnifiques et discrètes. « Misty » relate une nuit avec un bonhomme de neige (!) qui fond petit à petit. Une fantaisie sensuelle, jazzy, sur 13 minutes magnifiées par le fil narratif de son piano et les cordes. « Wild Man » propose d’aller sur les pas du yéti avec la voix spéciale d’Andy Fairweather-Low sur le refrain qui complète à merveille celle de Kate.

Puis, les amours contrariées de deux personnes qui se croisent dans le temps sont racontées dans « Snowed In At Wheller Street », en duo avec Elton John, dont la voix profonde se fond merveilleusement dans le paysage lunaire de Kate Bush. « 50 Words For Snow »  embauche le comédien Stephen Fry et lui permet de donner cinquante synonymes du mot « Neige » dans toutes les langues possibles et imaginaires, y compris le… klingon ! Un exercice de style amusant, mais un peu vain toutefois. Enfin, « Among Angels » est un piano/voix ensorcelant de beauté où Kate fait des merveilles, rappelant les meilleurs moments d’« Aerial ».

Il faut donc se plonger complètement dans cet univers où l’imagination et la poésie règnent en maître, et passer sur les quelques petits défauts du disque : certains morceaux sont trop longs, et la lenteur globale peut rebuter. Il n’empêche, cette symphonie du rêve, hors du temps, force le respect, et le travail de Kate Bush ne peut que remplir de bonheur tout mélomane qui se respecte. On est loin d’Holiday On Ice, on s’envole comme un flocon de neige, ballotté au gré du temps et des histoires feutrées et romantiques, racontées avec grâce par Kate et ses invités. Une invitation à la flânerie poétique, ce n’est pas tout les jours qu’on nous le propose !

Fred Natuzzi (8,5/10)

http://www.katebush.com/

 

50 Words For Snow
Kate Bush
Fish People
2011

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