Karcius – Grey White Silver Yellow & Gold

Grey White Silver Yellow & Gold
Karcius
Autoproduction
2022
Rudzik

Karcius – Grey White Silver Yellow & Gold

KARCIUS-GREY WHITE SILVER YELLOW & GOLD

La Scandinavie tend à devenir le centre névralgique du petit monde du prog, donnant naissance à une foultitude de groupes plus sensationnels les uns que les autres. Pourtant, s‘il est une autre patrie qui n’est pas en reste dans ce genre, c’est bien le Canada et ce, depuis bien longtemps. Bien calés dans les roues de la locomotive qu’est Mystery, il y a des formations haut de gamme qui méritent toute l’attention des fans de prog. Karcius est de celles-là.
Les Montréalais approchent les vingt ans d’existence et livrent Grey, White, Silver & Gold, leur sixième album studio. Les festivaliers français les connaissent, car ils ont figuré deux fois à l’affiche du Crescendo de St Palais sur Mer. Deux fois certes, mais en proposant des prestations bien différentes. En effet, pendant une dizaine d’années, le quatuor Karcius emmené par son guitariste Simon L’Espérance produisait des albums instrumentaux à tendance free jazz tel que l’excellent Episodes sorti en 2008 et déjà chroniqué dans nos colonnes. Réduit à un duo le temps de l’album The First Day, le groupe s’est reconstitué en 2018 sous la forme d’un quatuor avec deux nouvelles têtes et en particulier… un chanteur ! Forcément, son propos a considérablement évolué et l’opus The Fold qui a suivi ce changement majeur a montré que la mayonnaise avait parfaitement pris, ce que nous avons pu constater lors du Crescendo 2018, à tel point que Karcius s’est fendu d’un album live de ce show l’année suivante. Alors, il devenait indispensable de poser une oreille attentive sur le coloré Grey, White, Silver & Gold.

KARCIUS-GREY WHITE SILVER YELLOW & GOLD band1
Avec ce titre, Karcius a-t-il voulu proposer une alternative au Rainbow Flag ? Certainement pas et d’ailleurs, si le titre de l’album est chanté d’entrée de jeu , ses textes concoctés par Sylvain Auclair, son chanteur, sont relativement abscons même s’il me semble y discerner une constante concernant la place de l’humanité dans le cosmos avec peut-être une forme de résignation devant le gâchis écologique qu’elle génère, mais ça n’est que mon interprétation. Un titre coloré donc pour un album qui l’est beaucoup moins puisque l’ensemble montre une dualité faite de puissance sombre alternée avec des parties plus douces empreintes de tristesse. D’ailleurs, il y a très peu de passages accélérés et au contraire, beaucoup de ballades qui, oh surprise ! ne sont pas convenues ou lénifiantes, y compris sur les deux titres à rallonge que sont « The Ladder » et « A Needle Tree ». Un exploit quand on connait mon aversion pour les ballades prévisibles.
Pour revenir au line-up, Simon est toujours aux commandes accompagné de son batteur fétiche Thomas Brodeur. Sébastien Cloutier assure les claviers et, ainsi Sylvain Auclair le chant et la basse. Il est amusant de constater que ce dernier, sans doute bien occupé à officier au micro, continue pourtant comme son prédécesseur à délivrer des parties de basse épatantes, ronflantes (« Parasite »), galopantes (« The Ladder ») ou en duo avec une batterie épileptique sur « A Needle Tree ». Son chant me plait beaucoup. Ses intonations et son timbre quand il force le ton (« Parasite ») me rappellent celui de David Fremberg d’Andromeda, un groupe scandinave (encore un !) que j’aimais énormément et qui est en hibernation prolongée, sans doute une conséquence du climat polaire dans ces contrées. Que ça soit en termes de riffs (« Parasite » encore !) ou tout en douceur, Simon L’Espérance est d’une efficacité redoutable à la six cordes. Ses soli sur la ballade musclée qu’est « Supernova » sont dignes des plus belles ballades de hard rock. Le truc que j’ai le moins apprécié, c’est le son très scintillant et réverbéré de sa guitare sur «  The Ladder ». Je sais, je fais ma fine bouche, mais vous me connaissez non ?

KARCIUS-GREY WHITE SILVER YELLOW & GOLD band2
La section rythmique fait preuve de beaucoup d’inventivité et de complicité le temps d’un « Cosmic Rage » syncopé ou d’un « Distance Kills » très sombre à tendance orientale. Le côté free jazz originel de Karcius réapparait sur l’intro aux claviers de l’épique « A Needle Tree ». Il est étonnant de constater que ce titre d’un quart d’heure joué sur le même rythme n’engendre absolument pas la monotonie. Ceci est dû à la richesse des harmonies et à la fabuleuse complémentarité des musiciens. Parfois, c’est la basse qui s’affole pour habiller ce rythme mid-tempo, à d’autres moments, c’est la guitare, quand à mi-chemin, Thomas Brodeur nous gratifie presque d’un solo de batterie intégré à la rythmique… épatant. Le solo de claviers renvoie aux plus grandes fresques de Barclay James Harvest tandis que celui de guitare redonne un second souffle au titre. Vraiment bluffant et un digne final pour cet album à côté duquel, il ne faut absolument pas passer.
Je vous le dis sincèrement, aller poser ses esgourdes du côté du Canada peut vous permettre de toucher le jackpot progressif. Avec Grey, White, Silver & Gold, Karcius est capable de faire sauter la banque.

www.karcius.com
www.facebook.com/Karciusmusic

 

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