Jonathan Wilson – Gentle Spirit/Slide By

Jonathan Wilson Band

Jonathan Wilson – Gentle Spirit/Slide By (Bella Union 2011 & 2014)

Non, il n’est pas le frère de Steven mais, tout comme lui, il sait tout faire et semble s’être abreuvé à toutes les meilleures sources musicales, celles du rock progressif et au-delà, pour nous concocter un premier opus à la fois personnel et hommage aux plus grands. « Intertextualité » dirait-on si c’était un roman. Peut-on parler d’intermusicalité ? A l’écoute de « Gentle Spirit », galette remplie jusqu’à ras bord avec 78 minutes en 13 plages (préparez-vous à des semi-epics entre 6 et 10 minutes, oui, le Jonathan aime prendre son temps), on croirait entendre ici la folk d’un Neil Young, là du Pink Floyd des premières années (des échos d’ « Echoes » sur « Natural Rhapsody » notamment), avec sons de guitares gilmouriens vaporeux, d’orgue vintage et même de mellotron, ou encore le psychédélique old school d’Astra (mais c’est normal, eux aussi ont plongé corps et âme dans les sources seventies, tant pour le son que le style). Le nouveau venu Wilson connait donc ses classiques et ne se refuse rien, pas même quelques sweeps bruitistes cosmico-analogiques d’un Tangerine Dream première période (final de « Waters Down »). Retour donc vers le passé, à la manière d’un folk Californien hippie (« Ballad Of The Pines », le fabuleux « Desert Raven », la reprise « The Way I Feel » ou encore l’hypnotique « Valley Of The Silver Moon » et son riff Youngien en diable).

Petit bémol s’il en faut, la voix du Jonathan, suave et alanguie pour ne pas dire un poil paresseuse (comme celle de Steven ?) s’ajoute à l’absence de tout tempo rapide, riff ou envolée de décibel et laisse l’impression d’une relative uniformité de ton, s’éloignant en cela du Floyd ou de Wilson (Steven cette fois) qui savent quant à eux ménager quelques montées de régime qui font du bien, afin de ne pas trop se laisser bercer. Nous n’avons pas dit s’endormir, n’exagérons pas, car ces hommages surprises à l’un ou l’autre des groupes cités et d’autres encore (le concours est ouvert pour compléter la liste, chacun y trouvera sa référence) soutiennent l’attention et nous laissent sur le fil, dans l’attente d’un clin d’œil ou d’une trouvaille sonore qui finira toujours par survenir ici ou là. Le visuel est également surprenant : pochette superbe, énigmatique, un design daliesque aux limites de la science-fiction et de la fantasy, avec cet arbre puissant au grain apparent imitant l’écorce, qui soutient et structure le tout (surtout si on déploie la jaquette pour une vue globale de l’objet, comme sur un double LP !).

Jonathan Wilson Gentle Slide

En tout cas, une bonne surprise (sauf pour les grincheux qui diront comme toujours que ça n’est pas bien nouveau, qu’on a déjà entendu ça mille fois, que c’est bourré de rappels ou d’hommages perceptibles, etc.). Mais quand c’est aussi bien fait qu’un « collage » intelligent et avec pas mal de valeur ajoutée, pourquoi pas… Et c’est d’autant plus une performance que Jonathan Wilson fait à peu près tout sur cet album ; ça ne sera pas le cas sur le suivant où sont crédités de nombreux invités de marque, autre forme de valeur ajoutée, sacrément bienvenue aussi (voir la chronique de « Fanfare » sur C&O).

Wilson ne se repose pas pour autant sur les louanges qui lui sont tombés dessus. Pour célébrer le Black Friday en Novembre 2014, il sort « Slide By », un EP de 5 morceaux dont 3 reprises, en vinyle, accompagné d’un CD. Tirage extrêmement limité comme pour son autre EP « Pity, Trials And Tomorrow’s Child » sorti en 2012. Ce n’est encore que du bonheur. Pièce maîtresse : « Angel » de Fleetwood Mac, qu’il interprétait déjà lors de la tournée précédente, un trip folk psyché de 8 minutes comme il sait les faire, jouissif en diable, groove implacable, voix suave et éthérée, pattes d’eph de sortie !

Jonathan Wilson

« Coming Into Los Angeles » est un classique d’Arlo Guthrie, avec un superbe violon dynamique où Wilson chante d’une manière Dylanienne rock. « Free Advice » accentue l’aspect psychédélique hippie de ce titre de « The Great Society ». « Alpha Blondy Was King » prend le temps de développer une atmosphère suspendue et planante, belle et envoûtante. Si le prochain album ressemble à ce titre, ce sera à coup sûr un chef d’œuvre ! Enfin, « Slide By », enregistré aux moments des sessions pour « Fanfare », est une ballade honorable, qui ressemble à d’autres titres de l’album.

Il faudra donc compter avec Jonathan Wilson, que l’on aime la folk, le prog ou le mélange des genres, car les trips qu’il nous offre ouvrent une parenthèse dans nos vies stressées et nous proposent une évasion spatio-temporelle qu’il serait bien dommage de se refuser.

Jean-Michel Calvez & Fred Natuzzi (9/10)

http://songsofjonathanwilson.com/


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