Jessica Pratt – Quiet Signs

Quiet Signs
Jessica Pratt
City Slang
2019
Thierry Folcher

Jessica Pratt – Quiet Signs

Jessica Pratt Quiet Signs

Bon, je ne vais pas tourner autour du pot très longtemps. L’attrait essentiel de Jessica Pratt, c’est sa voix. Cela faisait un bon bout de temps que je n’avais pas été autant captivé par un timbre si atypique. En fait, c’est exactement ce que j’ai ressenti en écoutant pour la première fois (il y a maintenant pas mal d’années) Stevie Nicks ou Kate Bush. Les voix de ces chanteuses sont très différentes mais possèdent toutes cette même intonation enfantine qui amène une fraîcheur et une candeur incomparables. Bien entendu, Jessica Pratt est encore très loin de pouvoir rivaliser avec ses deux glorieuses aînées et à moins d’un étonnant changement de direction, son univers musical ne le permet pas. L’univers du bien nommé Quiet Signs est assez minimaliste, il utilise très peu d’instruments et ressemble souvent à une bossa nova aérienne portée par un écho rêveur qui nous met en arrêt et nous envoûte immanquablement. Le risque avec ces émotions coup de poing, c’est de ne pas durer et même d’exaspérer avec un style maniéré hors du commun. Il a fallu laisser le temps faire son œuvre et vérifier s’il s’agissait d’un simple feu de paille ou d’une véritable découverte. J’ai donc pris le temps de faire un peu plus connaissance avec la carrière de cette jeune californienne de 32 ans commencée en 2012 avec un premier album éponyme qui allait vite se faire remarquer dans le monde pourtant saturé des chanteuses folk/pop US. Ensuite, elle publie en 2015 On Your Own Love Again, un deuxième album tout autant accrocheur et enfin Quiet Signs en ce début d’année 2019.

Trois albums bien évidemment dominés par la jolie voix de Jessica mais qui se démarquent les uns des autres. Le premier se présente sous la forme de folk songs au charme incontesté nous rappelant par moment Vashti Bunyan. La production est assez classique et l’instrumentation minimaliste tourne le plus souvent autour de quelques accords de guitare. Sur On Your Own Love Again, la musique s’est enrichie et donne une dimension supplémentaire à l’univers de Jessica Pratt. On est déjà conquis, mais certainement loin d’imaginer ce qui nous attend avec Quiet Signs. Car ce tout nouvel album va prendre une hauteur considérable par rapport à ses deux prédécesseurs. Un album atypique en tout point. Sur la forme tout d’abord, avec seulement 28 minutes au compteur pour neuf petits morceaux. Mais le paradoxe c’est que cela semble suffisant. On n’est pas frustré car on a vécu en apnée ou en apesanteur pendant 28 minutes de bonheur et c’est très bien. Sur le fond, la grande trouvaille est au niveau de la production. Les chansons sont devenues aériennes, mystérieuses grâce à l’enregistrement lointain de la voix qui, à l’instar d’un chant de sirène, nous projette vers la rêverie et l’imaginaire. C’est le même procédé que l’on utilisait parfois dans les années 50/60 pour les roucoulades romantiques du type « Smoke Gets In Your Eyes » des Platters. Cela dit, le talent de Jessica Pratt ne s’arrête pas uniquement à ses qualités vocales, il s’exprime aussi dans l’écriture et la composition des neuf chansons de Quiet Signs. Neuf petites vignettes attachantes, soudées par la même façon d’utiliser les accords de guitare ou de piano, mais toutes différentes et reconnaissables grâce à la subtilité des arrangements.

Jessica Pratt Quiet Signs Band 1

Quiet Signs est un tout petit bébé qui a mis beaucoup de temps à voir le jour. Son enregistrement s’est déroulé de janvier 2017 à juin 2018 au Gary’s Electric Studio de New York et nous devons sa production au tandem J. Pratt/Al Carlson (Jon Hassel, Cat Stevens…). Tout est étrange sur ce disque, y compris l’accent avec lequel Jessica nous sert ses douces romances. La musique est un curieux mélange de bossa, de classique et même de chant religieux. Je le répète, on a là un véritable ovni discographique qu’il faut absolument écouter. Les amateurs, dont je fais partie, du grandiose Getz/Gilberto de 1963 seront automatiquement transportés vers ces contrées chaudes et colorées où la nonchalance est de mise. Quiet Signs démarre tranquillement façon Satie par l’instrumental « Opening Night » et dont les accords de piano seront repris à l’identique par la guitare carioca de Jessica sur le titre suivant « As The Worlds Turns ». Son œuvre envoûtante est en marche avec sa voix, bien sûr, mais aussi avec un orgue et une flûte qui vont discrètement enjoliver le morceau qui suit, « Fare Thee Well ». Les sujets tournent autour de ses états d’âme entre espoir et désillusion, donc rien de bien original mais l’essentiel n’est pas là. Ici, l’important n’est pas dans ce qui est dit mais dans la façon dont c’est dit. Écoutez le titre « This Time Around » qui vaut à lui seul le détour. La voix, les arrangements, la mélodie sont superbes et le léger synthétiseur en arrière plan est une sacrée trouvaille. Les 28 minutes vont passer comme un rêve et nous réserver par-ci par-là quelques frissons merveilleux : la guitare très classique et les envolées vocales de « Crossing », le mélange mystico-exotique de « Silent Song. » et enfin les jolis arrangements de claviers d’ « Aeroplane ».

Jessica Pratt Quiet Signs Band 2

Jessica Pratt est une belle découverte et plusieurs semaines après, je retrouve son univers avec toujours autant de plaisir. La pochette de Quiet Signs est peut être la meilleure illustration de son personnage. Une véritable femme enfant, qui serait le sosie d’une Marianne Faithfull capable de faire du trampoline sur un lit. Sa voix si enfantine n’est en fait qu’un leurre pour masquer la réalité pas toujours simple du monde qui nous entoure. Maintenant, quelle sera la suite ? La jeune dame de la « Cité des Anges » a conquis son public et les médias et sera donc attendue au tournant. Une chose est sûre, elle ne pourra pas refaire Quiet Signs et je suis bien curieux de voir ce dont elle est capable pour nous surprendre à nouveau.

https://jessicapratt.bandcamp.com/album/quiet-signs

 

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