James Benton & The Star Hawks – Vine (+ interview)

James Benton Vine

Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, je vous avais parlé de James Benton et de sa levée de fonds pour pouvoir enregistrer son second album. C’est chose faite, James nous présente aujourd’hui ses nouvelles compositions avec « Vine ». Mais cette fois-ci, il signe sous le nom James Benton & The Star Hawks. C’est donc un vrai travail de groupe qui s’est opéré pendant la gestation de l’album, avec le complice de toujours Régis Abbal à la basse, le londonien Mike Katin, brillantissime guitariste qui s’est illustré au cours des concerts de James Benton, et le français et nouveau venu Pablo Dautrême à la batterie, qui s’est chargé de prendre à bras le corps le côté administratif et technique de cet appel à souscription. Comme lettre de motivation, il n’y a pas mieux ! Si on se fie à la pochette de « Vine », on se dit qu’on ne va pas claquer des doigts en rythme ou faire de la danse country. La noirceur de celle-ci rend bien compte que James Benton a des choses à exprimer et qu’elles sont de nature sombre. C’est effectivement le cas sur tout l’album, où contrairement à son précédent effort « Heavy Hearts », il n’y a aucun morceau « reposant ». Il faut faire un effort pour rentrer dans cet univers particulier mais le jeu en vaut vraiment la chandelle, le tout convoquant les esprits des grands musiciens des années 60/70, comme Patti Smith, Velvet Underground, The Doors et autres.

La voix de James Benton est beaucoup plus assurée, sa tessiture ténébreuse rajoute à l’atmosphère menaçante qui apparaît en ligne directrice, donnant des instants assez intenses. « The Trembling Drum » commence comme si on se plongeait dans un trip hallucinogène tiré d’un calumet indien, et résume bien les intentions de James Benton. Des guitares brillantes au-dessus d’une rythmique lourde et une voix glaçante, balançant des mots implacables, installant une atmosphère dantesque. Le jeu de batterie de Pablo Dautrême nous enferme avec sa boucle de percussion dans un univers suffocant. Un must. « Stones And Love And Rain » nous hypnotise avant une partie instrumentale façon seventies, guitare psychédélique en façade. Dès l’intro de « 14 Billion Years », on se croit en plein milieu d’un morceau des Doors, avec cette basse de Régis Abbal synthétisant l’esprit de cette époque, cette batterie économe et ces phrasés de guitare typiques que James et Mike produisent parfaitement.

James Benton Band

Même si les paroles sont assez cryptées, il y a toujours cette sensation que quelque chose de grave s’est passé et qui est renforcé par le chant intense de James. Et les soli de Mike Katin étincellent dans cette nuit musicale. Un délice. « Tender Flesh Of Your Art » nous sort un instant de ces ténèbres avec une guitare planante qui se promène au-dessus de la chanson et qui est tout simplement magnifique. Les 9 minutes obsédantes de « East Side Suzie » laissent la part belle aux instruments, et là encore c’est l’extase. Il faut se laisser gagner par l’atmosphère, renforcée par un violoncelle étonnant qui rajoute un côté folk au titre, et ressentir cette intensité.

David Lynch n’aurait pas renié « Liquid Dream » et son inquiétante saveur, une sorte de blues rock sous influence, avec un jeu de violoncelle parfait de Claire Menguy. Un grand moment. « No One’s In Control » en est un autre, proche aussi de l’univers d’un film de Lynch, avec une guitare blues en réverb, et une partie de claviers jazzy, tenus par Max Middleton (Jeff Beck, Chris Rea …), excusez du peu ! 8 minutes absolument addictives et un Mike Katin fabuleux, déchaîné. « Return » revient à un morceau au rythme hypnotique et c’est encore une fois un bonheur. Les musiciens forment un vrai ensemble cohérent, travaillant vers une seule et unique direction.

« Cold Fresh Heart » accélère le pas, mais c’est une atmosphère désespérée magnifiée par la trompette de Marc Jordon qui se révèle, dans un sentiment d’urgence. « Oh Little Bird » rappelle l’univers de Jesse Sykes et termine tranquillement l’album pour nous ramener à la lumière. La fin d’un trip halluciné où le rêve se mélange à la réalité et où des figures inquiétantes se sont dessinées et ont évoquées des événements terribles passés ou à venir.

« Vine » est, pour ceux qui recherchent une autre forme d’art dans la musique, un condensé de poésie américaine moderne mêlée au blues et au rock seventies intense, le tout provoquant une fascination proche de la transe, et ce pendant une heure. Vous ne ressortirez sans doute pas indemne de ce disque, et c’est sans doute là sa plus grande force.

Fred Natuzzi (9/10)

http://jamesbentonthestarhawks.bandcamp.com/

 


 

Entretien avec James Benton (mars 2015)

James Benton

James Benton a accepté de répondre à quelques questions sur son nouvel album « Vine » et c’est avec franchise qu’il nous explique la genèse de son projet et ses activités annexes.

C&O : Salut James ! Pour nos lecteurs, pourrais-tu te présenter et nous donner quelques indices pour définir le genre de musique que tu fais ?

JB : Je suis originaire de l’état du Kentucky mais je vis depuis 15 ans dans le sud de la France, dans le petit village de Graissesac. Juste avant cela, j’habitais en Crète et c’est là où j’ai commencé à me produire sur scène. Je n’ai jamais pu définir un genre spécifique pour mes chansons, je ne saurais pas les classer quelque part. On va dire que mes créations ont un spectre d’émotions qui va du doux à quelque chose de plus intense, légèrement inquiétant dans son expression. On peut toutefois entendre des éléments du vieux son du rock

C&O : Cette fois-ci, tu signes sous le nom de James Benton & The Star Hawks. Etait-il important pour toi d’avoir ton propre groupe ? Les musiciens ont-ils été impliqués dans la composition des morceaux et comment ont-ils travaillé avec toi ?

JB : Pour la plupart des chansons, il était essentiel d’avoir un groupe comme celui-ci pour pouvoir les faire naître. Pour cet album, j’ai décidé de laisser une grande partie de la composition musicale entre les mains du groupe. Et voir émerger ces morceaux de cette façon a été très beau. J’avais déjà écrit les bases mélodiques et les structures de certains titres comme « Trembling Drum » et « Return » mais pour moi, ils ont tous été écrits collectivement d’une manière ou d’une autre. C’était juste fantastique ce qui s’est passé avec « Cold Fresh Heart » par exemple ! Pablo a d’abord créé les éléments rythmiques puis Mike et Régis ont couché leur contribution par dessus. Je pense que pour cette chanson, il y a eu plus de magie dans le processus créatif encore que pour les autres.

C&O : Avoir un groupe t’a-t-il donné plus de liberté dans la composition des morceaux ? La plupart d’entre eux font entre 5 et 9 minutes. Etait-ce délibéré ?

JB : Le groupe m’a donné une grande liberté et m’a permis d’exprimer ce que je voulais. C’était vraiment un effort collectif musical. Comme d’habitude, j’ai écrit toutes les paroles. Les chansons sont longues, c’est vrai, mais ce n’était pas prémédité. Cela semblait être la meilleure des choses à faire à l’époque. Je réalise pleinement qu’aucune d’entre elles ne pourrait probablement intéresser les radios, mais j’avais averti les autres il y a longtemps qu’il fallait rester fidèle à l’essence de ces morceaux, qu’il fallait les respecter quasiment au point de les considérer comme des êtres vivants. Je pense que toute chose est vivante d’une certaine façon, et qu’il y a différents degrés de conscience. Je suppose que tu me prends pour un fou maintenant !

C&O : A comparé de « Heavy Hearts », l’atmosphère de « Vine » est plutôt sombre, à l’image de la pochette ! Il y a un sentiment de menace dans « Tembling Drum », ou « No One’s In Control », on a l’impression que quelque chose a mal tourné dans « 14 Bilion Years » ou « Cold Fresh Heart ». Quel message se cache derrière « Vine » ?

JB : Une partie est tristement sombre, oui. J’ai ressenti le besoin d’exprimer des événements à la fois beaux et extrêmement terrifiants de ma vie, et qui sont remontés à la surface suite à mes expériences avec des champignons hallucinogènes et à un voyage au Pérou où j’ai bu de l’ayahuasca (ndr : breuvage à base de lianes consommé traditionnellement par les chamanes des tribus indiennes) dans la jungle. Ma vie en a été complètement retournée et secouée à la suite de cela mais je pense que cela a été très bénéfique pour moi en fin de compte. Je suis passé par une palette d’émotions, de l’extatiquement beau aux enfers les plus noirs. Cela a été très intense. Je ne sais pas quel est le message au cœur de « Vine ». Je pense cependant que les chansons représentent les multiples facettes de la vie dans tous ses extrêmes et qu’il est possible d’en ressortir avec une grande liberté et une force pour soi-même, nous permettant de mettre tout ça derrière soi, en étant plus serein.

C&O : Quelle est la chanson la plus importante pour toi sur cet album ?

JB : Je ne sais pas vraiment, mais je crois que ce serait une des trois dernières chansons de l’album. Ce qui se passe à la fin de « Return », musicalement, pour moi c’est quelque chose dont je rêvais de prendre part. Il y a quelque chose de magique dans ce morceau, mais tout cela est dû aux autres gars, ils y sont pour beaucoup. Je pense que « Cold Fresh Heart » exprime probablement le mieux le gros du message si tant est qu’il y en a un. C’est plutôt intense et écrasant du point de vue écriture, avec peu de chose à quoi se raccrocher, c’est un peu le chaos, comme dans cette phrase : « Dying, born, torn and low, pushed beyond the magic fold, I’ll touch you where it all begins and raise your cold fresh heart« . Je suppose que j’ai été influencé par toutes ces années où j’écrivais de la poésie. Le morceau finit par arriver à l’expression d’une liberté exaltée, surtout dans le refrain. Je suis aussi très satisfait de la façon dont « Oh Little Bird » m’est venu, car les paroles étaient plus compréhensible de manière immédiate. Ces temps-ci j’essaye de tirer une fierté de n’importe quel événement dans ma vie, et je suis particulièrement fier de cette chanson.

James Benton Band 3

C&O : J’ai l’impression que tu es plus sûr de ta voix sur « Vine ». Penses-tu avoir évolué dans ta manière d’aborder les chansons ?

JB : Absolument. Je suis resté très ouvert sur les possibilités offertes par la création de ce projet et j’en suis reconnaissant. J’essaye depuis quelque temps d’aller un peu plus loin dans les choses et de ne rejeter aucune possibilité qui arrive à moi.

C&O : Mike Katin est la révélation de l’album, ses solos de guitare sont fabuleux : Comment l’as-tu rencontré et quel à été son impact sur tes chansons ?

JB : Il y a quelques années, Mike est venu assister à l’un de nos concerts. A l’époque, ça se résumait à Régis et moi. Je pense qu’il a entrevu ce qu’un groupe complet pouvait apporter et il a exprimé son désir de jouer avec nous. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais il a fallu au moins un an pour que nous jouions enfin quelque chose ensemble. Il a joué un grand rôle dans la création du son que nous mettons en avant aujourd’hui.

C&O : Max Middleton, qui a collaboré avec des géants comme Jeff Beck, Chris Rea ou Peter Frampton, joue à nouveau sur l’album. Il avait déjà joué sur « Heavy Hearts ». Comment l’as-tu rencontré et était-il facile de convaincre un tel musicien d’apparaître sur ton album ?

JB : Paul Lilly, le propriétaire du studio et l’ingénieur du son pour mes deux albums est un bon ami de Max. Paul l’a donc sollicité et il a accepté. Il avait repéré les endroits possibles pour rajouter des claviers et nous avait demandé si on acceptait de prendre Max. Bien sûr, personne n’a refusé. Cette fois, il ne joue que sur « No One’s In Control. C’était un honneur que de l’avoir en invité sur mes chansons.

C&O : Quelles sont tes influences musicales ?

Les musiques qui ont eu un impact sur moi proviennent d’un large spectre d’artistes old school comme Led Zepellin, Leonard Cohen, Patti Smith, The Doors, ou Bob Dylan. A l’époque, ce que faisait Captain Beefheart était incroyable. Pour les artistes plus récents, je me souviens avoir pleuré en écoutant Natalie Merchant chanter « These Are The Days » ou « Stockton Gala Days ». En fait, j’ai été très fortement influencé par des femmes comme Merchant ou Smith. Il y a cette chose indescriptible dans leurs voix et leur manières libres et désinhibées de chanter qui m’ont toujours soufflé. Un peu dans le même esprit d’un Jim Morrison, le style « Rien à foutre, à prendre ou à laisser ». Comme je suis origine du Kentucky, j’ai bien évidemment été influencé par la vieille country, Johnny Cash et Kris Kristofferson, également par la folk américaine. Je suis récemment tombé sur un enregistrement de 1962 dans lequel Karen Dalton chantait « Pastures Of Plenty » dans un petit club de Denver, dans le Colorado, et qui était tout bonnement fascinant. Il y a également des groupes plus récent comme Jesse Sykes And The Sweet Hereafter, qui apparemment a splitté, ou Rose Windows et qui ont eu un effet sur moi. Mais j’écoute de tout, de Tool à Grimes !

C&O : « Vine » est dédié à Mura O’Halloran. Pourquoi et qui était-elle ?

JB : Maura O’Halloran était une jeune femme irlandaise qui s’était donnée pour mission de trouver un sens à sa vie sur Terre. C’est une histoire assez longue mais pour résumer, elle s’est retrouvée en 1981 dans un monastère bouddhiste au Japon et elle a eu une sorte d’éveil spirituel qui dit-elle lui aurait révélé que la vie se résumait à aider les gens dans le besoin. Elle a déclaré « Soudain, J’ai compris que nous devons prendre soin des choses juste parce qu’elles existent« . Le chef du monastère a fait d’elle une sorte de sainte. Très peu de temps après, elle est repartie et est arrivée en Thaïlande où elle a été tuée dans un accident de bus. On peut lire ses lettres personnelles dans le livre « Pure Heart, Enlightened Mind » afin d ‘avoir un plus grand aperçu de sa vie. La photo dans le livret à côté des paroles de « Cold Fresh Heart » la représente.

C&O : Tu diriges aussi un site web, http://www.archaicdrum.com/. De quoi s’agit-il ?

JB : Oui, j’ai initié ce projet à mon retour de la forêt amazonienne du Pérou où j’ai assisté à 7 cérémonies ayahuasca menées par des chamanes Shipibo. J’ai réalisé après être rentré que peut-être je pouvais essayer à mon niveau de rendre le monde un petit peu meilleur. Alors, j’ai monté ce site web pour y écrire certaines de mes idées à ce sujet. J’interviewe également des visionnaires, des professeurs et des activistes qui, pour moi, ont de grandes idées qui pourraient permettre à cette société malade de prendre une nouvelle direction. Nous verrons bien.

James Benton Band 2

C&O : Où peut-on acheter tes albums ? Y a-t-il des futurs concerts prévus ? Te verra-t-on un jour à Paris ?

JB : « Heavy Hearts » est disponible sur tous les points de vente en ligne. « Vine » est disponible en téléchargement et en cd physique sur ma page bandcamp. Je pensais pouvoir le sortir en vinyle mais l’argent nous manque. Nous n’avons pas encore de concert prévu pour l’instant, mais j’imagine que nous pourrons nous produire bientôt dans notre région (ndr : la région de Montpellier). Paris, j’ai toujours rêvé d’y jouer ! Mais je ne sais pas si j’en aurais l’opportunité un jour, nous verrons !

C&O : Merci James et à bientôt dans le Sud de la France, ou qui sait, à Paris !

Propos recueillis par Fred Natuzzi

Vine
James Benton & The Star Hawks
2015
Autoproduction

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