Ike Willis & ZAPPATiKA au Zèbre, Paris, le 20 mars 2015

Zappatika Affiche

Ike Willis & ZAPPATiKA au Zèbre, Paris, le vendredi 20 mars 2015

Grand amateur de Frank Zappa, j’ai été enchanté de voir qu’un de ses collaborateurs, Ike Willis, recréait son univers débridé le temps d’une soirée avec son groupe ZAPPATiKA. Le concert étant annoncé pour 20h30, j’arrive un quart d’heure en avance devant les lieux. C’est la première fois que je mets les pieds dans la petite salle du Zèbre, située dans le quartier de Belleville. La piste est déserte, j’ai l’impression d’être seul. Ce n’est qu’en tournant mon regard vers les côtés que je m’aperçois qu’une trentaine de personnes occupent l’endroit, toutes assises pour consommer à l’aise. Je note que l’emblème de la salle est omniprésent. En effet, que ce soit aux toilettes, autour de la table de mixage, en sculpture, ou sur des peluches, les rayures blanches et noires sont partout ! Même la barmaid est aux couleurs du zèbre ! Des rideaux de velours bordent les côtés, et associés aux lumières rouges, ils apportent une certaine chaleur à l’atmosphère.

Il est 20h45 quand les musiciens entrent en scène. Autour de Ike Willis et Jeff Hollie, respectivement voix de « Joe » et saxophone sur l’opéra-rock « Joe’s Garage » du compositeur à l’univers fantaisiste, ce sont six musiciens chevronnés qui les accompagnent pour une poignée de concerts hommage au guitariste décédé il y a 21 ans. S’enchaînent au cours de la soirée des morceaux soigneusement sélectionnés de la discographie prolifique de Zappa, et pas seulement du temps où Ike Willis l’épaulait. Sur des airs de blues, de reggae, de funk ou de rock, c’est un jam band inspiré qui fait cohabiter rythmes, humour et acrobaties musicales à couper le souffle. La voix puissante aux accents incantatoires de Ike n’a rien perdu de sa vigueur. En revanche, et à la manière des guitaristes blues, il reste assis sur sa chaise longue la majeure partie de la soirée. Assénant des solos incendiaires et possédés, il a parfaitement assimilé le jeu singulier du maître.

Zappatika Band 2

Son collègue anglais l’accompagne dans des solos plus stridents, mais tout autant fidèles à l’esprit Zappa, tandis qu’un autre comparse se tient de profil sur la scène pour les parties de guitare rythmique. Ensemble, les trois prêtent leur voix à ces choeurs loufoques où les aigus rencontrent les graves dans une débauche d’enthousiasme. Avec ses allures de « Saxophone Colossus », le compagnon de longue date de Ike, Jeff Hollie, délivre quelques notes légères. Le rythme occupant une grande place dans la musique du maître, la basse et la batterie contribuent en effet à faire dodeliner de la tête et marquer la mesure avec les jambes.

Nous voici donc plongés dans l’univers unique de Zappa, les pitreries du musicien moustachu en moins. Quoique… Quand Ike et ses compagnons guitaristes annoncent une chanson qu’ils ont du mal à qualifier (est-ce « delicate » ? Est-ce « dulcet » ? Est-ce « tender” ? Ce sera au public de juger !), c’est en fait un rock’n’roll endiablé qui prend nos oreilles au dépourvu ! De sacrés farceurs finalement, nos musiciens !

De même, les claviers et le sax délivrent des notes pleines de fantaisie. On retrouve également les refrains gorgés de poésie de l’illustre entertainer américain : « why does it hurt when I pee« , « you’re an asshole« , mais aussi « the torture never stops« . Pendant l’entracte, j’en profite pour discuter avec le représentant du groupe, Coen (prononcer Koune). J’apprends que Ike a enregistré deux albums dans l’esprit de Zappa, et que les musiciens qui l’accompagnent viennent des quatre coins du monde. Cependant, il est venu les mains vides, pas de stand merchandising à mon grand dam ! Il me faudra donc naviguer sur internet pour dégoter les projets du talentueux chanteur/guitariste.

Zappatika Band 1

Tout au long de la soirée, la fantaisie et l’humour règnent certes en maître, mais c’est également une poésie plus sensible qui nous est offerte avec deux belles ballades. L’une, avec sa mélodie tire-larme et un solo étourdissant à fermer le clapet à Steven Wilson (les fans du Monsieur comprendront), tient particulièrement à cœur à Ike. L’autre, en guise de rappel, offre un moment de grâce pour Jeff, au centre de toutes les attentions lors de son solo enchanteur. Voici donc une bonne idée qu’a eu Ike Willis de faire revivre sur la scène les moments forts qu’il a pu partager dans le passé avec celui qui se demandait si l’humour avait sa place en musique.

Vu le prix des places (15 euros), l’absence de battage publicitaire, l’absence de stand de merchandising, et le nombre réduit de dates (4 sur 3 pays en Europe), il ne faut certainement pas voir dans cette entreprise une démarche mercantile, telle qu’on peut l’observer avec les tribute bands qui pullulent à profusion ces derniers temps. A la place, c’est vraiment l’amour de la musique qui anime nos hurluberlus épris d’univers fantaisistes. Une prestation sans faute qui laisse entrevoir de belles perspectives à l’avenir.

Lucas Biela

http://zappatika.com/

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