I.E.M. – The Incredible Expanding Mindfuck

I.E.M. – The Incredible Expanding Mindfuck

Amateurs de krautrock et/ou du Porcupine Tree le plus planant et psychédélique, ne passez pas à côté de ce disque au design et à l’intitulé pour le moins étrange. I.E.M. ne signifie rien d’autre en effet que « Incredible Expanding Mindfuck », tout un programme ! Et quant aux clichés sépias contenus dans le livret, ceux-ci ne dénoteraient pas dans un vieil album photos de votre grand-mère ! Derrière cet objet insolite paru initialement en 1996, se cache (au sens propre du terme) le maître d’oeuvre stakhanoviste Steven Wilson qu’on ne présente plus aujourd’hui. En effet, dans la version originale de l’album, son nom n’apparaissait tout simplement nulle part. C’était dire la haute ambition commerciale de cette galette à l’orientation cosmique, 2ème essai solo de leader de Porcupine Tree après le très onirique et bizarroïde « Bass Communion », qui a inauguré une longue série de créations ambient plus ou moins sombres et expérimentales publiées sous le même patronyme.

Ce premier opus du projet I.E.M., sorti en premier lieu au seul format vinyle, regroupe 5 compositions totalement instrumentales dans la pure tradition du Porcupine Tree période « Up The Downstair », explorant et prolongeant ainsi la face la plus psyché et space-rock du fameux groupe anglais qui, aujourd’hui, fait autorité bien au delà des seules sphères progressives. Mais attention, rien de soporifique ou d’ennuyeux à l’horizon pour l’amateur de sonorités rock non-initié à l’approche un peu particulière des musiques dites texturales et ambient. L’oeuvre s’ouvre d’ailleurs en fanfare avec un titre de 13 minutes aux pulsations presque binaires, appuyées par des nappes de synthés d’outre espace et survolées par un long solo de guitare typé Gong (celui de Steve Hillage et Daevid Allen), Hawkwind ou Ozric Tentacles. Cette entrée en la matière est certes du déjà entendu, mais côté expérience mystique, l’efficacité est garantie ! Le 4ème titre s’inscrit un peu dans cette même voie, avec ses guitares répétitives en guise de rythmique, surplombées par les riffs puissants et tordus de Wilson, seul maître à bord côté compos et interprétation. Ici, ce serait plutôt chez les allemands de Can ou de Neu! que notre très éclectique compositeur est allé puiser son inspiration.

Terminé pour ce qui est du rock pur et dur, le reste de l’album s’apparente davantage à une série de pièces atmosphériques agrémentées de textures électroniques et de nappes de mellotron. « The Last Will And The Testament Of Emma Peel », à l’instar du « Faydeaudeau » de Steve Hillage, serait par exemple une conclusion parfaite de « 777 », l’un des tous meilleurs albums de son projet ambient-techno System 7 avec sa complice et compagne Miquette Giraudy. On ne peut toutefois s’empêcher de penser à chaque instant à Porcupine Tree, et je ne répéterai jamais assez que ce disque est totalement indispensable à tout fan du groupe qui se respecte, surtout de la période géniale qui s’achève en cette même année 1996 avec « Signify ». Portez donc une oreille attentive sur « Fie Kesh », dont la ligne de basse et les percussions hypnotiques renvoient directement à la seconde partie instrumentale du très aérien « Waiting », ou encore sur le morceau final « Headphone Dust », dont les relents floydiens et le son de guitare acoustique ne dénoteraient pas dans l’esthétique du classique « The Sky Moves Sideway ».

Découvrir ce premier album d’I.E.M. en 2012, c’est replonger avec bonheur dans le passé définitivement révolu du groupe phare de Steve Wilson. Une oeuvre à posséder impérieusement dans sa collection de disques, même si elle est aujourd’hui un peu difficile à trouver (ou alors très onéreuse), malgré une réédition augmentée en 2005 chez Headphones Dust, sans oublier l’édition d’un magnifique coffret paru en 2010 sur le même label, qui regroupe quant à lui l’intégrale des enregistrements d’I.E.M. Car l’exploration s’est en effet poursuivie en 2001 avec deux très bons albums, mais dans une veine bien plus expérimentale, et donc plus hermétique pour certains mélomanes. Quant aux amateurs de voyages oniriques et de musiques atmosphériques qui ne sont encore jamais montés dans l’arbre du porc-épic, je ne saurais également que leur conseiller de jeter sans délai une oreille sur ce I.E.M. cultissime, que je rebaptiserais personnellement ainsi : « The Incredible Explorative Music » !

Philippe Vallin (8,5/10)

http://www.swhq.co.uk/ 

Incredible Expanding Mindfuck
I.E.M.
1996
Delirium Records

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