Hypnosphere – Timedrift

Hypnosphere-Timedrift

Hypnosphere est un duo de synthétistes basé en Allemagne, rien de moins que le berceau historique de la musique électro planante. Le projet commence à faire parler de lui avec un remarquable premier album paru en 2003, dont les improvisations et les textures sonores furieusement seventies et colorées analogiques ne sont pas sans évoquer l’âme du « Phaedra » de Tangerine Dream. Si Lambert Ringlage et Wolfgang Barkowki (alias Alien Nature) sont des musiciens qui produisent chacun de leur côté des œuvres en solitaire de très belle tenue, l’alchimie des deux relève tout simplement du petit miracle. Aussi, la « rareté » certes relative de leur collaboration baptisée Hypnosphere (onze années d’existence et seulement trois disques à la clef) lui confère une aura toute particulière, d’autant plus que chacun des opus réalisés par nos compères est à l’arrivée une petite merveille du genre MÉ old school. le nouveau venu « Timedrift » nous emmène dans un voyage sidéral (et sidérant !) ininterrompu, décliné en six plages enchaînées, six « sessions électroniques » aussi singulières dans la forme que cohérente sur le fond.

Pour tisser leur long canevas cosmique entre mailles éthérées et motifs psychédéliques (les fulgurances et la conclusion limite bruitiste d’un « Ardent Drive » renvoient clairement au Pink Floyd des années Barrett), Lambert et Wolfgang ont à leur disposition le classique dispositif des synthétiseurs analogiques et numériques, couplés à des séquenceurs, générateurs d’effets et autres outils échantillonnage. Au même titre qu’un Edgar Froese ou qu’un Manuel Göttsching, le premier fait en sus un bon usage de guitares électriques, mais avec une « patte » somme toute assez personnelle, alternant un jeu méditatif (des lignes vaporeuses évoquent le Vangelis de l’âge d’or dans la courte pièce « Spherical Movement ») et quelques envolées qui ne manquent pas de mordant (le final explosif du titre éponyme, qui nous replonge avec bonheur dans les années « Encore » de TD).

Hypnosphere Band

Si l’ensemble ne souffre d’aucun réel temps morts ni faiblesse ou même défaut d’inspiration, je mettrai néanmoins en lumière ce que je considère pour ma part comme les deux sommets de l’édifice, à commencer par l’introductif « Trancenter », morceau fleuve concentrant à lui seul tout le meilleur de l’album au niveau de l’esprit et de la matière sonore. Avant le décollage, nous voilà plongés de manière inattendue dans une ambiance naturelle faite de tapis d’insectes et de pépiements d’oiseaux tropicaux, bientôt mêlés à d’amples nappes brumeuses sur lesquelles viennent se poser quelques notes de guitares éthérées. « Fascinant » comme dirait Monsieur Spock ! L’ouverture ambient « typique » d’un Pink Floyd donc, même s’il est également impossible de ne pas penser aux toutes premières secondes du « Close To The Edge » de Yes (qui, pour l’anecdote, auront été un véritable moment initiatique autant qu’une source d’inspiration très forte pour un certain Steve Roach !).

Puis viennent alors s’installer et s’enchevêtrer progressivement les pulsations hypnotiques des séquenceurs, vous entraînant et vous guidant de concert dans un long trip science-fictionnel et mystique (la petite touche « Mind Over Matter » de klaus Hoffmann Hoock n’est pas loin) jusqu’à un climax saisissant, avant de nous replonger en douceur dans des effluves cotonneuses et délicieusement apaisantes.

L’autre bombe de l’album se présente en troisième position du menu, avec l’étrange et majestueux « Escape From Dissonance », dont la seconde partie bouillonnante et purement jouissive croise le meilleur de Jarre (la boîte à rythmes « à l’ancienne » et les sonorités caractéristiques des années « Oxygène« / »Equinoxe ») avec celui de Tangerine Dream (l’art des séquences enlevées) et de Klaus Schulze (les solos de claviers parfaitement intégrés dans le décors). Dommage que toute ces compositions géniales soient servies dans un CD à la pochette un peu « kitsch », avouons-le. C’est malheureusement souvent le cas aujourd’hui dans cette famille musicale, mais là n’est pas le plus important.

En bref, vous l’aurez compris, cette nouvelle livraison du duo Ringlage/Barkowski est un must-have pour tous les accrocs à la musique électronique façon Berlin School, mais aussi pour les amateurs de pure escapades « ambient » ou encore de space-rock et autre rock psychédélique. Des voyages intérieurs aussi immersifs et remuants que celui-ci, on en redemande. Alors, rendez-vous dans trois ou quatre ans pour un nouveau Hypnosphere ?

Philippe Vallin (9/10)

http://www.sphericmusic.de/

Lire une autre chronique sur Hypnosphere : « Magnetism » (2007)

Timedrift
Hypnosphere
2014
Spheric Music

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