« Hello, I’m Johnny Cash » : un hommage

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Johnny Cash (1932 – 2003)

Enfant, on m’a souvent répété que le Rock’n Roll c’était Elvis Presley. Et j’ai grandi avec l’image d’un jeune homme fringuant qui déclenchait l’hystérie des jeunes filles en fleurs rien qu’en remuant un genou et celle, plus tard, du même homme avec beaucoup trop de kilos et de franges à sa veste figé dans des poses interminables à la fin de chansons d’amour sirupeuses. Quant à la Country, c’était un truc réservé aux Cow-boys qui chantent leurs malheurs, tout en restant virils, quelque part au fin fond du Texas et toi, alors jeune pied-tendre citadin, tu étais loin de tout ça.

Puis tu as vingt ans et tu entends une voix sombre, grave et posée. Une voix qui fait littéralement exploser le public lorsque son propriétaire se présente en ces mots : « Hello, I’m Johnny Cash ». L’Homme en noir venait de donner un sacré coup de pied dans ma vision du Rock’n Roll et de la Country avec un simple bonjour et des chansons plus extraordinaires les unes que les autres.

Mais Johnny Cash, ce n’est pas seulement des mélodies simples et efficaces emmenées par un tempo de locomotive à vapeur, c’est aussi des textes terriblement réalistes et novateurs pour l’époque. A l’instar des autres Rock ‘n Rollers de sa génération qui chantent la plupart du temps leur rébellion adolescente ou leurs histoires d’amour malheureuses, le Baron noir provoque avec des sujets tels que la drogue, la prison, le divorce, la vengeance (Je vous laisse apprécier la morale cynique de « A Boy Named Sue ») et la religion entres autres. Que de réjouissances alors pour les américains puritains des années 50 !

Quoiqu’il en soit, Johnny Cash incarne, à mon sens, la vraie rébellion, l’art de briser les barrières et les tabous et d’en assumer pleinement les conséquences. Comme si chacune de ses chansons voulait dire « voilà ce que je pense de tel sujet, et si vous n’êtes pas d’accord avec moi, je m’en fous totalement ! Après tout si vous avez des œillères pour ne pas voir, vous avez quand même des oreilles pour entendre ». Comme lorsqu’il a chanté sa haine du système carcéral avec sa chanson « San Quentin » à …la prison de San Quentin ! Cette manière de transcender les antagonismes se retrouve encore aujourd’hui chez de nombreux artistes de tous styles qui bien souvent se revendiquent de son héritage.

Je ne parle évidemment pas de ces groupes auto-proclamés « rebelles » qui ne font que critiquer, avec des mots cent fois usés, un système qui les engraisse un peu plus chaque jour. Mais on peut citer les légendaires Street-Punkers de Social Distorsion (et leur reprise de « Ring Of Fire ») ou bien le talentueux Californien Ry Cooder et sa chanson hommage sobrement intitulée « Johnny Cash ». Le même Ry Cooder qui, en 1996, soit quelques années après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc soviétique, dans un climat politique encore tendu, s’en est allé à Cuba pour former et faire découvrir le mythique Buena Vista Social Club. Le succès fut tel qu’à partir de ce moment là le monde entier sut que Cuba ce n’était plus uniquement Fidel Castro, le rhum, les plages et les missiles.

Comme tous les grands artistes qui durent, Johnny Cash a connu bien des hauts et des bas, passant du statut d’idole à celui de ringard mais c’est en 1994, 33 ans après « Cry Cry Cry » que la carrière de J.C. ressuscite enfin. C’est le début des American Recordings : l’artiste mille et une fois repris, reprend à son tour des chansons de jeunes groupes seul dans sa chambre avec sa guitare. « One » de U2 ou « Hurt » de « Nine Inch Nails » par exemple.

Mais qu’il s’agisse de ses chansons ou de celles des autres, Johnny Cash a su les rendre intemporelles et en même temps toujours modernes et contemporaines (essayez de donner une date à « She Used To Love Me A Lot »). En effet, sonner moderne ne signifie pas forcément ajouter des sons nouveaux comme ce fut le cas par exemple avec le synthétiseur dans les années 80 ou la boite à rythme dans les années 90. Pour preuve, nombre de ses titres apparaissent dans des jeux vidéos récents (« Splinter Cell : Conviction », « Call Of Duty », « Battlefield 3 », etc.) et même dans des séries télévisées actuellement en diffusion comme « Défiance » ou « Gotham » (quoi de plus naturel pour Batman…). Tous ces médias s’adressant naturellement à un public jeune qui ne connaît pas forcément l’Homme en Noir.

Voici donc la conclusion de mon humble hommage à Johnny Cash à l’occasion de son anniversaire (l’homme est né le 26 février 1932). Mais je ne lui souhaiterais pas qu’il soit joyeux cet anniversaire, car comme il aimait à le chanter dans « Man In Black » : « J’essayerais de retirer un peu de noirceur de mon dos lorsque les choses iront mieux« . Et vu l’évolution du climat mondial depuis sa disparition, ce n’était pas près d’arriver.

Pascal Sain (1 million/10)

Johnny Cash 2

http://www.johnnycash.com/


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