Goldfrapp – Tales Of Us

Goldfrapp – Tales Of Us

Un peu d’histoire pour commencer si vous le voulez bien. Goldfrapp nait de la rencontre entre la divine et déjantée chanteuse britannique Alison Goldfrapp (remarquée par Tricky, avec qui elle enregistrera quelques titres puis tournera sur scène) et le compositeur belge Will Gregory. Notre duo de choc signe, dès 1999, sur le label Mute Records et publie l’année suivante un superbe opus intitulé « Felt Moutain » (dont le magnifique titre d’ouverture « Lovely Head » a été utilisé par de nombreux médias). L’album fait instantanément mouche, avec son mélange inspiré du Portishead le plus vaporeux et des musiques de films à la façon de l’Ennio Morricone de la grande époque. Pour de nombreux amateurs, ce galop d’essai digital est encore considéré, à ce jour, comme le chef d’œuvre indépassable du groupe. Suivront cinq autres disques studio fort variés, dont certains déconcerteront complètement les fans de la première heure en raison de leur orientation plus commerciale, avec un son électro-pop technoïde et glamour totalement assumé et très prisé dans les milieux gays. Rien de critiquable bien sûr dans cette démarche, sachant que le duo ne tombera jamais non plus dans la soupe insipide, et que chaque galette comportera toujours son lot de petites perles, de « Black Cherry » en 2003 à « Head First » en 2010, en passant par « Supernature » en 2005 et l’excellent « Seventh Tree » en 2008, le CD qui renoue avec la veine atmosphérique et sensuelle du définitif « Felt Mountain ».

La spécificité du combo est donc qu’aucun de ses albums ne ressemble au précédent, démarche artistique remarquable dans un monde où de trop nombreuses formations se contentent de décliner à l’infini les mêmes recettes. Gang culte, Goldfrapp jongle allègrement avec synthpop, trip-hop et musique orchestrale cinématique. Sur « Tales Of Us », le duo nous présente un ouvrage tout en nostalgie, et aussi plus acoustique que ses prédécesseurs (on frôle même ici parfois les territoires bucoliques de la new-folk). Bien plus qu’une simple collection de chansons déconnectées les unes des autres, cette cuvée 2013 se déroule comme un ensemble, immergeant l’auditeur dans une suite ininterrompue de tableaux poétiques aux effluves « ambient », avec à la clef des histoires sombres et mélancoliques à souhait.

Malgré la présence de quelques rares beats électro assez dispensables dans le contexte (notamment sur le faiblard « Thea »), le groupe nous plonge dans une langueur ouateuse faite de violons dramatiques, de cuivres dépressifs et de pianos hypnotiques, avec une mention spéciale au sublime « Jo », une sorte de « Ces Gens Là » de Jacques Brel, mais revisité à la sauce Goldfrapp ! Ces morceaux, flirtant avec l’amour et la mort, offrent un écrin magnifique à la voix feutrée et ensorcelante de la belle Alison, et Will Gregory tisse de superbes arrangements à coups d’arpèges de guitare, de cordes mélodramatiques et de claviers en apesanteur.

Si vous cherchez encore une œuvre pour célébrer l’hiver, « Tales Of Us » est celle qu’il vous faut : Goldfrapp s’y aventure, en effet, dans de magnifiques contrées sentimentales au pouvoir onirique hors du commun. Contemplatif à souhait et d’une humeur ténébreuse à nulle autre pareille, « Tales Of Us » est un spectacle paradoxalement grandiose grâce à son intimisme, en dehors des modes et du temps. Foncez !

Bertrand Pourcheron &  Philippe Vallin (8,5/10)

http://goldfrapp.com/

Tales Of Us
Goldfrapp
2013
Mute Records

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