Goatsnake – Black Age Blues

Goatsnake Black Age Blues

En ce jour, filmé en pleine nuit américaine, arpentant la plaine dont le chemin s’efface avec le vent poussiéreux, ma maigre carcasse se dirige vers l’église. Je me dois de me repentir. Oui mon père, car j’ai pêché. Je me suis écarté de la sainte musique. Oui mon père, je me repens. Je me suis perdu dans des mœurs dissolues et condamnables. Oh, mon père accordez-moi le pardon, égaré que j’étais. Je n’avais point attendu le retour de Goatsnake. Comprenez-moi, je croyais le groupe mort et enterré. Certains membres devenaient tour-manager des Foo Fighters alors qu’une autre fraction se lançait dans l’art contemporain avec Sunn O))). Il n’y avait pas d’issue possible. Mais… loué soit Goatsnake dans sa miséricorde, de revenir d’entre les plaines arides du doom et de retrouver les racines du blues. Merci à eux de revenir, comme si de rien n’était, quinze ans après, et de foutre la pâtée. Attendez… Mais fermez-la deux secondes mon père.

Cet album est autant jouissif qu’il enchaîne les tubes directement d’une usine d’équarrissage. Cette gratte si ridiculement lourde, déchirant le ciel, alors que la voix de Pete Stahl appelle les éléments. Voudrait-il lui-même attraper les éclairs ? À moins que ce ne soit le soleil ? Lui dont la voix aux accents bluesy et mélodiques titillent la glotte de Wino Weinrich ? Point de meilleur contraste, mon père. Sentez ces effluves gospel s’insinuant sous les soupiraux de porte, alors qu’un harmonica donne la cadence, charmant les fans de Clutch dans cette sarabande. Suivons-les dans un même pas. J’en connais qui peuvent flipper, quand un mastodonte revient d’entre le désert et le royaume des morts, la partie se révèle serrée à l’encolure.

Goatsnake Band

Et ça commence par une pochette classe, mon père, et puis ça continue avec des classiques instantanés, nettoyant mes photos sépias, et dans ce même groove mid-tempo toujours les lier. C’est que j’ai une forte envie de boisson à haute teneur en alcool manuel à force de claquer des doigts. Je veux ressentir sur mes épaules cette chape massive dont me parlait Granpa en hiver, celle-là même qui m’accable quand j’arrive…

Vous pouvez m’écouter mais vous ne pouvez pas m’empêcher d’écouter « Black Age Blues ». Si je venais ici, c’était pour l’ombre après tout, mais maintenant, j’ai trouvé ma lumière, et sur un panoramique digne de John Ford je vais reprendre ma route en vous saluant. Je ne crains plus l’orage et les tornades des champs et je m’en vais de ce pas décidé. Adieu mon père.

Jéré Mignon

Coup de Coeur C&Osmall

https://goatsnakesl.bandcamp.com/

Black Age Blues
Goatsnake
2015
Southern Recordings

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