Full Of Hell & Merzbow – Full Of Hell & Merzbow

Full Of Hell & Merzbow

Full Of Hell, j’en avais déjà pipé quelques mots pour leur second effort studio. Et mine de rien, à défaut d’être franchement mémorable, « Rudiments Of Mutilation » amenait cette senteur légèrement faisandée de chaos pour une portion du globe habitué aux acouphènes. En gros, une rage frénétique empruntant tout aussi bien au hardcore, au sludge qu’au grindcore, des vocaux criards agonisants sur des distorsions et autres larsens infernaux, histoire de rendre la traversée encore plus mouvementée, voire douloureuse. J’avais même dit sur les dernières lignes de mon papelard qu’on y était presque, proche… Maintenant en 2014, le groupe de Pennsylvanie se veut plus ambitieux avec ce nouvel opus. Au passage, on monte d’un level niveau crasse, et pour cela, on fait appel au plus infâme des plasticiens de la noise-music : Merzbow.

Oui, je dis bien plasticien ami lecteur attentif, car en effet, le japonais ne se revendique nullement comme musicien (bien qu’il ait un bagage conséquent en la matière). Aussi, au fil des décennies, son travail s’apparente plus à une démarche de création pure, tel une sorte de sculpteur besognant sur de la matière en fusion. Je pouvais néanmoins laisser une goutte de crainte perler sur mon front dégarni. Merzbow et la collaboration, c’est tout un sketch. Sans deconner, le Nippon est capable de massacrer le plus sexy des projets sur papier. Certains ont d’ailleurs dû se masser les oreilles avec du fil barbelé rouillé à l’écoute du résultat. Qu’est-ce qui a pu amener le pape de la japanoise dans les bas-fonds du hardcore extrémiste ?

Full Of Hell Merzbow Band 2

Déjà, première chose, le son Full Of Hell a évolué. Encore plus d’uppercuts et une rage décuplée au centuple. C’est simple, les cinq premières minutes font partie des plus cataclysmiques qu’il m’ait été donné d’entendre cette année. À tel point que la pochette ne représente plus que le résidu de toute abnégation de forme organique. Une bien belle image, soit-dit en passant, si je me fie à mon regard d’esthète. Et Merzbow dans tout ce boxon ? Eh bien, il agit comme une pile à carburant surpuissante, alimentant le groupe en voltage directement relié à l’encéphalogramme. Et jamais Full Of Hell n’aura paru aussi sauvage et aussi agressif que sur cet album (le groupe revendique même son hommage au japonais avec des t-shirts reprenant ses pochettes). C’est d’une telle violence qu’on en atteint un niveau quasi abstrait, un peu comme si l’action d’extériorisation d’Hegel pouvait être représentée à la simple, et non innocente, écoute de ce disque.

Full Of Hell Merzbow Band 1

Et, à ce stade l’ami(e), imagine-toi ligoté(e) au sol alors que le groupe t’ouvre bien grand bouche et mâchoire pour y déverser toute sa haine comme une bourbe immonde pour que tu la recraches aussi sec. Pour tout dire, c’est ce point là que Full Of Hell tentait de toucher, Merzbow, lui, donne juste le carburant avec ces loops de grisaille mortuaire et graillonnements stridents. On atteint ici un tel point de virulence que le silence en devient même agressif, alors que gronde une certaine menace étouffée au creux du cuir chevelu. C’est tout aussi court que le précédent opus (23 minutes et zou !) mais bien plus intransigeant, plus dérangeant, et tellement plus méchant, tellement plus bestial et hargneux que toutes les cellules du corps humain réagissent pour se mettre en conflit.

Full Of Hell + Merzbow, c’est le composant chimique d’une mutation tout aussi difforme que viscérale. Et, bordel, ça fait du bien par où ça passe. Amis lecteurs et lectrices, vous voulez vous prendre une vilaine taloche à faire péter votre seuil d’adrénaline ? Cet album est là pour vous montrer qu’une nouvelle étape a été franchie. Et cela, ça vaut bien ces huit bonnes grosses boules posées sur le front.

Jérémy Urbain (8/10)

http://fullofhell.com/
http://merzbow.net/


Full Of Hell & Merzbow
Full Of Hell & Merzbow
2014
Profound Lore Recordings

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