Frank Marino – Juggernaut

Frank Marino – Juggernaut

Il y a bien longtemps dans le monde merveilleux des supports musicaux, le vinyle régnait en maître avec sa petite copine la cassette, et les bourses aux disques se multipliaient tous les week-ends. C’est lors d’une de ces manifestations, après avoir fait le plein de ce que je cherchais, et pendant que mes doigts faisaient habilement défiler un flot de pochettes 33 tours dans un ultime bac (encore quelques francs à dépenser) que je fis une découverte inattendue ! Un éclair, une guitare, un fond noir sur lequel figure en lettres d’or le nom d’un certain Frank Marino (chanteur et guitariste de hard rock mélodique canadien), en voilà plus qu’il n’en fallait pour acquérir la bête. Pour la petite histoire, lors du trajet de retour à la maison, j’ai posé le LP sur le siège vide à côté de moi et mes yeux n’ont cessé de le regarder, si bien que j’ai bien failli rater un stop. Est-ce que cela en valait la peine ? Je n’ai pu répondre à cette question que lorsque j’ai enfin fait tourner la galette sur la platine, littéralement absorbé par la musique, à tel point que je n’ai même pas pensé à regarder le verso de l’album et encore moins le livret intérieur. Et voila que 45 minutes plus tard, je venais d’écouter l’oeuvre d’un artiste que je n’allais dès lors cesser de suivre, tout en essayant d’en dénicher la discographie complète (rappelez-vous comme cela n’était pas facile avant l’apparition du net !).

Je parle ici d’un album rock rempli de lumière, avec une parfaite maîtrise de la guitare, doté d’une rythmique lourde mais discrète, et d’une voix qui imprime des mélodies ensorcelantes. La qualité de cette œuvre réside beaucoup dans le fait que le chant soude l’ensemble des compositions. En effet, j’ai rarement entendu un vocaliste en telle osmose avec la musique, l’adéquation est ici quasi-parfaite ! Les paroles sont raccords avec les morceaux, comme si le tout ne faisait qu’un, guitare, basse, batterie, claviers, en bref, l’harmonie est totale ! Je me demande même si tout cela n’a pas été composé dans un premier temps sur la base du seul chant, puis ensuite habillé par les instruments.

L’exemple parfait pour illustrer ce que je viens de dire est le titre d’ouverture « Strange Dreams ». Dès l’écoute ce ces premières minutes, on sent l’importance de la mélodie portée par la voix, l’ensemble appuyé par une solide base instrumentale. On peut remarquer ici qu’il n’y a aucun de solo, et pour le single d’un guitariste heavy, c’est avouons-le quelque peu inconoclaste ! Ce titre au refrain efficace fera le succès de l’album, et permettra à Frank Marino d’augmenter un peu plus sa popularité dans le milieu AOR. Puis on enchaîne avec « Midnight Highway », morceau à la rythmique bien pesante qui délivre tout le talent du bonhomme à la guitare, très présente mais sans jamais complètement envahir l’espace. Une bande son idéale pour une sorte d’ »hymne à la vie » sur la route, qui colle parfaitement à l’image un peu « cliché » que l’on peut s’en faire.

Frank Marino

« Stories Of A Hero » est tout simplement magnifique, avec une montée en puissance qui part de quelques arpèges pour se terminer dans un déluge de notes, qui pleurent et qui volent ensemble vers un final explosif ! Un titre à placer aux cotés d’un « Free Bird » de qui vous savez. On termine la face A avec « Free », une compo davantage dans la lignée des débuts de Frank, quand celui-ci jouait encore au sein des Mahogany Rush. Le musicien se laisse aller dans un solo presque tout au long du titre, avec un texte parlé au milieu. Peut être la pièce de l’album que j’apprécie le moins.

Changement de face et de ton avec « Maybe It’s Time », chanson qui flirte joyeusement avec le boogie blues, et à travers laquelle le guitariste nous montre que ses influences savent conjuguer le blues originel et le jeu si caractéristique de Jimi Hendrix (les premiers albums de Marino sont des copies conformes du maître), tout en sachant ici affirmer son propre style. Je suis sûr que les Status Quo auraient pu signer pareil titre. Pour la petite histoire, la légende dit que Frank Marino, lors d’un séjour à l’hôpital pour consommation abusive de matières illicites, fut visité par l’esprit de Hendrix (rien que ça !), et que notre bonhomme en est ressorti… en sachant jouer de la guitare !

Mais revenons à notre menu du jour. Tout explose ensuite avec un « Ditch Queen » de derrière les fagots, ou Marino se laisse aller et nous montre pleinement toute l’étendu de son talent. On a l’impression qu’après un démarrage en retenu de l’album, l’homme ne tient plus et commence sérieusement à faire chauffer le manche ! Et là encore, la mélodie vocale ajoute un sacré plus. Le « For Your Love » qui suit est plutôt représentatif de ce que va produire Frank dans la suite de sa carrière, à savoir un rock beaucoup plus tranquille, mais loin d’être déplaisant et toujours aussi mélodique.

On conclue avec l’éponyme « Juggernaut », excellent titre emmené tout du long par sa guitare/voix, avec une batterie bien appuyée, le tout s’achevant par le bruit d’une explosion. Pour ceux qui vont découvrir le canadien, sachez qu’il s’agit là d’un de ses meilleurs albums, avec « What’s Next » et « The Power Of Rock’N’Roll ». N’hésitez pas ensuite à remonter aux origines en vous plongeant dans la discographie de ses débuts avec le Mahogany Rush. Vous y ferez aussi quelques bonnes pioches !

Rodolphe Lambert (9/10)

http://www.mahoganyrush.com/

Juggernaut
Frank Marino
1982
CBS/Sony

4 commentaires

  • philou

    ha Frank Marino quel surdoué quel feeling!!! l’ai découvert quant à moi avec mahogany rush live 78 (pochette noire) une révélation!!! hélas n’a jamais joué en France à ma connaissance!!! quelle injustice car bien plus intéressant que satriani et consorts….

    • massador franck

      Erreur! A l’armée en 1988-1989, j’ai eu la joie de partager mes longues journées de bidasse avec un parisien qui avait vu Frank Marino en concert, dans une relative « petite salle » de Paris (Cigale? Bains douches? je ne me rappelle plus…). Donc, il a bien joué en France (sauf si mon collègue était mytho!) durant la 2ème moitié des années 80… Il parait qu’il avait commencé son concert avec pas mal de retard et que du coup, pour se faire pardonner, il avait joué plus de 2h, jusqu’assez tard…! A vérifier.

  • frederic ruault

    J adore. Frank marino. A tel point que je l ai tatoue sur l epaule il y a 30 ans. Si seulement quelqu un pourrait m aider a le rencontrer. Je reve de le rencontrer avant de mourir. Quel artiste. !! Merci

  • fred renaudv

    J’ai découvert Frank Marino lors d’un passage du morceau « Ditch Queen » à la radio (je ne sais plus laquelle d’ailleurs !) à l’automne 1982 et me souviens avoir été très intrigué par les sonorités dégagées…3 jours plus tard je me rends à la fnac pour dénicher un de ses albums mais sans grande espérance puisqu’il me semblait totalement inconnu en France : aucun de mes potes fan de zik ne m’en avait parlé et jamais vu d’articles le concernant dans la presse musicale de l’époque !!! Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ y ai vu rangé 2 albums : Juggernaut et Power of Rock n’ roll. Je choisis Juggernaut où figure ce fameux Ditch Queen. Lorsque je le passe sur la platine, je me souviens être resté scotché quasi tout le long de l’album. Après avoir déniché quasiment toutes son oeuvre, si le plus marquant est Juggernaut, le meilleur album avec le recul reste What Next en 1980.

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