Festival Quadrifonic : la magie de l’instant !

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La première édition du festival Quadrifonic avait été un succès, de par la qualité du plateau de groupes proposés : Element V, Enneade, MDS, Némo, Lazuli. Il n’avait manqué que deux paramètres : une météo un peu plus clémente (début septembre, il peut faire frisquet en Haute-Loire) et un public un peu plus nombreux. La volonté opiniâtre des organisateurs rassemblés et soudés autour de Jean-Pierre Louveton et quelques bonnes volontés sonnantes et trébuchantes avaient permis de boucler cette édition et de lancer l’organisation d’une deuxième… Pour celle-ci, l’équipe s’était appuyée sur un financement participatif permettant d’assurer un certain nombre de préventes. Et ma foi, l’affiche proposée, toujours axée sur des groupes et des artistes français (spécificité du festival Quadrifonic) pouvait laisser à penser la venue d’un public nombreux : James Van Deek, Rosa Luxemburg, Motis, JPL, Gens De La Lune ! Et comme le temps s’était mis de la partie avec une belle et douce chaleur de fin d’été, toutes les conditions étaient réunies pour passer une agréable journée à Chadrac. Le temps de saluer bien des connaissances et de goûter – déjà – l’excellente bière locale (ambrée pour moi) et nous voilà prêts pour les premières notes et images.

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Et ce sont les régionaux de James Van Deek qui ont la lourde tâche de chauffer la salle – ce qui, pour de multiples raisons ne sera pas difficile… Le jeune quatuor à deux guitaristes, dont un chanteur, attaque bille en tête en présentant son math-rock chanté en anglais. On s’attendrait à des envolées plus lourdes, mais des influences cold et dark sont bien présentes et limitent les cavalcades en appuyant surtout sur un côté sombre et trituré. Néanmoins, le groupe est plaisant, bien en place, avec quelques moments proches d’un Noir Désir dans la langue de Shakespeare. Le public apprécie et James Van Deek peut quitter la scène : entrée en matière réussie.

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Les Parisiens de Rosa Luxemburg arrivent sur le plateau au son de leur dernière plaisanterie en date : une version de « La Boîte De Jazz » de Michel Jonasz transformée en un « Le Festival De Prog », drôle, bourrée de références (dans le texte et les motifs musicaux) et vraiment aboutie (voir la vidéo ci-dessous). Malgré un souci de branchement des claviers dès le début du set, les Rosa ne semblent pas se démonter (en fait, ils sont complètement paniqués, m’avoueront-ils au cours du repas…) et étalent les titres de leurs deux albums sans coup férir, ponctuant leurs interprétations de références progressives (en particulier de Genesis) ! Le public, qui pour une grande partie découvre le groupe, semble conquis par la qualité du combo (il n’y a qu’à écouter « Les pilleurs » pour s’en convaincre), l’humour et la finesse des textes, de même que la bonne humeur communicative de la troupe. Pari gagné pour les Parisiens !

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Ce sont les Jurassiens de Motis qui suivent dans la chaleur devenue un peu étouffante (et ce n’est pas fini). Motis, j’avais pu apprécier leurs deux sets à Crescendo 2015. Cela fait maintenant deux ans qu’ils étrennent le show de leur dernier et excellent album, Josquin Messonnier. Et c’est ce spectacle qu’ils présentent, égrené d’autres titres, dont certains extraits de L’Homme-Loup (vous imaginez mon ravissement) ! Entre bouzouki électrique, claviers vintages, paire rythmique impressionnante et voix d’Emmanuel Tissot, les Motis assurent un set de haut-vol et nous proposent même l’entrée en lice du grand André Balzer, venu interpréter « La Cabane » d’une manière convaincante et habitée (un des grands moments de cette journée). Manu tentera bien de faire sauter le public clairsemé sur « Allons Mes Compagnons » avec un succès relatif, mais l’important n’est pas là : pour ceux qui en doutaient, Motis, avec ses chansons progressives, fait partie du gratin du prog français et ceux qui pourront les voir et les entendre à Prog en Beauce fin octobre en auront la confirmation !

C’est l’heure de la pause-repas pour ceux qui ont réservé. Ambiance conviviale entre musiciens et spectateurs, délice de la potée auvergnate et du café gourmand au pain d’épices et au miel ! Personnellement, je dîne avec Rosa Luxemburg : ça discute des projets des uns et des autres, ça déconne, ça rigole… et ça mange (d’ailleurs les Rosa n’oublieront pas le lendemain de faire leurs emplettes au Puy-en-Velay). Ragaillardis par ce succulent repas (félicitations à l’équipe qui a préparé et servi), et le temps d’apprécier un autre godet de la gouleyante bière pression locale (blonde ou ambrée au choix), et nous voici fin prêts pour accueillir JPL.

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JPL, soit Jean-Pierre Louveton, avec une nouvelle formation mêlant anciens et nouveaux, joue à la maison après avoir rôdé son show sur quelques dates. Eh bien, la claque vous arrive en pleine face ! Le groupe est largement au point, chacun apporte sa pierre à un édifice qui ne tremble pas un seul instant malgré la complexité de la musique proposée. JP est en voix, souriant, visiblement heureux de communier avec un public ravi de la prestation. Du coup, les musiciens se déchaînent, et les deux « nouveaux », Florent Ville et Sébastien Delestienne, apportent toutes leurs qualités, et certaines versions sont vraiment fabuleuses (même JP, généralement avare d’autosatisfaction, apprécie par exemple la version de « Je Suis Roi » ; pour ma part, petit faible pour mon titre préféré, « Le Dernier Souffle De Vent », avec la belle voix de Sébastien, remplaçant ici le chant sublime de Dominique Léonetti de Lazuli de fort belle manière, et un Jean-Pierre aux soli dévastateurs). A défaut d’être comble, la salle est comblée et JPL marque solidement sa présence dans le gotha du progressif à la française !

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La chaleur est à son zénith et une petite pause dans la fraîcheur du soir altiligérien remonte les accus en attendant l’ultime groupe, les Gens De La Lune emmenés par Francis Décamps. Je dis « emmenés » car pour avoir vu GDLL plusieurs fois (la dernière à Prog en Beauce en 2014), j’ai la ferme conviction que l’arrivée du jeune bassiste Mathieu Desbarats a permis à la bande de Francis de franchir un cap. GDLL est désormais un groupe complet dont Francis est un élément, certes leader, mais qui laisse toute sa place à l’expression de ses acolytes. Mélangeant des titres de l’ensemble de leur répertoire (avec une place importante réservée à Epitaphe), les GDLL font une incursion dans celui de Ange avec un « medley » qui permet de bien faire comprendre qui détient la flamme de cette musique intemporelle ! Francis plaisante sur la chaleur et doit même se démaquiller pour ne pas finir en un Peter Gabriel sur la pochette de son troisième album ! Les musiciens donnent le tournis en changeant d’instrument, le public est conquis (il y a toujours un bon nombre de Luniens) et Emmanuel Tissot déboule même pour le rappel avec son bouzouki pour le rituel « Gens De La Lune » avant que le groupe ne conclut sur le désormais classique franc-comtois « C’no Peran ».

Que dire après de tels moments ? En premier lieu, que ce festival Quadrifonic 2 est une totale réussite, tant au niveau de la programmation que de l’organisation (on n’oubliera pas les techniciens son et lumière qui ont fait un boulot remarquable). Bien entendu, un public plus nombreux aurait été apprécié par tous, organisateurs comme musiciens. Ceci étant, les organisateurs avaient le sourire malgré la fatigue au moment de ranger le matériel, et les musiciens, accablés de chaleur lors de leurs prestations n’ont pas boudé celle des présents en jouant comme si la salle était pleine. Les organisateurs de festivals de progressif s’interrogent, se demandent ce qu’il convient de faire pour attirer le public… Quadrifonic a répondu en présentant un plateau de jeunes espoirs pleins de qualités et une triplette de groupes qui forment, avec Lazuli, le quatuor majeur de la scène progressive d’expression française (oui, je sais, certains vont me dire qu’il ne faudrait pas oublier Ange…). Pour ceux qui étaient là en ce 10 septembre 2016, qu’importent les absences, l’essentiel se trouvait dans la magie de l’instant…

Henri Vaugrand

Et un grand merci à Jean-François Corizzi et Rémi Cizeron qui nous ont autorisés à utiliser leurs photos pour illustrer cet article.

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