Festival Présences Electronique au Centquatre (Paris)

Compte rendu de la huitième édition du festival Présences Electronique au Centquatre (Paris), les 30 et 31 mars 2012

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À ceux qui ne le savent pas, le festival Présences Electronique, en partenariat avec l’Ina GRM et Radio France, est aujourd’hui un passage obligé à tout(e) amateur(trice) écoutant, faisant ou ayant un rapport de près ou de loin avec la musique électronique sous toutes ses formes les plus disparates. Et s’il est vrai qu’il m’a fallu attendre la huitième édition (et pourtant c’est gratuit !) de ce rassemblement pour enfin m’approcher de ce lieu qu’est le Centquatre, c’était en connaissance de cause. Bien du beau monde à participé à cette manifestation. Citons sans ordre de préférence : Francisco Lopez, KK. Null, Mika Vainio, Chris Watson, Bernard Parmegianni, Biosphere… Et j’en passe. Non, il me semble que pour sentir, toucher l’ambiance des « Présences Electronique », nous, auditeurs-spectateurs (acteurs ?) devons faire abstraction de nos jugements, il est vrai bien souvent hâtifs, caractérisés par un sentiment blasé et hautain que certains portent sur cette scène ouverte à toutes sortes d’expérimentations. Ramassis de conneries allant de l’invective peu subtile à l’allégeance quasi mystique envers certains acteurs de cette scène, proprement déifiés dans leurs « actions »  tant elles se posent dans le circuit restreint voir élitiste d’une forme d’art hermétique qui n’appartient qu’à eux mêmes. Cela, il n’en est pas question ici. Après tout, ce que l’on recherche, n’est-ce pas justement une expérience ? Voici donc le point de vue (un parmi d’autres) sur cette manifestation.

À noter toutefois que ce compte rendu prend seulement en compte les concerts donnés dans la nef centrale du Centquatre. Mon emploi m’empêchant d’assister aux premières parties se déroulant dans la salle 400. Aussi y seront purement et allègrement zappés Michel Chion vendredi 30 (l’accès à la salle m’ayant été refusé) ainsi que Yannis Kyriakides, Pimmon ainsi que Robert Henke le samedi 31 (Que voulez vous ma bonne dame !).

Présences Electronique, c’est aussi l’occasion (unique !!) d’écouter, mais aussi de découvrir ou de re-découvrir, dans des conditions, optimales, voire exceptionnelles le son électronique. Cela grâce à l’Acousmonium, les ami(e)s. Qu’est-ce donc ? Un spatialisateur permettant de projeter le son sur des diffuseurs entourant le public. Modernisé, amélioré depuis les années 50 où Pierre Schaeffer en posa les premiers rouages. Pensez-vous, 60 ans de recherche sur la spatialité du son. De quoi revendre son iPod, je vous le dis…

Vendredi 30

Arne Nordheim

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Première confrontation et une manifestation qui m’intéressait particulièrement. La découverte « live » du compositeur norvégien, disparu il y a maintenant deux ans. Artiste d’une modernité ébouriffante, Arne Nordheim a su insuffler dans ses travaux un grain qui dépassait le cadre de la musique électro-acoustique. Réactualisé par la réédition louable sur le label Rune Grammofon (l’album « Electrik ») je vous invite à re-découvrir le travail de ce compositeur extraordinaire et finalement méconnu. Premier concert donc qui prendra la forme d’un concert acousmatique.  Expérience en soi vu que le public ne trouve en face de lui que différents amplis et diffuseurs éclairés pour la circonstance, le musicien (spatialisateur) étant placé au centre de la nef (ici Christian Zanési). Comment réagir face à une musique dont on ne voit pas l’interprète ? On observe les variations de lumières sur les enceintes, on tourne la tête à droite, à gauche afin de déterminer la provenance des sons, on s’emmerde, on se dit qu’il y avait un bon programme à la télé, quelqu’un regarde la météo sur son iPhone (véridique !), ou bien on ferme les yeux et on se laisse envahir par les sonorités. On dialogue avec elles. Ceux ayant déjà assisté à ce genre de concerts se presseront d’ailleurs de les fermer afin d’en saisir la globalité des sons nous enveloppant, nous faisant « entrer » dans la pièce sonore. Et ouais les gars, ici on ne triche pas en se planquant derrière des vidéos projetées, fabriquées à la va-vite.

C’est ainsi que l’œuvre « Warszaw » apparue. Etonnant que ce morceau date d’il y a plus de quarante ans (!!!) tant sa puissance ferait rougir de honte n’importe quel aspirant à la musique électronique. Pris dans des tourbillons électroniques faits de drones assommants, montants et descendants avec une aisance certaine tels des bourrasques de vents nous fouettant le visage, de gargouillis électro-acoustiques et autres field recordings précis nous faisant ressentir le mouvement des feuilles mortes sur les trottoirs ainsi que les cris des enfants jouant dans la rue. Pièce environnementale (au sens large du terme), du souvenir, d’un instant donné et d’un espace temporel passé, perdu dans la subjectivité du compositeur norvégien, « Warszawa » méritait a elle seule le déplacement ce vendredi là, rendant d’autant plus regrettable la disparition de ce compositeur qu’était Arne Nordheim.

Francesco Giomi

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Premier intervenant ce soir là sur la scène de la nef, Francesco se présenta sous les applaudissements de fans (ayant manifestement faits le déplacement pour cette représentation). Utilisant laptop et un clavier maître, le compositeur italien nous présenta une pièce cyclique et improvisée où tout du long émergèrent différentes circonvolutions électroniques. Tantôt pénétrante et peu avare en intensité retenue ou d’autres fois utilisant, avec plus ou moins de succès, certains « gimmick » (bien que le terme me paraît malvenu). On notera une montée de tensions s’arrêtant pour mieux reprendre. Dommage toutefois que l’Italien nous refasse le coup à moins de vingt secondes d’intervalles… On percevra aussi quelques bourdonnements finement amenés, couplés à des crépitements (sensations aux premiers rangs). Pour ma part, je regrette le final arrivant de manière abrupte, Francesco Giomi reprenant pour achever son œuvre la même sonorité vaguement ethnique qu’au commencement, laissant bizarrement un sentiment de trop peu se diffuser. D’autant plus dommage que le compositeur semblait en osmose avec les sons qu’il produisait. Se mouvant quasi avec grâce, ondulant au « rythme » des taches sonores construites. Applaudit avec ferveur (les fans), l’Italien semblait heureux de son succès. A réessayer, les qualités sont présentes et les sonorités travaillées.

Martin Tétreault

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Je ne connaissais absolument rien de cet improvisateur et concepteur sonore canadien… Pauvre de moi ! Martin Tétrault fut une de mes découvertes du festival, rien que ça. Se mettant le public dans la poche avec cet impayable accent québécois, Tétrault, platiniste et expérimentateur sur les tourne-disques, nous démontra avec enthousiasme le nombre tout bonnement ahurissant de choses qu’il est possible d’effectuer avec deux platines, deux vinyles (ici ce qui prime c’est la texture du disque et non son contenu), quelques microphones et effets. Jouant sur les imperfections du médium (bruits parasites, chocs, contacts imprécis), le Canadien nous construisit une masse sonore en mouvement constant. Abrasif (sans être agressif) ou bien minimal (sans être facile), le son restait accrocheur de bout en bout, le compositeur jouant du hasard avec brio. Comment un sillon bloqué se transforme en véritable pulsation (qui aurait sa place dans n’importe disque d’IDM) ? Comment le ronflement du vinyle se transforme en drone aride et incisif sans en être dénaturé ? Martin Tétrault, c’est comme si Pierre Henry s’essayait aux platines. Sans prétention, sans austérité, il travaille sur la matière sonore même, ce qui retient le son et ce qui le fait sortir. Conceptuel sans être chiant, le travail effectué par le canadien était avant tout une expérience sonique passionnante, ludique (voire même « bon enfant » vu la personnalité du bonhomme) et d’un point de vue sonore ébouriffant. Je recommande ouvertement les albums de Tétrault en collaboration avec Otomo Yoshihide pour ceux qui souhaitent poursuivre l’initiation dans cette musique concrète et captivante. Révélation !!

Deathprod

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Dire que j’attendais la venue du Norvégien avec impatience… C’est peu dire… je me suis au départ déplacé uniquement pour le projet de Helge Sten !! Patron du label Rune Grammofon, membre du génial groupe d’improvisation jazz Supersilent, Helge Sten est un orfèvre du son. Chaque particule est transcendée par son toucher. Cela se ressent d’autant plus fort dans son projet personnel à consonance ambient Deathprod. Deathprod, c’est un monolithe… Une marche inéluctable, une tension palpable et jamais décroissante, une ambiance glaçante et noire digne d’un Ligeti. Un objet massif, compact qui ne laisse aucun mode de raccord, seulement un magma proprement terrifiant me rappelant à chaque écoute « 2001 l’odyssée de l’espace ». Une musique signifiant le vide, l’angoisse et maintes interrogations. Helge Sten jouera uniquement sur un laptop (un mac où le logo de la pomme fut caché par un scotch adhésif). Et comment il sera ? À l’image de sa musique. Monolithique, imperturbable derrière son écran, ce dernier nous livrera une sorte de best-of de la carrière de son projet. Ouverture par une des œuvres phares « Morals & Dogma » (ne vous ais-je déjà pas dit de posséder absolument cet album ?), le début du concert fut impérial. Basses surpuissantes, répétitivité contrôlée balancée par des sonorités plus diffuses et discrètes, l’assistance est clouée, les vibrations font des chatouillis dans les jambes et le ventre. Quel début !!

La suite laissera plus dans l’expectative une partie du public. En effet, au lieu de jouer la carte d’un titre à la durée homérique (comme les autres participants), Helge Sten préfèrera miser sur plusieurs ambiances et plusieurs titres. Ainsi ce titre tiré du premier album, sorte de déferlement d’orgue rehaussé électroniquement, répété à quatre/cinq reprises ne fera pas l’unanimité. Vagues protestations contrés de « chut » vilipendés par une partie de l’assistance. Qu’importe, la puissance du son atteignant ici ses limites comme si on se prenait le son en plein poitrail. Il est plus dommageable que Helge Sten ne laisse pas le temps aux titres de se finir complètement, le Norvégien préférant passer illico presto au suivant occasionnant de brefs moments de silence, cassant l’ambiance ainsi instaurée mais laissant suffisamment de suspense pour attendre la suite.

On appréciera les deux titres tirés de la collaboration avec Biosphere en hommage à Arne Nordheim (« Nordheim Transformed » toujours sur Rune Grammofon), à savoir « Twin Decks » morceau court et minimaliste où un simple son se répète dans un effet d’écho (le type de composition qui reste dans la tête) ainsi que « Journey To The Centre Of The First 1.2 » (légèrement raccourci). Mais pourquoi ces coupures brusques ?! Terminant sa performance par un autre monolithe (« Cloudchamber »), Helge Sten nous plongea dans une marée d’infra basses d’une grande puissance (on était sur le fil de la saturation), se répétant inlassablement, donnant l’impression de « boire la tasse » à intervalle régulier où se distillaient des sonorités plus brumeuses et éthérées. Imperturbable…

Mission remplie pour Deathprod lors du festival… Mais seulement remplie… Comprenons nous bien, le concert donné par Helge Sten était bon, d’une sonorité écrasante où l’acousmonium a fait des miracles mais… ça n’aurait pas du être bien (voir très bien) mais excellent. Ce soir là je m’attendais à être écrasé, terrassé. Que Deathprod ratatine la concurrence. Toutefois, rien ne m’enlèvera le plaisir d’avoir vu Deathprod en concert au moins une fois dans ma vie.

Samedi 31

Deuxième soirée (et pour moi la dernière) de Présences Electronique, toujours dans la même salle de la nef (j’ai zappé les concerts dans la salle 400 tout simplement parce que je bossais). Après avoir pris une meilleure place au deuxième rang, j’attends…

Ilhan Mimaroglu

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Comme la veille, la soirée débute par un concert acousmatique. Compositeur turc installé aux Etats-Unis, Ilhan Mimaroglu nous fit une sorte de best-of de ses compositions électro-acoustique s’étalant entre 1966 et 1996. Que dire de ce concert ? Peut-être étais-je encore dans les bourdonnements d’Arne Nordheim de la veille ? Quoiqu’il en soit, la performance électronique du compositeur turc ne m’a pas plus emballé que ça, bien que certains passages étaient fort bien amenés comme ses rythmes et mélodies du Moyen-Orient passées sous le filtre de l’électro-acoustique. Avouez que ce n’est pas souvent que l’on entend ça ? D’autant plus que le résultat se révélait surprenant. Ne soyons pas mauvaise langue, Ilhan Mimaroglu nous fit un concert qui n’aurait pas dépareillé dans les salles de Radio France (c’est peut-être son défaut). Mais rien ne laissait présager ce qui allait suivre…

Benjamin Thigpen + Jean-François Laporte

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Alors là, je m’y attendais pas… Imaginez un mec assis sur une chaise au milieu de la scène. Sur cette chaise, des tubes, divers bricolages électroniques. Il s’assoit. Moment de silence. Mais que va-t-il nous faire ? Comprends pas… Enfin, le bonhomme (Jean-François Laporte) tire sur une sorte de sangle en plastique reliée à l’un des tubes. Un grondement en sort. Houlà !! Mais c’est du costaud ! Et là, ça s’enchaîne dans une suite logique imperturbable. Le grondement se change en drone. Ce dernier gagne sensiblement en puissance, enfle, grandit, écrase. Chaque couche rajoutée nous fait ressentir une forte attraction terrestre. Et ça continue, les basses tapent sur le corps comme des sinusoïdales nous frappant l’arrière train. Des sifflements apparaissent accompagnant les drones se superposant sans cesse. Les sifflements gagnent en puissance. Ca crisse, ça lacère. Certains membres de l’assistance se plient littéralement sur leurs chaises, se bouchent les oreilles, regardent leur voisins d’un œil révulsé. Et ça continue, ça monte, ça monte. La saturation entre dans la structure. Mais je suis projeté au centre de la Terre !! Quelle durée ? Quelle résistance ? Et puis, progressivement, on remonte à la surface, lentement, sûrement. On tire une dernière fois sur une des sangles et le voyage s’arrête…

Une seconde… Applaudissements à tout rompre dans une salle encore sous le choc. Benjamin Thigpen (au laptop du centre de la salle) rejoint son camarade sur la scène, le prend dans ses bras. Quelle expérience mes aïeux ! « Rust » ça s’appelle. Nom de cette intervention que font les deux artistes en collaboration. Et pour tout dire… Quelle claque !! Une performance, une vrai !!

AGF

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Comment l’artiste allemande allait-elle relever le niveau après un déchaînement pareil ? La musicienne s’installe devant son laptop. Quelques mots susurrés et puis… Un rythme électro fait son apparition. La vache ! Mais ça aurait pu être du Autechre ! Le résultat ne trompe pas. Les festivaliers gigotent leurs têtes comme des pigeons. Le tempo est lancé. L’Allemande passe du laptop à la table de mixage, du mixage à l’effet tactile (Kaoss Pad ?), mélangeant travail sur les voix, micro-rythmiques, pulsations intensives (ainsi qu’un passage dronisant de toute beauté). Et ça bouge, ça bouge. Pas de répit, ou si peu mais toujours un flot instinctif de bidouillages, de gargouillements et tout simplement de surprises. Rythmiques / Drone / Voix /Vocoder. Tout se mélange dans une copulation sonique qui laisse coi.

Habituée normalement au format court (titres dépassant rarement les 4 minutes), AGF « l’e-poétesse » gratifie le public par une exploration grand format, sans faille, qui prend aux tripes. Quelques intonations de voix à la Björk ne sont pas vraiment nécessaires mais l’impression finale sera plus que bonne (d’autant que je découvre l’artiste). Après la salve dévastatrice de Benjamin Thigpen et Jean-François Laporte, maintenir et captiver l’attention du public est en soit un exploit. Mission accomplie en plus !! D’autant plus confirmée au vu des applaudissements.

Hildur Gudnadottir

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La troublante violoncelliste islandaise était à coup sûr l’attraction de la soirée. Ne me dites pas qu’au moins 40 à 50 % du public ne s’était pas déplacé pour elle !? Je ne vous croirai pas !!  Arrivant d’un pas presque timide, la violoncelliste s’installe dans un silence quasi religieux au sein de la nef. Prends son temps pour se disposer (Tiens, elle est enceinte !), regardes son laptop, prépares le positionnement de son violoncelle ainsi que des pédales à ces pieds. Silence… et puis un premier coup d’archet, beau, simple, évident. Répété par la suite entrecoupé de silence. Et puis, aux nouveaux coups d’archets amples se placent les premiers, s’entrecroisant en un bref effet électronique. L’Islandaise est baignée dans une lumière bleutée. C’est fait !! L’ambiance est posée ! Et quand la belle violoncelliste pose sa voix, c’est un voyage. Des nuages mouvant au gré du vent, un vent soufflant sur une mer du Nord. Gudnadottir stoppe sa voix sans paroles et celle-ci continue, autonome, en une boucle spectrale retraitée en plusieurs couches. L’espace s’emplie. Les sons du violoncelle se font plus graves. Un effet de delay profond commence à transformer le violoncelle, métamorphosant la texture. Quelle ampleur ! C’est fort ! La salle retient son souffle. La mer monte, le vent souffle, les herbes se couchent… Les paysages défilent. Les corps frémissent. Mais ça fait combien de temps que la miss joue ? Je ne sais pas, je m’en fous. J’aime, je vis, je suis dedans.

La dimension spectrale et sonique bat son plein (comme mon cœur d’ailleurs). Les mouvements d’archets se font plus abrupts plus rapides. Les soufflent se retiennent. Mais bordel, c’est énorme ce truc !! La violoncelliste se cambre, épouse son instrument créant une tension où se mêle électronique, voix retraitée (toujours présentes), violoncelle ample devenant ouragan, déchaînements. L’eau, l’air, la terre… Mais… Merde alors… j’ai les larmes aux yeux. Bordel de bordel… Une dernière accélération sur l’archet. Grondement… Tout s’arrête… Un simple effet d’écho laisse une trace dans l’espace… Je relâche mon souffle…

Bon, je vous laisse deviner le tonnerre d’applaudissements au sein de la nef (répété alors que la violoncelliste revient ranger son matériel). Et oui, Hildur Gudnadottir vient de remettre en place bon nombre de personnes. Et pour moi ? Tout simplement l’une des plus grandes expériences de toute ma putain de vie !!!

Jérémy Urbain

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