Entretien avec Steve Rothery : « The Great Escape » en solitaire

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Seul membre fondateur de Marillion toujours présent à bord du navire, Steve Rothery a décidé, après une première tentative hélas avortée en 1985 (pour cause de trop grande proximité avec la publication de « Misplaced Childhood »), de sortir enfin son premier album solo, si l’on met de côté ses deux escapades avec The Wishing Tree. Voilà en effet un excellent moyen pour lui de se ressourcer artistiquement, et d’évacuer la tension inhérente à la vie au sein d’un groupe dont la longue carrière ne semble pas près de vouloir s’arrêter…

C&O : Bonjour Steve. Quelles sont les motivations qui t’ont incité à sortir un album solo à ce stade de ta carrière ? Connais-tu déjà les musiciens qui t’accompagneront sur ce disque, et peux-tu nous les présenter ?

SR : Cet album s’est présenté après que j’ai été invité à participer au festival international de guitare de Plovdiv en Bulgarie. J’étais tellement satisfait de la musique et du groupe que j’ai réuni pour la jouer que cela semblait une chose évidente à réaliser. Outre Dave, Leon, Yatim et moi-même, il y aura Steve Hackett, Mark Kelly et d’autres musiciens qui ne sont pas encore confirmés.

C&O : Il était prévu que tu fasses un album solo dès 1985 ! Pourquoi ce projet n’a-t-il jamais vu le jour ?

SR : Effectivement, EMI m’avait offert un plan solo à l’époque, mais cela avait conduit à une dispute dans le groupe, donc j’avais laissé de côté ce projet.

C&O : Ton album s’intitule « The Ghost Of Pripyat », qui fait référence à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Comment en es-tu arrivé à t’intéresser et à aborder ce thème musicalement parlant ? Sera-t-il d’ailleurs le fil conducteur de l’ouvrage, un peu à la manière d’un « concept-album » ?

SR : Le titre est venu alors que j’avais écrit une section de musique avec l’idée d’un manège hanté pour enfant ! Je cherchais sur Google des images de champs de foire abandonnés quand je suis tombé sur celles de la fête foraine de Pripyat. Plus je cherchais à en savoir davantage sur son histoire, plus j’étais convaincu que c’était la voie à explorer et que c’était le thème principal de l’album. Je suis actuellement en pour parler avec un promoteur Ukrainien pour faire un concert de charité à Kiev afin d’y honorer la mémoire de ceux qui ont perdu la vie dans ce désastre, et d’aider les survivants qui ont encore besoin de traitements médicaux. J’espère également participer à une action de charité en faveur des enfants qui vivent près de la Bielorussie, où se sont retrouvées la plupart des retombées nucléaires de la catastrophe de Tchernobyl. Ce ne sera pas un concept album, plutôt un ensemble de thèmes cinématographiques.

C&O : La musique se rapprochera-t-elle de la mélancolie souvent propre au style Marillion, ou envisages-tu de faire tout autre chose, comme cela a été le cas à deux reprises dans le cadre de ton groupe parallèle, The Wishing Tree ?

SR : La musique a de nombreux points communs avec ce que je fais dans Marillion et The Wishing Tree, mais l’enjeu est différent puisque tout est intrumental.

C&O : Tu as choisi de mettre en œuvre ton projet solo par le biais d’une plate-forme de financement participative. Pourquoi avoir opté pour ce moyen, et où en est tu aujourd’hui en terme de souscriptions de la part de tes nombreux fans ?

SR : Marillion a une longue histoire avec le « crowdfunding » et a été un pionnier de ce genre de mouvement. Après y avoir réfléchi, j’en ai conclu que je devais lancer une campagne Kickstarter pour financer l’album. Pour avoir plus d’exposition, j’ai aussi lancé à mon nom une page bandcamp pour vendre un téléchargement audio du concert de Plovdiv (sur steverothery.com) ainsi qu’un téléchargement vidéo via fetchapp.com. J’ai chargé sur youtube un trailer vidéo du concert de Plovdiv et un extrait audio sur Soundcloud avant la date de lancement du projet, afin que les gens puissent comprendre dans quelle direction l’album s’aventurerait. Nous avons atteint l’objectif des 15000 £ en 48 heures ! Avec encore presque 30 jours devant nous, nous en sommes déjà à 30000 £. Les pages Bandcamp et Fetchapp ont aussi rapporté de l’argent supplémentaire. Après quelques jours de campagne, j’ai chargé un morceau entier tiré du festival, « White Pass » sur Youtube et Soundcloud, en encourageant son partage.

C&O : Que penses-tu de la presse de ton pays ? A l’exception du magazine Prog, elle ne parle presque jamais de tes talents instrumentaux. Pourtant, tu possèdes l’ensemble des atouts propres à un grand guitariste : un son spécifique, un jeu particulier et des soli instantanément reconnaissables, emplis de lyrisme et d’émotion. Est-ce frustrant pour toi ou tu n’en fais tout simplement pas cas ?

SR : La presse anglaise est l’une des plus imprévisibles du monde. La grande force de l’internet est que cela a rendu la couverture mainstream bien moins essentielle que cela ne l’était auparavant. C’est très dommage de ne pas avoir plus de reconnaissance en Angleterre comme guitariste, mais ça ne m’empêche pas de dormir.

C&O : En tant que musicien, quels sont tes principaux modèles, et quels sont tes guitaristes contemporains préférés ?

SR : Dave Gilmour, Steve Hackett et Andy Latimer sont mes trois références principales. Parmi mes autres musiciens préférés figurent Joni Mitchell, Neil Finn et Vangelis.

C&O : Si tu devais un jour sortir un album de reprises, quels principaux morceaux figureraient dessus ?

SR : Un jour, j’aimerais faire un album de reprises de blues.

C&O : Tes parties de guitare sont souvent très mélancoliques. Est-ce que tu penses qu’il y a plus de profondeur dans la tristesse que dans la joie ?

SR : Absolument. La plupart des morceaux joyeux sont fades. La musique triste ou mélancolique a plus de résonance avec les gens.

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C&O : Comptes-tu te consacrer prioritairement à ta carrière solo ou à Marillion dans le futur ? 

SR : Je ne peux pas envisager un temps où Marillion ne serait pas ma priorité.

C&O : Dans cette identité « démocratique » qu’est Marillion, quel est ton rôle, et comment a-t-il évolué au fil du temps ? 

SR : Nous avons chacun notre mot à dire et un droit de véto. Certains membres ont plus d’idées que d’autres mais chacun contribue à sa manière.

C&O : Dans quel état d’esprit se trouve Marillion ? Un nouvel album est-il envisagé ? 

SR : Le groupe a un super état d’esprit. Nous avons commencé à écrire pour un nouvel album, mais nous allons être assez occupés en 2014, donc il ne sortira probablement qu’en 2015.

C&O : Une fois ton album achevé et disponible, souhaites-tu le promouvoir sur scène, et aurons-nous la chance de te voir passer par la France ?

SR : Oui, je vais le jouer sur scène un peu partout, une date à Paris pour le 25 Octobre est déjà planifiée.

C&O : Un grand merci à toi d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Il nous tarde donc de découvrir bientôt « The Ghost Of Pripyat » !

Propos reccueillis par Fred Natuzzi, Bertrand Pourcheron & Philippe Vallin
Traduction : Fred
Photos : Christophe Demagny

 

Pour participer au financement de l’album de Steve :

 

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