Draw The Sky – Humanity

Draw The Sky - Humanity

Je ne suis pas branché jazz, ni instruments à vent, alors pourquoi suis-je tombé amoureux de Humanity dès la première écoute ? Mystère ! Question subsidiaire : pourquoi ai-je pris cette fâcheuse habitude de commencer mes chroniques par la conclusion ? Décidément, je ne suis pas le roi du suspense. Si j’écrivais des polars, je ne serais jamais publié. Avant de répondre à ces questions, reprenons cette chronique de façon un peu plus académique.

Draw The Sky est un quintet parisien formé il y a deux ans par Renan Carrière et Hugo Barette, avec pour désir commun de créer un projet instrumental à mi-chemin entre le rock progressif des 70’s et le jazz. Il est sous l’influence de King Crimson, Gong, Gentle Giant, j’en passe et des meilleurs, mais également d’artistes de jazz comme Bill Evans, de fusion à l’instar de Weather Report, auxquels s’ajouteront quelques soupçons de reggae et de funk avec l’étoffement du line-up.

Humanity est un concept décrivant le voyage allégorique d’une humanité en quête éperdue de sens et de savoirs dont chaque titre symbolise les étapes de son périple. La jaquette, œuvre de Timon Ducos et représentant un explorateur scientifique traversant un monde rempli de mystères, est digne du travail de Roger Dean pour les pochettes de Yes, ou encore d’une planche de Mœbius. Je ne résiste pas au plaisir de l’inclure dans l’article, complètement déployée.

Draw The Sky - Humanity

En live, le groupe s’efforce également d’illustrer ce concept par l’apport de voix off et de costumes de scène originaux. D’ailleurs, l’album a été presque entièrement enregistré live et sans clic, dans le but de lui conférer ce son organique cher au groupe. C’est une pratique influencée par le monde du jazz. Humanity présente la particularité d’avoir été capturé en deux sessions très distinctes dans deux studios et par autant d’ingés son. Les morceaux ont aussi été écrits en deux fois puisque l’objectif premier était de sortir un EP. En fait, le tremplin qu’a constitué pour eux le Fallenfest leur a permis de bénéficier de deux jours d’enregistrement supplémentaires et donc d’ajouter quatre titres.

Malgré la volonté initiale du groupe, l’album n’est pas complètement instrumental même si le chant n’apparaît qu’à partir du sixième titre. Toute la virtuosité de nos cinq musiciens éclate au grand jour dès l’entrée en matière constituée par le pavé de 15 minutes que représente « Back ». Sa première partie très « crimsonienne » laisse ensuite place au bout de 10 minutes à un rythme bluesy dominé par le lumineux sax alto de Valentin Sicot et soutenu tout en délicatesse et tout en groove par la section rythmique impulsée par Valentin Berthouin. Tout cela prend parfois l’allure d’une jam parfaitement maîtrisée quand les claviers entrent dans la danse, et s’amplifie sous l’impulsion d’un jeu de batterie très riche et tout en toucher. À ce sujet, le travail de Guillaume Bric derrière les fûts est empreint de classe, se permettant même d’inclure sur « Liwo » et « Aquatic Dreams » ce qui apparaît comme étant des mini soli de batterie sans freiner l’élan du combo. Les contre-voix de guitare à la Brian May et le sound design à la Genesis sur la partie ambient de « Saturn » ne passent pas inaperçus non plus. On est ensuite baladé entre des ambiances et des atmosphères très différentes sur chaque titre. « Saturn » possède une touche funky sympa. « Liwo », mettant plus à l’honneur la guitare, est plus lent, mais encore très groovy. « Aquatic Dreams » marque un caractère jazzy très accentué. C’est certainement pour cela que je l’ai moins apprécié, mais c’est uniquement une question de goût personnel.

Draw The Sky - Band

J’en viens au « hic » de cet album, à savoir le chant sur un « Aïcha » plutôt gai et léger. Je n’ai vraiment pas accroché aux textes parlés ni au chant anglophone de Sully Doro dont l’accent français est omniprésent. Dommage, car sa voix est superbe de vibrato lorsqu’il se lance dans les arpèges. Pourquoi ne pas avoir chanté en français ? Mille fois dommage !

Au-delà des influences affichées du groupe, il m’a semblé retrouver également la patte de Camel sur l’oriental « Cordoba » et aussi lors du solo de clavier du morceau éponyme. Sur ce dernier, le chant de Sarilou m’a beaucoup rappelé ce que fait Amartia que j’ai récemment chroniqué dans ces colonnes. Il s’agit peut-être du titre sur lequel on perçoit le mieux la spontanéité du groupe qui brille sur les multiples facettes de ce joyau. Pourtant, si Draw The Sky joue au caméléon avec beaucoup de styles musicaux, on est très loin d’avoir affaire à un album qui se disperse ou qui serait complètement hétéroclite. L’ensemble est très digeste, malgré le haut niveau de technicité des musiciens et leur éclectisme.

Il est temps d’en venir aux réponses aux deux questions que je me posais en intro de cette chronique. Pour les plus sagaces d’entre vous, vous avez pu les deviner car elles étaient inscrites en filigrane dans le texte.

Réponse 1 : le groove ! Eh oui, le jazz démonstratif m’énerve très vite mais quand il est empreint de groove comme sur la majeure partie de l’album, je m’éclate. Croyez-moi, la musique sans groove, c’est soit de la soupe, soit du nombrilisme.
Réponse 2 : quand je craque vraiment sur un CD, je ne résiste pas au plaisir de l’écrire d’emblée. De toute façon, ça se sent très vite dès les premières lignes, alors autant lâcher les chevaux illico.

Et hop, c’est parti pour mon second coup de cœur de l’année 2017, un coup de cœur français encore une fois. C’est cool non ?

Rudy Zotche

http://www.drawthesky.com/

https://www.facebook.com/drawtheskyband/

https://soundcloud.com/draw-the-sky

Humanity
Draw The Sky
Autoproduction
2017

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