Dead Can Dance – In Concert

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En 2012, Dead Can Dance nous revenait par surprise du royaume des morts avec « Anastasis« , un nouvel album de fort belle facture, avant d’entamer la tournée mondiale qui s’imposait pour le plus grand bonheur des hordes de fans en manque. Un nouveau départ pour le duo mythique Brendan Perry et Lisa Gerrard ? Les avis sont assez partagés, et seul l’avenir nous le dira. Mais à ce stade de l’histoire du groupe, il n’est pas étonnant de voir atterrir dans les bacs un second opus live, chose qui n’était pas arrivée depuis 1994 avec l’extraordinaire « Toward The Within », un enregistrement qui réalisait le prodige de ne compter pas moins de 11 inédits sur un total de 15 titres ! Nous n’en dirons pas tant de celui-ci, sobrement intitulé « In Concert », avec 16 plages réparties quant à elles sur deux galettes sans grandes surprises sur le plan de la set-list. Signalons au passage qu’il en existe une version plus light couchée sur un seul CD, et intégrée à l’édition « deluxe » d' »Anastasis » fraichement parue sur le même label avec un packaging classieux. Mais c’est bien le double album qui nous intéresse ici, infiniment plus attrayant bien qu’un poil décevant à l’arrivée, surtout si on le compare à son glorieux ainé cité plus haut.

« In Concert », fidele témoignage de la dernière tournée de Dead Can Dance (qui se poursuivra au moins jusqu’en juillet 2013), propose l’intégralité du dernier album avec des interprétations proches des versions originales, mélangées à quelques classiques du catalogue, deux inédits, et une reprise assez prenante de la merveilleuse chanson folk de Tim Buckley « Song To The Siren », datant de 1968. Les ensorcelantes compositions d' »Anastasis » transposées dans un contexte live ne perdent rien de leur superbe, magnifiées qui plus est par une très belle production et un rendu sonore globalement excellent. « Children Of The Sun » ouvre la messe tout en majesté, avec ses nappes amples à la fois austères et lumineuses, ses incontournables notes de dulcimer, son tempo langoureux et la belle voix grave et intense de Brendan Perry, qui tisse des motifs mélodiques imprégnant les mémoires dès le premier contact. Si l’irlandais est doté un organe vocal puissant et viril, à la couleur unique, il montre cependant une fois de plus ses limites dans le contexte de la scène, un peu « poussif » quand il s’agit de se hisser en haut de la gamme, et parfois limite niveau justesse, ce qui n’est pas trop gênant heureusement, la forte expressivité du bonhomme comblant largement ses lacunes techniques. Dans ce registre, l’elfe virtuose Lisa Gerrard s’en sort bien mieux que son vieux complice, toujours proche de la perfection quoi qu’elle entreprenne avec sa voix magique aux multiples textures et à l’échelle impressionnante.

Concernant les extraits du dernier album du duo, on décernera ici une mention spéciale à l’incantatoire et orientalisant « Kiko » (bien plus convaincant en live qu’en studio), et les non moins mystiques « Agape » et « Opium », qui posent chacun un imaginaire fort, entre épopées médiévales et mondes fantastiques à la croisée de Tolkien et de George R.R Martin. On n’oubliera pas non plus le très sensuel et mélancolique « Amnesia », sublime ballade en apesanteur, peut-être l’une des plus belles compositions d’ »Anastasis », voire de la richissime discographie de Dead Can Dance. En bref, leur cocktail unique en son genre de sonorités religieuses et païennes, faite d’influences cold-wave, baroques, médiévales, orientales, celtiques, ou empruntées à d’autres traditions de la planète, fonctionne toujours à merveille en 2013, pour notre plus grand bonheur !

Concernant les indémodables classiques du groupe, « The Ubiquitous Mr. Lovegrove » et « Sanvean » mis à part (compo néo-classique avec une impériale Lisa !), ceux-là sont malheureusement loin de trouver ici leur meilleure incarnation. « Rakim », un inédit monstrueux découvert sur le live « Toward The Within », ne perd rien de sa puissance barbare et lyrique, mais voit le chant de Lisa Gerrard noyé dans une reverb aussi dégoulinante qu’inutile. « The Host Of Seraphim », rarement joué sur scène, est quant à lui bizarrement transposé dans une tonalité plus grave que son illustre modèle, ce qui en ruine un peu l’impact émotionnel. Dommage, car les harmonies vocales qui introduisent cette fresque désenchantée sont assez confondantes de beauté, laissant présager le temps de quelques secondes un chef d’œuvre qui ne s’accomplira jamais. Et que dire alors de cette interprétation sans réelle passion du percussif et sauvage « Nierika », amputé d’une partie de sa durée initiale alors qu’il y aurait eu plutôt matière à faire monter la sauce et faire durer le plaisir ?

Heureusement, « Dreams made flesh » (un « presque » inédit extrait de l’album « It’ll End Up In Tears » du supergroupe This Mortal Coil, où l’on retrouvait entre autres invités des membres de Cocteau Twins ou Siouxsie And The Banshees), est d’un tout autre calibre, rappelant avec nostalgie la première période « Gothique » du groupe, avant la nouvelle orientation « World Music » qui finira pas asseoir sa réputation internationale. Enfin, « Lamma Bada », sorte de chanson traditionnelle maghrébine sympathique et interprétée sans génie par Brendan Perry, s’intègre parfaitement dans le décor, mais ne suffira pas à nous faire oublier le panache de « Toward The Within » et son lot de pépites de très haut calibre. Cette œuvre restera en effet à jamais l’enregistrement live référentiel de Dead Can Dance, car plus varié dans son propos musical (avec des effluves folk signées Perry qui manquent ici à l’appel), un peu moins « synthétique » aussi, et par la même plus acoustique, « organique » dans son émulation collective, un ouvrage plus direct et spontané (oserais-je dire authentique ?).

Pour conclure, si vous n’avez pas encore fait l’acquisition d’ »Anastasis » et que vous hésitez toujours, « In Concert » peut être alors une bonne alternative, à condition de posséder le reste de la discographie. Car si le dernier album y est mis à l’honneur avec un certain brio, on ne peut pas en dire autant des quelques rescapés des galettes anciennes, qui méritaient pour la plupart un bien meilleur traitement. « In Concert », dans sa version intégrale, n’en demeure pas moins un album plaisant et digne d’intérêt, aussi bien pour le spécialiste que le néophyte, qui aura quant à lui la chance de pénétrer un univers singulièrement passionnant, et qui risque bel et bien de l’envouter ad vitam aeternam !

Philippe Vallin (7,5/10)

http://www.deadcandance.com/

In Concert
Dead Can Dance
2013
Pias

Un commentaire

  • BRNZH

    Song To The
    Siren a aussi été repris par This Mortal Coil (The Apartments avec la voix de Elizabeth Fraser de Cocteau Twins)

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