David Gilmour – Rattle That Lock

David Gilmour Rattle That Lock

David Gilmour, le flegmatique. David Gilmour, le lent. David Gilmour le beau (d’aucuns disent qu’il aurait eu une liaison avec Brigitte Bardot avant que celle-ci ne préfère définitivement les belettes aux blaireaux). David Gilmour, le vienne-ensuite. David Gilmour, celui qui n’est pas Roger Waters. Certes. Mais on parle également de David Gilmour : LA guitare, David Gilmour, le monstrueux feeling. En un mot, David Gilmour : la classe. Historiquement, l’Anglais aux doigts d’or ne partait pas gagnant quand le groupe Pink Floyd se scinda en deux entités distinctes et ennemies au mitan des années quatre-vingts. D’un côté, l’âme de Pink Floyd (Roger Waters), de l’autre, le guitariste, le batteur et le claviériste : le corps de mon ennemi que beaucoup pensaient moribond.

Certes, les trois albums de Pink Floyd post-Waters n’atteindront jamais la prégnance des disques touffus des années soixante-dix. Après un inégal A Momentary Lapse Of Reason en 1987, suivra un très joli The Division Bell sept ans plus tard. On ne parlera pas de The Endless River (2014), long comme un jour sans pain. Le père Gilmour a maintenu l’animal en vie, parfois même avec un certain panache (« High Hopes »). C’est donc bien dans la carrière solo du bonhomme qu’il faudra chercher les éclats de génie. Si on passera sur les deux (très honnêtes) créations en solitaire parues alors que le musicien officiait encore au sein du groupe, on ne peut que souligner la grâce de ses productions des années 2000. On An Island (2006) apparaît comme le meilleur album de Pink Floyd (sans Pink Floyd) depuis le départ du névropathe géant. Relevons également l’exceptionnelle tenue de la captation en public Live in Gdansk. La sobriété du Gilmour tout seul semble ainsi plus adéquate que l’excroissance sans joie du vieux Floyd de la fin des années quatre-vingt-dix.

David Gilmour

Cette quatrième véritable production du vert vieillard (70 ans en 2016 !) mérite son pesant de cacahuètes (c’est de saison !). Ça commence très fort avec l’introduction, « 5 A.M ». au son de Stratocaster si cristallin qu’il en donnerait des complexes à Chris Rea ou autres Mark Knopfler. Puis apparaît LE faux-pas : le titre composé et articulé autour des quatre notes sibyllines qui forment le jingle agaçant de la S.N.C.F. Bien que pur exercice de style, avouons tout de même que le résultat n’est pas dénué d’une certaine allure même si tout cela respire à plein nez le mercantilisme et le « placement de produit » qui n’ose s’afficher comme tel. Heureusement, le reste de Rattle That Lock apparaît comme autrement plus puissant. Des compositions racées, des parties de guitare stylées, une atmosphère mature, jamais contre nature.

Et la voix ! Quelle voix ! David Gilmour n’a peut-être jamais aussi bien chanté que sur cette galette. Une galette des rois, à n’en pas douter. Ecoutons des évocations aussi fortes que « Faces Of Stone » ou « Dancing Right In Front Of Me » pour s’en convaincre. Le jazzy « The Girl In The Yellow Dress », proche, dans l’esprit, de « Whiplash », l’excellent blues (façon Zappa) audible sur le premier album de Fish, Vigil In A Wilderness Of Mirrors. D’ailleurs, ces deux chefs d’œuvre, à vingt-cinq ans d’écart, ont beaucoup en commun : une production 5 étoiles, des musiciens maîtrisants et une ligne globale luxueuse. « And Then » : morceau d’une beauté à couper le souffle qui suffit. Le point faible reste les textes : la dulcinée de Gilmour, Polly Samson, n’est pas Fish. Loin s’en faut. La barre littéraire reste fixée moins haut. Mais l’artefact porte beau. Pourquoi s’en priver ?

Christophe Gigon

http://www.davidgilmour.com/

Rattle That Lock (Deluxe Edition)
David Gilmour
2015
Columbia

2 commentaires

  • Rodierto

    Très bonne analyse du dernier Gilmour, tant sur l’album que sur le parcours du monsieur, de la dualité avec Waters (le génial mais « insupportable » Waters)… Merci. Espérons que le Live qui sortira surement sera aussi bon que le Live à Gdansk !

    • Rodierto

      Ai oublié de préciser que 2 morceaux sont toutefois vraiment moins bons, dont Today … qui sonne très Rock FM des années 80-90 ! En revanche, In any tong que peut de gens relève … rappelle Confortly numb sans sonner « pâle copie » … une réussite !

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