David Crosby – Croz

DCCroz

David Crosby, légende vivante de la folk américaine des années 60 et 70, revient à 73 ans, très discrètement, avec ce … 4eme album solo. Eh oui, le papy n’a sorti sous son nom que très occasionnellement ses œuvres musicales. Bien sûr, on ne compte pas les live, ni les opus de Crosby Stills Nash & Young, ou CPR. Mais là encore, ça ne fait qu’une quinzaine d’album ! Comme quoi, les légendes se fondent sur peu de choses finalement. Sa réputation, ses engagements politiques, et sa voix magique ont créé un attachement à ce personnage, malgré son aspect auto destructeur. En effet, il aura eu à affronter la dépression, la paranoïa, les drogues dures, la police pour port d’armes prohibées et usage de stupéfiants, ce qui l’auront conduit tout droit en prison, et l’alcool. Il aura même droit à une transplantation du foie, payée par son ami Phil Collins ! Et malgré tout ça, voir Crosby chanter est un délice. Un artiste majeur qui a été adoubé par son entrée au rock’n’r roll hall of fame … deux fois ! Une pour son travail au sein des mythiques Byrds, et une autre pour CSN.

Qu’est-ce qui a poussé Crosby à sortir un nouvel album solo, 20 ans après ? L’envie de dire des choses sur la société actuelle, et sur le temps qui passe. Il n’a rien perdu de son talent d’écriture, les paroles sont toutes excellentes. Composé conjointement avec son fils, James Raymond, avec qui il avait formé CPR dans les années 90, l’album étale ses 11 chansons dans un style rock sage, teinté par moment de résonnances jazzy et de quelques envolées musicales (rares) assez réussies. Cependant, écouter l’album d’une traite peut engendrer un ennui poli. Chaque morceau aura sa couleur, son efficacité, avec une production étincelante, mettant les musiciens en valeur, mais mis bout à bout, ces mid tempo sympathiques deviennent redondants et peu de choses ressortent finalement. Bref, l’uniformité de l’opus affaibli la portée des titres.

Un invité de marque ouvre l’album avec « What’s Broken », c’est Mark Knopfler à la guitare bluesy, qui renforce l’approche jazzy de la basse. Les harmonies vocales fignolent ce qui est l’un des meilleurs titres sophistiqués de l’album. Le temps n’a pas eu prise sur la voix enchanteresse de David Crosby et la nostalgie qui se dégage de « Holding On To Nothing » est émouvante, guitare acoustique pour rappel folk, basse et claviers jazzy, harmonies vocales divines, et cette trompette de Wynston Marsalis. Juste fantastique. « The Clearin » fait partie de ces morceaux plus étoffés, avec une partie instrumentale de haute volée.

« Slice Of Time » est une très belle balade sur le passage du temps. Sur ce thème, et la façon de chanter, Roy Harper n’est pas très loin, tout comme sur l’aérien « Morning Falling ». « Set That Baggage Down » retrouve une flaveur rock 70’s, proche de celle que Jonathan Wilson revisite. « Dangerous Night » nous embarque dans un voyage pop atmosphérique, rappelant le Phil Collins de la période « Both Sides ». « Find A Heart » clôt l’album avec un très bon titre élaboré, typique de son auteur, et sa partie instrumentale, jazzy en diable, est un bonheur.

Il faut plusieurs écoutes pour pouvoir apprécier tous les détails musicaux qui foisonnent dans cet opus. Malgré une impression de répétition, ou de « platitude » à la première écoute, il faut s’immerger dans cette musique à première vue lisse malgré une grande musicalité. Et peut-être alors ne pas écouter l’album d’une traite, mais le siroter peu à peu, comme un bon whisky au coin du feu. Prendre son temps, écouter un vieux (pas) sage nous raconter ses histoires, ses points de vue, et espérer que David Crosby a encore beaucoup de choses à nous narrer.

Fred Natuzzi (7,5/10)

www.davidcrosby.com

Croz
David Crosby
2014
Blue Castle Records

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