Dätcha Mandala – Rokh

Dätcha Mandala – Rokh

Dätcha Mandala Rokh

Dätcha Mandala, qu’il faudra  prononcer : Lait De Zibeline, vous présente, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonsoir, « Classic Rock », la première émission de radio sur papier. (Note de l’auteur : Mais qu’est ce qu’il ne faut pas inventer !) Pourquoi, me direz-vous, faut-il prononcer leur nom ainsi ? Eh bien, parce qu’ils sont français et que l’influence du célèbre groupe britannique au ballon dirigeable incliné, est très, très…. très prononcée. (Vous trouvez ça capillotracté ? Ah bon!!)

Le dossier de presse nous dit que le trio est tombé dans la marmite d’un heavy blues très 70s et cite en référence Ten Years After, Black Angel et Black Sabbath, certes ! Je dis plutôt que Nicolas Sauvey bassiste-chanteur et Jérémie Saigne, guitariste-choriste sont respectivement tombés dans la marmite de Robert Plant ET de Jimmy Page. Ne nous fâchons pas les copains, j’ai commis des comparaisons moins glorieuses !! En revanche et pour en finir avec ce parallèle qui cependant s’impose, je souhaite  longue et heureuse vie à Jean-Baptiste Mallet dont la destinée n’aura rien à voir, j’en suis certain avec celle de John Bonham, même s’il est talentueux et que son « âme » est également « bonne » à n’en pas douter (Bonne âme/Bonham… ? Rhooooo). Nous verrons néanmoins un peu plus tard dans quelle mesure je suis d’accord sur le classement heavy blues de ces joyeux musiciens (spoiler : je suis vachement d’accord). À ce propos, Merci de bien vouloir vous reporter à la photo ci-dessous afin de leur décerner la palme du bonheur. En ce qui me concerne je la remets sans hésitation à Nicolas, à qui la veste à franges va si bien !

Dätcha Mandala Rokh Band1

Dätcha Mandala, comme la-petite-bébête-qui-monte-qui-monte, monte, monte et commence à se faire connaître : 22 dates au Royaume-Uni (mazette, c’est qu’ils parlent tous anglais là-bas et que les textes de nos Bordelais sont en anglais : belle prouesse !) et en France, au stade du même nom, devant 30 000 personnes dont la grande majorité, en revanche, parle anglais comme des vaches espagnols. Puisque nous parlons des textes, parlons-en davantage ! Je le taquine comme ça, mais Nicolas Sauvey manie la langue de Shakespeare avec une grande facilité. Pas d’accent pénible pour venir gâcher le plaisir de l’auditeur et un timbre anglo-saxon à faire pâlir de jalousie Jane Birkin.

Il est très mystique notre Robert Plant bordelais et nous parle de karma et de lumière dans « Have You Seen The Light » et nous cite un des plus célèbres mantras du bouddhisme dans « Human Free » : « A mani padme hum » (en orthographe phonétique sur le livret mais comme c’est du sanskrit, on s’en tamponne le Bouquillard). À cette belle citation toute empreinte de culture, il jouxte habillement un « salam aleikoum » bien senti dans la langue de Iznogoud (ça ne sonne pas sanskrit en tout cas). Il est fort ce Nicolas Sauvey ! Il arrive même à nous glisser un passage sur Amana, le petit Pokémon dans « Uncommon Travel » (remarque bien cependant que j’interprète peut-être un peu). De manière plus générale, les textes parlent de conscience universelle (« Have You Seen The Light »), de l’instant présent, de victoire sur la peur dans « Misery » et d’une de ses nanas qu’il a rencontrée à Toulouse dans « Da Blues ». « Anâhata » qui est, comme chacun sait le quatrième chakra majeur dans le Hathayoga et les upanishad tardives du yoga et qui se réfère au son du royaume céleste (comment ça tu n’en savais rien !!), nous décrit un bon gros trip dopé à la faith of life qui le fait planer high (en anglais dans le livret). Un petite pensée pour le titre « Uncommon Travel » qui est un clin d’œil bien sympathique au manque de célébrité auquel le groupe doit encore faire face et dont il s’étonne : « I don’t know why we are still in Mérignac. » À vrai dire, je ne comprends pas non plus car je les trouve plutôt efficaces ces bougres de Rokheurs.

La musique des Dätcha Mandala ? Ah ça ne suffit pas de dire qu’ils ressemblent comme deux gouttes d’eau à Led Zep ? Bon, alors écoute l’introduction vocale de Nicolas dans « Have You Seen The Light » et tu verras ce que j’entends par ressemblance avec Led Zep : des cris et des soupirs bien sentis, des riffs de guitares en Sol, un rythme lancinant, y’a tout les qu’est-ce qui faut !

D’abord statique sur le premier degré de la tonalité et le même riff pour les deux premiers couplets et refrains (si ça ce n’est pas une prouesse de heavy blueseur !!), le riff varie et s’accélère dans un astucieux 3 pour 2 de Jean-Baptiste (toujours en Sol quand même hein, on ne va pas tout changer non plus). Rapide modulation en Mim pendant l’instrumental qui suit et retour dans la tonalité originale du riff en 3 pour 2 avant d’alterner les deux tonalités relatives sous le solo de Jérémie, pour finalement revenir sur le riff de départ qui conclura en douceur sur une variation du riff à la basse et à la guitare à l’unisson.

« Da Blues » est comme son nom l’indique un blues, en Mi, en ternaire, bien lourd et bien puissant dans la pur tradition du heavy blues à la… qui vous savez. Jérémie a cette qualité rare de réussir à vous faire digérer près d’une minute sur le même accord sans vous lasser grâce à l’enrichissement puissant et harmonique tout à fait dans le style. Il finira quand même par concéder une évolution harmonique vers le 4e degré de la tonalité (c’est du blues après tout) mais ça fait tellement de bien quand il retourne au 1er degré. Et puis la conclusion qui, comme le veut la tradition blues, se fera sur les enchaînements du 5e puis du 4e degré pour enfin accéder au 1er degré par chromatisme (mon dieu, qu’on est bien chez soi !). Petite ritournelle instrumentale qui se conclue sur le 5e degré et retour au 1er degré pour le second couplet.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, l’art du blues c’est savoir agencer les 1er, 4e et 5e degrés d’une tonalité (souvent Mi, ou La, ou Ré, les cordes de la guitare quoi) sans que l’auditeur ne s’ennuie (ce qui n’est pas si simple, crois-moi !!) et c’est ce que font les Dätcha Mandala dont auxquels je vous cause présentement. (Note du chroniqueur : pendant l’un des soli de guitare de Jérémie, Nicolas vocalise sur des notes que je déconseille fortement d’essayer d’atteindre, même sous la douche, à moins d’être un ORL doté d’une sérieuse expérience professionnelle.)

« Misery » c’est la ballade en Ré mineur (1er degré), Mi Majeur (2nd degré), La Majeur (5e degré), à la manière de « What Is And What Should Never Be » de qui vous savez ? (Va voir plus haut étourdi !) Attention, que personne ne sorte, quelqu’un joue du piano dans ce morceau, y’a même du violoncelle !! Quand on n’est pas prévenu, ça surprend, forcément !

  • Qui est ce ?
  • Ché pô moi, ce n’est pas marqué dans le livret, ni dans le dossier pro !

Ce que je sais c’est que le refrain module en Solm et hop retour au couplet. C’est cool le heavy blues !!

« Anâhata » secoue les popotins de ceux et celles qui en ont un. C’est incontestablement le titre accrocheur de l’album vers lequel tous les rêves de célébrité de Dätcha Mandala sont tournés. Dans une tonalité ambiguë entre Ré Majeur et Ré mineur (très courante en blues), toujours le même principe d’immobilité sur le 1er degré avec un enrichissement harmonique à la guitare, en attendant la progression traditionnelle : cette fois-ci 4e degré, 7e degré modal ou 3e degré, c’est selon, et premier degré car il faut toujours revenir au premier degré en blues !

Il se promène davantage harmoniquement ce morceau, heureusement Nicolas, à la basse, sait nous marteler le 1er degré ou qu’aille Jérémie (et c’est ça qui est bon, n’est-ce pas ?). Cependant le morceau se termine sur le 3e degré, laissant l’auditeur aussi décontenancé que le Capitaine Kirk devant la multiplication des Tribbles dans l’Enterprise (saison 2), c’est vous dire…

Datcha Mandala Rokh Band2

« Uncommon Travel » est en Si, si si, et sonne, il est vrai, pas mal comme Ten Years After mais en mieux (aaaaaaah, oui môssieu !!) avec des chœurs sympas et tout et tout. L’enchaînement harmonique du couplet est 1er, 4e, 7e modal (ah oui, s’il vous plaît, c’est du blues on t’a dit !!). Une pause sur le 6e sur laquelle tout le monde entend la résolution vers le 7e (c’est ça qui est bien avec le blues, même heavy hein, tout y est tellement évident pour tout le monde, qu’il n’est parfois même pas nécessaire de jouer l’évidence) et la boucle est bouclée. Je vous laisse découvrir les petites subtilités de la suite pour m’attarder sur le retour du 3 pour 2, à la fin du morceau, que Jean-Baptiste joue presque en solo. Cela va permettre à ceux qui ne savent pas très bien ce que c’est (et qui ont eu le courage d’aller jusque-là dans la chronique sans rien comprendre de ce charabia musical indigeste, bravo les gars !!) de l’entendre isolé entre 2:53 et 3:06 (mais si enfin, écoute la grosse caisse et tu verras que tu peux compter trois coups en cyclique ; si tu n’y arrives pas, compte les tous et tu verras que le résultat est divisible par trois… CQFD). Le morceau se conclut sur une petite rythmique de yukulélé… de quoi ? (rrooooooh, ça c’est original !), sur lequel se greffent les chœurs-sympa-et-tout-et-tout précédemment cités en début de paragraphe.

En parlant de chœurs sympa, « Smiling Man » qui nous parle d’un gars en Roumanie qui regarde le ciel en souriant sans pour autant penser au poteau qu’il va sans doute bien finir par se manger, est la petite ballade acoustique qui va bien où nos amis les choristes s’en donnent à chœur joie. Une petit ballade, certes, mais il est quand même important de souligner qu’elle est en Fa#m sur une progression de Fa# donc, Mi Majeur et La Majeur (la vache !!) avec un repos sur le 5e degré (Do#M) au moment opportun, pour faire respirer les rameurs avant le retour au… ? au… ? 1er degré bien sûr (y’en a deux qui suivent !!). Ici, le violoncelliste de tout à l’heure s’est transformé en violoniste, puis en ensemble à cordes (dans la pure tradition de la multiplication biblique, mais là aussi j’interprète peut être un peu…). La fin de ce morceau me fait penser à un bon vieux Deep Purple. Tu connais « April » ? Le thème à la guitare acoustique du début, tu vois de quoi je veux parler ?…voilààààààà, celui-là !! Le dernier accord de Fa#, en Majeur, pour illuminer de bonheur les derniers récalcitrants.

Avec « Human Free », retour à la tonalité traditionnelle de Ré de chez Lait de Zibeline et à la progression de blues Rém (premier degré) 4e degré (SolM) et 5e degré (LaM) dans un ordre varié qui permet de créer ?… la variété !! Eh oui, effectivement et c’est encore un tueur en série qui gagne un oreiller ! Nos Bordelais de Dätcha Mandala y ajoutent une petite touche orientale pour nous rappeler qu’ils sont toujours aussi mystiques et aussi parce que ça sonne bien, il faut l’avouer. Le morceau se conclue en Majeur quand apparaît le texte en sanskrit, accompagné de chœurs exaltés et joyeux – dans le style des chansons de George Harrison – et se termine dans la béatitude acoustique d’une chronique toute fraîche à propos d’un album bien construit qui se laisse réécouter avec plaisir. Pourtant Led Zep, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé mais quand c’est efficace, bin… c’est efficace.

Long live Dätcha Mandala ! Ils assurent nos Bordelais mystiques.

Tiens au fait, ça veut dire quoi « Dätcha Mandala » ? Rhooo, et puis tant pis tu n’auras qu’à me le dire dans les commentaires.

Pascal Bouquillard

https://www.datchamandala.net/

https://www.facebook.com/datchamandala/

Rokh
Dätcha Mandala
MRS Red Sound
2017

3 commentaires

  • Frédérique lillet

    Le nom du groupe est une sorte d’Oxymore car une Dätcha c’est une villégiature luxueuse prisée par la nomenclature russe et exprime le côté hyper matérialiste du monde tandis que La construction du mandala est en elle-même une pratique spirituelle. Dans la salle, d’autres moines méditent et prient afin de renforcer la bodhicitta et ainsi bénir le mandala, qui sera offert aux Bouddhas et à l’univers.
    Le mandala est ensuite « détruit » et le sable est rassemblé devant tout le monde pour une offrande spirituelle à une divinité.
    Les mandalas sont aussi là pour montrer que tout est éphémère…
    Matériel /spirituel. Les instruments sont matériels mais la musique est immatérielle et pourrait être considérer comme une expérience spirituelle . Voili voilou, je dis ça , je dis rien

  • Frederique Lillet

    Et au fait ! Le violoncelliste, il s’appelle Quentin Gendrot .

  • Article intéressant. je n’étais pas au courant pour le petit rituel sur la destruction du mandala.

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