Cynic – Ascension Codes

Ascension Codes
Cynic
Season Of Mist
2021
Rudzik

Cynic – Ascension Codes

Cynic-ascension codes

Quelques jours seulement après avoir fait ma « Cassandra » dans ma chronique de Jethro Tull, me voici dans le rôle de la chouette qui se pose sur le toit de ce groupe si atypique qu’est Cynic. En effet, la légende veut que ce présage soit annonciateur du décès d’un être cher. Or, si 2020 a été une année terrible pour l’humanité, elle a été carrément horrible pour le trio formé par Cynic perdant coup sur coup son historique batteur Sean Reinert et son emblématique bassiste Sean Malone. Certes, le premier avait quitté Cynic en 2015, mais son héritage musical si particulier avait été complètement assimilé par son brillant successeur adoubé, Matt Lynch, et il était resté très proche du groupe. Pour l’autre Sean, c’est tout un pan de la rythmique cinétique de Cynic qui s’en est allé avec lui. Imaginez alors le désarroi et la détresse du « survivant », le guitariste Paul Masvidal, à l’heure de décider de ce qu’il fallait faire de l’héritage de ces trois créateurs d’un metal progressif si atypique que peut l’être celui de Cynic. Ses thèmes et ses ambiances vont bien au-delà de ce genre, nous emmenant aux confins du space-rock, de l’ambient, du death metal, du jazz fusion et du math metal.
En effet, les premières idées d’Ascension Codes remontent à 2014, dans la foulée de Kindly Bent To Free Us, donc lorsque le trio était encore au grand complet. Paul se retrouvant désormais à la barre d’un Titanic ayant heurté un iceberg, aurait-il la force de colmater l’immense brèche et de sauver le vaisseau Cynic à la carrière déjà très épisodique ? Si côté batterie, la succession était déjà assurée, le problème de la basse semblait insurmontable et je mesure complètement cette difficulté, moi qui ai toujours considéré que le rôle des bassistes est trop souvent injustement assimilé à celui du « guitariste du pauvre » alors qu’il s’agit d’un élément fondamental de la rythmique d’un groupe. Or, ce qui caractérise tout particulièrement Cynic, ce sont des rythmiques épileptiques insensées. Flash-back, le 5 décembre 2019, Dave Mackay partagea la scène de Paul Masvidal pour une performance sur le matériel musical solo du guitariste. À la basse ce soir-là, c’était Sean Malone. Après le concert, Malone a dit à Masvidal : « Nous devrions inviter Mackay pour le nouvel album ». Ces paroles du défunt résonnant encore dans la tête du guitariste, associées à la certitude que son bassiste était irremplaçable, Paul pris la décision de… ne pas le remplacer tout en conviant Mackay à rejoindre Cynic. C’est pourquoi, la principale différence qui réside dans Ascension Codes par rapport aux albums précédents est que les parties de basse sont réalisées aux claviers par la main gauche de Dave Mackay dans le rôle d’un Ray Manzarek (The Doors R.I.P.), le précurseur du genre.

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Pour le reste, le contenu de cette galette est complètement digne de ses prédécesseurs. Aussi faut-il saluer l’incroyable volonté de Paul pour se remettre au travail et élaborer cet album qui pourrait être considéré comme un hommage à ses deux compères trop tôt disparus. Oh! N’allez surtout pas croire qu’Ascension Codes soit un « Mur des lamentations » larmoyant, une sorte de « Candle In The Wind » metal prog. L’opus possède une puissance, une émotion et une créativité décuplées tout en continuant à tracer parfaitement la saignée du groupe dans un genre en quête d’un second souffle. Car effectivement, Cynic est un des rares groupes de metal prog à avoir un style propre immédiatement reconnaissable. Si sa carrière avait eu plus de constance, il en serait l’un des porte-drapeaux à l’heure actuelle. Les thèmes cérébraux et spirituels donnant lieu à des parties de chant habitées continuent à être remarquablement habillés musicalement par cette alternance de courtes plages instrumentales souvent ambiancées avec d’autres électrisées par des rythmiques hyperactives. Le côté désespéré et sombre apparaît renforcé par cette basse ultra « basse fréquence » (presque un pléonasme) apparentée à des sonorités Moog et générée par les claviers de Mackay. Il prédomine désormais sur les atmosphères éthérées dont le groupe a le secret. Tout cela est perceptible dès « The Winged Ones », annonciateur d’une galette assez fantastique où la douleur transpire à chaque instant sans sombrer dans l’apitoiement personnel de son leader qui nous assène quelques soli torturés en guise de sutures de plaies morales béantes. « Elements And Their Inhabitants » contient des parties de chant symphoniques de toute beauté. La frénétique rythmique de guitare de « Mythical Serpents » complètement dans le style de Cynic et son solo mi bend, mi tapping guidé par des parties de batteries hallucinantes confèrent à ce morceau une mélancolie qui fait instantanément se dresser tout le système pileux de notre corps. Les performances des trois orfèvres musicaux sont hors-normes sans pour autant être démonstratives. Ainsi l’instrumental « DNA Activation Template » joue beaucoup plus dans les cours de l’ambient et du groove avec des parties de claviers aux sonorités vintage géniales. Alors qu’« Architects Of Consciousness » apparait comme un florilège de tout le savoir-faire de Cynic. S’il y avait un titre dans lequel je dirais que la souffrance de Paul est la plus perceptible, ce serait « Aurora » dont la dimension émotionnelle est à son comble. Un peu comme s’il voulait expulser toute cette colère accumulée devant tant d’injustice, Cynic nous réserve pour la fin de l’album « Diamond Light Body », son morceau le plus déstructuré et kaléidoscopique dont les lyrics finaux peuvent être interprétés tout à la fois comme précurseurs d’un avenir ambitieux ou comme étant un chant du cygne pour ce groupe écorché vif.

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Il faut également citer l’œuvre de Martina Hoffmann, intitulée The Landing qui orne la jaquette d’Ascension Codes. Elle porte aussi son lot d’hommage au défunt artiste et compagnon Robert Venosa qui illustra toutes les parutions de Cynic entre 1993 et 2018 et à sa maman. Elle représente l’arrivée d’un grand vaisseau-mère fait de lumière et de chair, non pas une machine, mais une entité organique qui apporte l’espoir et des possibilités infinies aux mondes interstellaires.
Cet opus si particulier de ce groupe à la trajectoire qui ne l’est pas moins mérite de s’écouter sans interruption, les courtes plages instrumentales éthérées étant les traits d’union indispensables entre chacun des titres plus consistants. Seul l’avenir nous dira si le voyage cosmique et exorcisant d’Ascension Codes est un trampoline pour que Cynic rebondisse après ces deux terribles coups du sort qu’il a subi ou bien s’il s’agit d’un hommage final à une saga lumineuse ayant atteint son apogée avant de retomber pour se vaporiser lors de son retour dans cette atmosphère funeste qu’elle venait de traverser.

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