Crabs – Dull

Crabs – Dull

J’adore le bonhomme de la pochette. Tout mignon, Muppet Show en pâte à modeler avec ses gros yeux de poisson éploré. Il ne manque plus que des poils, mais on se demande ce qu’il fout bien là, quand même. Il est triste, il est perdu, il ne sait pas. On ne voit que lui, tendant ses petites quenottes, dans ce paysage de conte de fées barré-valium. Crabs, groupe de la région parisienne, nous envoie son EP dans nos esgourdes. Quelle a été ma surprise en buvant mon thé matinal. « Dull » est le prototype de rock alternatif un tantinet foutraque, brassant une quantité de références improbables que je ne vais pas énumérer (je ne suis pas là pour ça), mais avec un résultat cohérent, attrayant, et qui en plus se paie le luxe de la case « rejouez votre tour« . Définir l’ensemble ? Disons que ça renifle un peu de noise-rock, le grunge, le shoegaze, une voix de Kurt Cobain en mode terminal, sans les dessous féminin, du moins sur les deux premier titres.

Mais dès qu’on a mis le premier morceau, on laisse la chose tourner. Un exploit quand on connaît les groupes qui pullulent sur bandcamp, perdus sur la toile. Les p’tits crabes, ils ont du potentiel, un univers graphique qui tient la route, une french touch croustillante… C’est-à-dire du culot, de l’humour, pour une structure carrée et hybride, entre le crâne et le papillon, plus sérieuse en apparence. Bref, ce petit truc qui reste coincé entre les dents, donnant goût et saveur. « Dull », c’est un peu la bande-son d’un film de Svankmajer version rock déglingué un peu punk, au milieu de ces environnements reconstitués avec amour, colle à bois, allumettes, mousse et carton. Il y a un batteur qui donne la mesure, une guitare aux notes vaguement dissonantes, la retenue évitant le pastiche « toujours plus loin, toujours plus fort » et quelques cris, parce que ça fait joli.

Crabs, c’est une chouette découverte qui se permet de s’achever en un drone que n’aurait pas renié un Swans des grandes heures. En fait, il y a de tout là-dedans ! Allez, ce n’est pas parce qu’il manque un ou deux titres forts qui arracheraient le ciboulot et que la plupart des morceaux ont du mal à vraiment prendre leur envol que je vais faire la moue. Putain, quelque chose de frais ! Franchement, pour quatre malheureux euros, vous ferez une BA qui aura plus de gueule que les sponsors habituels. Au fait, vous n’avez pas  l’impression qu’il appelle le Kermit le bonhomme sur la pochette ?

Jérémy Urbain (7,5/10)

http://crabs.musicblog.fr/

  http://crabs.bandcamp.com/album/dull

Dull
Crabs
2012
Autoproduction

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