-CODA- – Élément II

Coda - Elément II

-CODA- avait sorti en 2014 un premier album, Rêve D’un Monde En Apnée, qui n’avait pas laissé indifférent. Voici le groupe de Montargis de retour avec un Élément II pour lequel quelques changements ont été opérés. En plus du chanteur et claviériste Stéphane Mougin en phase de transition au sein du groupe, c’est maintenant majoritairement Yohan Quillet qui assure le chant (en plus des guitares, du bugle et du saxophone). Le bassiste Élie Pailloux a quant à lui cédé la place à Mourad Baali (qui assure également chœurs et prise de son). Claire Paturet épaule désormais Philippe Fourtanier dans l’écriture des textes. Enfin, Aliénor Léthévé, choriste sur le seul « Goutte » semble avoir été pleinement intégrée au groupe. Bref, du neuf autour d’Éric Barbieri (guitares) et Patrick Dal Pra (batterie). Pour autant, qu’en est-il de la musique de -CODA- ?

Eh bien, pas d’énorme révolution de ce côté-là ! Si le thème de l’eau est toujours privilégié par le combo (il n’y a qu’à regarder la pochette épurée pour s’en convaincre) et que le registre d’un post-rock patiné de post-prog est encore de mise, l’ensemble a gommé les quelques traces de naïveté (pas déplaisante au demeurant) du premier album. Élément II est plus abouti, tout en creusant le même sillon, marque de fabrique de -CODA-. Et cela commence par un très séduisant instrumental, « Cœlacanthe » (ce vieux poisson au lien de parenté avec l’homme) qui laisse la part belle au sax de Yohan Quillet dans sa première partie. À la fois post-rock (la seconde partie plus électrique) et orientalisant, ce titre est une belle introduction à l’album. Mais, c’est par la suite que les nouveautés se révèlent.

Coda - band

En effet, avec l’entrée en scène du chant de Yohan Quillet, « Pluie » surfe sur les vagues d’une certaine chanson française (on pense à Axel Bauer, par exemple). Sans véritablement modifier les structures, le groupe en propose d’agréables variations avec un joli break instrumental où basse et guitares sont mises en valeur, de même qu’au sein d’un final de belle envolée. Bref, voilà un titre long (9:13) qui progresse bien ! « Hyperbole » (voir la vidéo ci-dessous) enfonce un peu plus le bouchon, plus pop, un brin funky avec sa basse fretless (mention doit être faite de l’apport général de Mourad Baali). Les voix doublées sont très réussies et les guitares peuvent fuser (oui, le court solo est plutôt du genre fusion !). Malgré ses 5:18, voilà un morceau qui mériterait des passages en radio. En assumant la primauté des mélodies sur l’aspect viscéralement technique, voire élitiste, d’un certain prog, -CODA- pourrait bien s’ouvrir de nouvelles portes. Mais ne nous emballons pas, le groupe n’a pas viré sa cuti et nous le rappelle avec un autre instrumental, « Chimères », plus lourd et saccadé, avec un petit quelque chose de crimsonien dans le riff. Quant à « Léviathan », il développe des airs de JPL en persistant dans une veine plus métallique, avec cette voix qui arrive, trafiquée, et alourdit encore un peu l’ambiance. Ce qui se confirme à nouveau avec l’instrumental « Abysses », dont on peut penser qu’il sert d’introduction au dernier titre en installant un climat pesant et robotique…

Car, comme il y avait eu « Ton monde idéal (le mien n’existe pas) » dans le premier album, il y a maintenant le long « Goutte » dans cet Élément II. Si le début fait penser à nos chers Minimum Vital, le premier solo de guitare a des allures d’Allan Holdsworth ! Le chant de Stéphane Mougin, tout en retenue (faisant penser à celui de Katerine quand il se veut câlin), s’invite sur un tapis de piano et de quelques arpèges. Le texte, minimaliste, s’adapte parfaitement à l’ambiance et permet un soutien majestueux du saxophone. Le titre s’étire, répétant sa mélodie sans ennui, l’entrée des chœurs d’Aliénor Léthévé amenant vers un final qui surprend. On pouvait s’attendre à quelque chose de plus violent et magistral, mais le groupe reste dans la maîtrise de la tension doucereuse de son propos (même les deux dernières minutes). Bien joué !

Bonne nouvelle, -CODA- a su maîtriser le délicat passage du deuxième album, et ce avec une restructuration interne adéquate qui se poursuit en douceur. Autre avantage, le groupe a réussi à ne pas répondre aux sirènes (les musiciens ont dû se faire attacher au mât de leur navire) de la mode et de l’enfermement dans une simple redondance de leur premier album. Tout en assumant son style, le combo y a ajouté de subtiles touches alliant un soupçon de jazz et des esquisses fusionnelles sans tomber dans le travers de la copie conforme. Élément II, profitant d’une production adaptée, s’écoute ainsi avec attention et plaisir, appelant de nouvelles découvertes à chaque audition.

Henri Vaugrand

https://codalegroupe.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/codalegroupe/

Élément II
-CODA-
Autoproduction
2017

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *