Christophe – Les Vestiges Du Chaos

Christophe Les Vestiges Du Chaos

Il ressortait vivant du clip d’Arman Méliès, « Mon Plus Bel Incendie », où un tueur à gages était commandité pour abattre tous les artistes emblématiques d’une certaine nouvelle vague française. Christophe inspire le respect. A 70 ans, il est une figure de la chanson qui a réussi à dépasser les carcans radiophoniques pour donner naissance à une œuvre, une vraie, celle d’un artiste libre. Une dizaine d’albums seulement, mais une rareté qui laisse son empreinte, à chaque fois. Aimer Ce Que Nous Sommes, dernier studio qui date de 2008, était assez expérimental, un grand trip musical, mais qui oubliait au passage le format chanson. Avec Les Vestiges Du Chaos, superbe titre d’album, plein de promesses, Christophe expérimente à tout va, retrouve son complice Jean-Michel Jarre pour le titre éponyme, et n’oublie pas que chaque morceau, même si certains sont liés à l’autre, est une entité, un voyage en lui-même. Et l’on retrouve cette voix cristalline, magnifique, d’un poète au cœur de la modernité, mêlant à la fois les fantômes du passé et le lyricisme retrouvé. On pense alors à Julien Doré et OMOH (« Océan D’Amour ») pour l’electro pop inspiré, Gainsbourg (« Tu Te Moques »), Chamfort aussi (« Stella Botox »), Bashung (« Les Vestiges Du Chaos »), et même aux islandais de… Sigur Ros (le paysage sonore de « Ange Sale ») !

Christophe invente et réinvente, en pleine maîtrise de son art, utilisant sans vergogne toutes les techniques d’enregistrement de sons depuis ses débuts, même l’infâme vocoder des années 90 (« Mes Nuits Blanches ») et livre un album élégant, émotionnel, étincelant, lumineux, poétique, fulgurant d’intensité, et musical au possible. Planant, pop, électro, post, tout se mêle pour ne faire qu’un. Un style unique, qui fait de Christophe une figure stellaire pour beaucoup d’artistes. Et que dire des morceaux plus vaporeux, à bases de cordes superlatives, qui emportent, qui fascinent ou de ceux qui reposent sur l’agencement de sons électro, enveloppés d’échappées de guitare ou de piano aérien, et de voix en langue étrangère (« E Justo » cinématique et époustouflant de beauté, le minimaliste et doux, sur un fil d’émotion, « Dangereuse », l’hypnotique « Définitivement », le surprenant et dansant « Tangerine », le sublime « Drone », le moderne et fabuleux « Les Vestiges Du Chaos », mélange de sax Bowien et de rythmique à la Muse, le sublime « Les Mots Fous »).

Christophe

Avec un hommage en apesanteur à Lou Reed (« Lou ») Christophe, lui aussi, révèle qu’il a des dieux musicaux. Reed et Bowie en faisaient partie. Ce morceau est une magnifique peinture d’une scène hors du temps, mais qui se fait rattraper par ce temps mortel. Les Vestiges Du Chaos, intérieur, sonnent en chacun de nous, pour certains en sourdine, pour d’autres en résonances fulgurantes. Christophe les réveille, les expose, les triture et les donne à voir dans de magnifiques costumes cinématographiques, portées par ses géniales explorations nocturnes.

Assurément un album phare de l’année, et peut-être un chef d’oeuvre. Mais comme pour tout opus de Christophe, il faudra attendre un certain nombre d’années avant de s’apercevoir à quel point il est en avance sur son temps.

Fred Natuzzi

Coup de Coeur C&Osmall

http://www.christophe-lesite.com/

Les Vestiges Du Chaos
Christophe
2016
Capitol

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