Chelsea Wolfe en concert à Paris, un soir d’état d’urgence…

Live Report Chelsea Wolfe

Chelsea Wolfe + A Dead Forest Index à Maroquinerie, Paris, le 18/11/2015

Des live-report, on en trouve tous les jours, pour tout type de concert et de musique. Certains plaisent, parce qu’on y retrouve la magie de l’instant, les anecdotes croustillantes, des photos à l’arrache à partir d’un téléphone ou d’un Canon Olympus 3000 dernier cri. On peut même y trouver des vidéos, toutes aussi faites à l’arrache, qui permettent à ceux qui n’étaient pas là de se sentir quelques part présents, bien que frustrés, forcément. Maintenant, autant être clair, le live-report du 13 novembre 2015 au Bataclan est l’un des pires de l’Histoire. Ce n’est pas à cause de sa stupéfiante diffusion ou de ses (trop nombreuses) vidéos en circulation, non, c’est parce qu’il montre la fin de dizaines de vies innocentes « perverses » hors-champ, c’est parce que c’est dur de ne pas entendre les applaudissements, les rires, la musique, la vie, quoi. Oui, je me la joue pathos là. Après ces événements barbares à l’arme de guerre, l’état d’urgence décrété… Sortir ? Écluser un godet ? Assister à un concert ? Des questions… Sécurité ? Peur ? Psychose ? Et puis on se dit : fait chier, je veux vivre après tout, et puis merde quoi. Je ne vais pas rester cloîtré alors que le concert de Chelsea Wolfe est autorisé et maintenu. Déjà Abyss, sorti cette année, a acquis le statut de classique (ce n’est que mon avis), je n’avais jamais vu l’américaine avec son groupe, et quelque part, quelle belle manière de résister à la psychose ambiante et à la boule au ventre que je me traîne depuis plusieurs jours.

Fouille au corps à l’entrée, interdiction de quitter l’enceinte sous peine de sortie définitive, ça ne rigole pas. Encore plus quand on tâte l’ambiance. Première chose, ça fait super bizarre d’entrer dans une salle plongée dans l’obscurité. Histoire de contexte. Deuxième chose, c’est fou comme on observe les gens, leurs attitudes, leur visage, et cette putain de porte qui s’ouvre en grinçant. Et puis on se tourne vers le groupe d’ouverture.

A Dead Forest Index. Je n’ai jamais entendu parler d’eux, ils ont déjà commencé quand je débarque. C’est toujours étrange de prêter oreille alors qu’une tension est palpable dans la salle. La foule est présente, le concert est complet, et les places revendues dans la journée sont parties aussi sec. Mais on sent les cous tendus, les corps raides et une attention toute particulière pour la musique du duo anglais. Délitant une pop éphémère et sombre, A Dead Forest Index arrive à façonner une ambiance qui rendra le public curieux et réceptif comme si on naviguait sur un nuage au fond d’une cave. Aux vues des circonstances, ce climat d’apesanteur n’en sera que d’autant plus salué par le public, suffisamment poli pour ne pas rendre le set des timides anglais trop long, ces derniers recevant un accueil plus que mérité, voire chaleureux. J’esquisse un sourire.

Une fois la salle comble, mais alors vraiment, et que deux perches de deux mètres aient eu la merveilleuse idée de se coller juste devant moi, Chelsea Wolfe débute son set. Décrire le concert de l’américaine est peu aisé. Personnellement, je l’ai vécu comme une libération, cet état où vous retenez votre souffle avant de le lâcher dans un grand soulagement expiatoire. Chaque titre interprété fut une claque, un déferlement d’émotions. Le public, lui, se relâche. Il laisse exploser ses cris et ses applaudissements trop longtemps contenus. Chelsea de sa petite voix annonce l’importance d’être présent. En trois mots : « C’est pour Paris ». Et l’américaine de nous charmer de sa voix diaphane à faire pâlir de honte Pj Harvey, alors que le son, proprement colossal, amènera une lourdeur (quasi doom par instant) qui décuplera l’intensité du set jusqu’à atteindre le point névralgique de la catharsis. Et les gens de se sentir vivants, transportés par les titres à 90% piochés sur Abyss.

On notera sur « House Of Metal » la distribution de lys blancs à l’adresse des premiers rangs alors que le son prenait des proportions gargantuesques. Intense est le premier mot qui vient. Délaissant les balades folk pourtant savoureuses, Chelsea et son groupe ont choisi de durcir le ton. Les cordes vibrent à chaque note, les frappes de Dylan Fujioka explosent, et, au milieu de tout ça, la voix de Chelsea se faufile, elle capte l’attention, elle offre douceur, chaleur et réconfort. Les couples sont enlacés, certains yeux sont humides, peu de mots sont prononcés.

Après un rappel s’achevant dans une apothéose bruitiste et galvanisante avec « Pale On Pale », les sourires sont béats, les regards complices. Que voulez-vous ajouter à cela ? Merci Chelsea de m’avoir extirper de ce cauchemar, ne serait-ce que durant cet instant. Saluons le public présent montrant sa résistance et sa révolte en ces conditions extrêmes et tendues. Et la vie continue. Monde de merde…

Jéré Mignon

http://www.chelseawolfe.net/

Chelsea Wolve Live

3 commentaires

  • Lucas Biela

    merci, une artiste que j’admire beaucoup. J’aurais aimé être là 🙂

  • Dany Larrivée

    Excellente chronique Jérémy!!! J’avais l’impression d’y être. Tu me donnes le goût de bricoler une time machine et de me téléporter à ce moment précis. Excellent papier! Chapeau, Maître Mignon!

  • Sam

    Je lis cette superbe chronique, presque 2 ans après, de ce concert où je voulais aller mais n’étais alors plus en capacité de retourner voir un concert.
    J’espère un passage de Chelsea en 2018 et donc une grande séance de rattrapage.

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