Cheeto’s Magazine – Boiling Fowls

Cheeto’s Magazine – Boiling Fowls

Premier album déjanté du groupe espagnol Cheeto’s Magazine, « Boiling Fowls » est un formidable condensé d’humour et de pastiche, doublé d’un cocktail musical explosif. En effet, bien que proposant une musique dite « progressive », on est ici bien loin des clichés d’en genre qui se prend trop souvent au sérieux, en s’attachant à produire une musique complexe juste pour répondre à des critères spécifiques et épater la galerie. Ici, la technique est clairement mise au service de la dérision et du fun. Dans ce premier essai jubilatoire à souhait et peaufiné à l’extrême au niveau des arrangements, on sent expressément la volonté de s’affranchir des codes du rock progressif classique. En témoigne l’épique suite servie en guise d’ouverture (« Nova America »), où une parodie de heavy metal avec cris « zappaïens » en prime allant de pair avec l’image du volatile en péril sur la pochette du disque, se trouve prise en sandwich entre deux passages pêchus typiques des américains de Spock’s Beard. Voix enjouée, rythme entraînant, guitare anthémique (pardonnez l’anglicisme) et synthés alarmés, tout y est ! La ballade qui illumine – six cordes mélodique à l’appui – la transition vers la seconde tranche « beardienne » vient comme pour annoncer un destin salvateur à notre malheureux poulet bleu pris au piège sous les feux de la rampe. Passera-t-il à la casserole comme dans tout bon épisode des Happy Tree Friends qui se respecte ? On vous laisse imaginer cela et tirer vos conclusions en fonction de votre propre degré de cruauté ! D’autres éléments appuient le propos humoristique du combo. En premier lieu, les caricatures de musique électro dans « The Driver And The Cat » et sa petite sœur « Driver French » (servie avec l’horrible vocoder de rigueur, s’il vous plait !) sont très surprenantes car elles tranchent radicalement avec le reste de l’album et dénotent une prise de risque appréciable de la part d’un groupe dont le style s’adresse à un public parfois élitiste. Aussi, les claviers sont souvent arrangés pour participer à l’ambiance « gros délire » qui règne ici. Ceux-ci frétillent de joie sur l’entraînant « Volcano Burger » (morceau très « heartland rock oriented » qui rappelle curieusement le générique de l’émission TV « C’est pas sorcier ») ou l’éclectique « Octopus Soup ». Ils deviennent même complètement hilares sur « Four Guitars » et « Fat Frosties » ! Les connaisseurs noteront au passage quelques clins d’œil aux musiques de jeu vidéo sur « The Driver And The Cat » ainsi que dans « Octopus Soup » et « Fat Frosties ». Côté voix, ça part également un peu dans tous les sens et la fantaisie est toujours de mise. Il faut entendre « Teddy Bears » avec son chant tour à tour en mode rock barré et gospel, mais aussi les canons vocaux que nos protagonistes prennent un malin plaisir à « massacrer » (en toute élégance, rassurez-vous) sur « Nova America » et « Octopus Soup » (et ses séquences chantées volontairement outrancières) ! Et ce n’est pas terminé, puisqu’on pourra enfin apprécier un petit hommage à Dave Vanian des Damned sur le décidément bandant « Octopus Soup », comme on se délectera d’une douce singerie de chœur d’opéra sur « Naughty Boy ». On notera dans ce titre que les effets de la voix de tête renvoient directement à l’univers de Mike Patton, du temps où l’artiste californien officiait au sein de Faith No More. En conclusion, si vous cherchiez la réponse à la célèbre question de Frank Zappa « Does humour belong in music? », Cheeto’s Magazine vous l’apporte sur une galette ! A déguster sans modération.

Lucas Biela & Philippe Vallin (9/10)

http://cheetosmagazine.bandcamp.com/album/boiling-fowls

Boiling Fowls
Cheeto's Magazine
2014
Autoproduction

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