CélèS – Humain

CélèS – Humain

Célès Humain

Les humains de CélèS ont investi les caves troglodytes de Loches (37) pour créer l’événement autour de la présentation de leur premier EP : Humain. C’est que ce cadre fantasmagorique est l’endroit idéal pour décharger de leur esquif latin leur cargaison de post-rock accusateur envers le phénomène d’autodestruction de la race humaine. Cette chronique se veut à la fois être le reflet de cette soirée magique mais également celle de l’EP composé de trois titres intégrés dans les sept qui ont constitué la setlist du concert.

Le groupe a été formé il y a dix-huit mois sous la houlette de son mentor, compositeur et claviériste, Guillaume Dolbeau qui, à ses dires, œuvre à projeter CélèS dans le futur. C’est que le Tourangeau a rongé son frein pendant plusieurs années avec des compos déjà bien ancrées dans son cortex avant de réussir à s’entourer des compagnons idéaux pour se lancer dans cette aventure.

Célès Humain Band1

Cet ainsi qu’Elvis Slonina qui, bien qu’handicapé par un prénom le destinant plutôt au rockabilly qu’au post-rock, a débarqué avec sa basse mugissante, qu’Emmanuel Rousseau, bardé de pédales d’effets, s’est mis à déverser les sonorités les plus improbables avec sa six cordes et que le petit dernier arrivé, le truculent batteur Yohan Fourrier, a délaissé temporairement les covers de Marcel Amont (faut bien vivre !) pour des contrées musicales bien plus ambitieuses.

Pour un groupe à l’existence aussi jeune et dont ce concert n’est que le second de son existence, j’ai été frappé par la cohésion scénique et l’assurance dans l’interprétation de titres certes, la plupart joués sur un rythme mid-tempo (post-rock oblige), mais dont la richesse musicale n’engendre pas la monotonie.

Le seul bémol réside dans l’interaction avec le public dévolue à notre « boulanger » Guillaume, nu-pieds tel Steven Wilson, qui est au four et au moulin, puisque, outre les claviers, il assure la guitare rythmique, le chant (très peu puisque la production de CélèS est à 95 % instrumentale) ainsi que les samplers et autres loops. Du coup, sa concentration est entièrement au service de sa musique. Perso, j’aurais aimé quelques mots pour illustrer le propos de l’EP et une conclusion un peu plus étoffée qu’un timide « c’est fini ». Mais, un bémol n’est… qu’un bémol et ce sont des choses qui s’acquièrent avec l’expérience.

Le show débute en douceur par le titre éponyme de l’album et ses accents de wah-wah orientale, mais assez rapidement le propos prend de l’ampleur et je suis scotché par la qualité du son que Vivien Lambs, le préposé à la table de mixage a réussi à régler. Une cave en pierre très basse de plafond est certes un endroit magique pour créer l’ambiance mais un casse-tête chinois pour un ingé-son qui a dû s’arracher les cheveux (d’ailleurs, il n’en avait plus beaucoup sur la tête pendant le concert) pour obtenir un résultat aussi clair.

Emmanuel illumine cette cave par ses accents de guitare mêlant mélancolie et colère. CélèS à Loches, ça n’est pas Pink Floyd à Pompéi mais force est de reconnaître que la magie d’un lieu influence grandement le ressenti de l’auditeur. En cela, CélèS a mis dans le mille et l’extrait du discours de paix de Mandela inclus au cœur du morceau (« We respect you, we admire you, most of all, we love you ») n’apparaît pas du tout démagogique ou déplacé en cet endroit.

Célès Humain Band2

Cependant, mon titre préféré a été le second du set « Il Faut Lâcher » (qui n’est pas sur l’EP, désolé les mecs !) soutenu par un duo rythmique basse/batterie d’un groove envoûtant. Il faut voir Elvis gaver son jeu de slides du plus bel effet tandis que Yohan se lâche (normal sur un titre au nom pareil) utilisant tous ses tomes pour assurer une rythmique ondoyante habillée par une charleston omniprésente. Les deux compères ont la banane et échangent des regards entendus qui ne laissent aucun doute sur le pied qu’ils prennent sur ce morceau.

« Il ne s’agit plus de l’emporter, il s’agit d’être », martèle le défunt humaniste Albert Jacquard sur des cris de jeux d’enfants afin de lancer un « Savoir Être » dont l’épine dorsale de claviers mélancoliques est renforcée par quelques riffs rageurs et autre bottlenecks. Au-delà des mots, la musique purement instrumentale exprime tout à fait le drame qui se joue à l’échelle de notre planète et nous amène à y réfléchir de façon très intense et méditative.

Alors Guillaume fait souffler un vent samplé qui glace la moelle en guise d’introduction du morceau de l’EP choisi pour être illustré par un clip à savoir « Check Your Reality ». Les images désespérantes de la vidéo sont projetées sur le mur de tuffeau du fond de scène plantant le décor tragique de cette réalité. Emmanuel habille l’ambiance d’un halo d’harmoniques naturels. La langueur impulsée par la rythmique hypnotique de Guillaume finit par être noyée sous un torrent d’arpèges de wah-wah qui prend aux tripes.

« Help Me Now » reprend un peu les mêmes recettes avec toutefois un interlude plus léger aux claviers bien que l’exiguïté de la cave n’ait pas permis d’y installer un véritable piano.

D’ailleurs, comme en signe de protestation devant cet affront, c’est une petite ritournelle de piano/synthé qui constitue le credo de « Je Suis Sauvé », un titre plus court et plus positif. On est en droit de se demander si cette fausse joie n’est présente que pour ironiser sur l’aveuglement destructeur et individualiste du genre humain.

CélèS ferme le ban par un inattendu ovni à savoir « Second Day » au rythme disco (si, si !) qui rompt avec tout ce qui a précédé mais ne se retrouve pas pour autant hors sujet puisqu’il montre un groupe capable d’aller au-delà des schémas classiques du post-rock et donne beaucoup d’allant à cette fin de concert.

Pas de fausse note donc et, au contraire, que de bonnes surprises pour un groupe qui possède un potentiel pouvant lui permettre de gravir les échelons de la notoriété surtout qu’il a la volonté d’étoffer ses prestations live en se produisant dans des lieux magiques (ils avaient déjà investi une église précédemment) et en ayant le souci de créer un univers à la fois musical et visuel de qualité.

Rudy Zotche

https://www.facebook.com/celes.officiel/

Humain
CélèS
Autoproduction
2018

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