Camel – The Snowgoose 2013

Camel - The Snowgoose 2013

Conjuguant la douleur d’une séparation sans retour (le décès de son ami et alter ego claviériste Peter Bardens, ayant succombé à une tumeur au cerveau en 2002 et auquel ce disque est dédié) et un combat incroyablement long et douloureux contre une forme très pernicieuse de leucémie, finalement guérie grâce à une greffe de moelle osseuse, Andy Latimer effectue, en cet automne 2013, un come back sur lequel nul n’aurait parié un kopeck il y a encore quelque mois de cela. Entouré par ses fidèles acolytes Colin Bass (basse), Guy LeBlanc (claviers) et Denis Clement (batterie), l’âme de Camel a décidé, en cet automne baigné de pluie, de redonner vie à « The Snow Goose », l’œuvre phare du combo et de reprendre la route, le temps de quelques concerts somptueux en Europe (une tournée plus conséquente est annoncée pour le mois de mars 2014). Ce « Snowgoose 2013 » retrace donc, avec pudeur et sensibilité, la longue quête intérieure d’Andy face à la maladie et aux doutes, quête qui trouvera son aboutissement émotionnel devant les eaux grises et profondes agitant leur ventre ourlé au large de ses terres irlandaises d’origine. Paysage onirique s’il en est, face auquel un homme solitaire, Rhayader, s’éprend d’amitié pour une petite fille, Fritha, avec laquelle il soignera une oie blanche (« Snowgoose ») blessée.

Ce chef d’œuvre conceptuel entièrement instrumental, qui a vu originellement le jour en 1975 avec le support de feu Peter Bardens mais aussi du batteur Andy Ward et du bassiste Doug Ferguson, marie habilement fidélité à la version d’origine (le mémorable diptyque « Rhayader/Rhayader Goes To Town ») et nouvelles séquences sublimant littéralement l’ensemble (les versions divinement revisitées de « Sanctuary », « Migration », « Rhayader Alone » et « Epitaph », riches en soli de six-cordes stratosphériques).

Survolé de bout en bout par le chant vague à l’âme de la nostalgie (la bouleversante « Princesse Perdue »), « The Snowgoose 2013 » tisse une toile musicale riche en rêveries claires-obscures (« Fritha », qui vogue sur des crêtes perlées de nostalgie) et en visions troublantes (« Dunkirk », exhalant le sentiment diffus d’un abandon moral sevré de toute espèce de rédemption). Grâce aux claviers orchestraux d’Andy Latimer et de Guy LeBlanc, ce cru 2013 n’a strictement rien à envier à son illustre et magistral prédécesseur. La maestro Latimer dirige même, comme à ses plus belles heures de gloire, son vaisseau musical vers des horizons mélodiques tout empreints d’un inexprimable raffinement lyrique et d’un romantisme à fleur de peau.

La musique suave et nostalgique du vieux chameau trouve, de toute évidence, dans l’univers de « l’oie des neiges » le décor idéal lui permettant de cultiver, par son doux émoi, la bande son des nôtres. Limpide et majestueuse, cette œuvre phare, revisitée près de quarante années après sa genèse, cristallise l’identité Camel dans toute sa richesse et sa subtilité et s’impose comme l’une des productions phares de cette fin d’année. Magistral !

Bertrand Pourcheron (10/10)

http://www.camelproductions.com/

The Snowgoose 2013
Camel
2013
Camel Production

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