Bruit- Bruit Live Part I & Part II

Le Moog Taurus, j’adore ! D’ailleurs si j’en avais les moyens, je m’en achèterais un tout de suite. Comme ce n’est pas le cas, je suis bien content de pouvoir entendre cet instrument extraordinaire, de temps à autre, interpréter de la musique qui va bien à sa sonorité si particulière, à la fois « tripale » et céleste ( c’est beau quand tu parles…).

Cette fois-ci, c’est en France qu’il se trouve, sous le pied savant du bassiste Matthieu Mullet, l’un des quatre Toulousains de la formation BRUIT. Les 3 autres sont : Théophile Antolinos (guitare), Clément Libes (guitare et violon) et Damien Gouzou (batterie).

Il s’agit là de BRUIT expérimental. « L’idée, me disent-ils, est de développer une musique où il y a une perte de repères, que ceux-ci soient structurels, spatiaux ou sonores. Ils travaillent sur de longues progressions et veulent suspendre l’auditeur ou l’écraser sous un mur de son. Ils cherchent l’extrême et essaient d’aller toujours plus loin », concluent-ils.

Harmoniquement c’est très tonal, rythmiquement c’est plutôt carré avec des petites incursions dans « l’osé », notamment dans BRUIT Live Part II. Structurellement, c’est plutôt linéaire. L’expérimental se trouve donc ailleurs, te dis-tu cher lecteur ? C’est effectivement le cas et c’est encore un militaire qui gagne une tringle à rideau !

La recherche est dans le mélange des sons. Clément et Théophile créent la chaire, la substance du morceau; les sons qui font vibrer les tripes ou qui caressent le tympan. Damien crée l’ossature et garde tout le monde sur terre et en place, alors que Matthieu se ballade entre les deux univers.

Les sons de BRUIT vont grandir en toi à chaque écoute. Les guitares et les violons astraux, les basses ronflantes et profondes (hmmmmmm le Taurus !) te ramènent invariablement vers la réécoute.

BRUIT Live Part I est structuré en deux parties qui s’alternent, précédées d’une introduction à la « it’s one O’clock and time for lunch ». La partie A est  en 4/4 sur 2 accords (Sol et Mi mineur). La Partie B repose sur une basse de SI, sur laquelle traîne de temps en temps une petite mesure en 7/4. Mais la majorité de la partie est également en 4/4. C’est Damien qui donne du relief à ces reprises en doublant le tempo ou en cessant de jouer.

Pour finir, je me permets un petit clin d’œil admiratif à la dernière reprise de la partie B où le quatuor nous exécute un ralenti puissant,  magistralement interprété. Je ne suis pas sûr que tu le réalises vraiment dans le silence de ta lecture intérieure mais, il y a un bordel de bruit infernal pendant ce beau ralenti à t’arracher les tympans et te les coller aux murs. Moi, j‘analyse et je décris poliment, mais pendant ce temps-là, à Toulouse, la distorsion, les effets et les amplis sont à fond. Qu’on soit bien clair, Bruit Part I, ce n’est pas du Taylor Swift, c’est plutôt du OceanSize avec une structure en strates du genre Tubular Bells (tu sais, quand Mike Oldfield  appelle les instruments les uns après les autres ?).

***

BRUIT Live Part II : c’est la suite ? Non ! Alors pourquoi Part II ? Parce que c’est aussi du BRUIT, abruti (c’est de moi que je parle, hein, pas de toi ni de BRUIT… je ne le me permettrais pas…).

La structure est moins binaire et plus linéaire que part 1. Partie A… Ici encore, c’est la basse qui ouvre le bal; trois notes : Mi, Sol et La. La guitare  harmonise en harmonique (dommage, l’harmonica ça aurait été plus drôle..), et la section rythmique entre en ternaire (12/8 ?). Clément égraine à la guitare des arpèges syncopés du meilleur effet, puis histoire de nous montrer qu’ils peuvent jouer ensemble (tu en doutais, toi ?), les voilà partis dans une série de breaks à te passer l’envie de casser quoi que ce soit (il y en a notamment un sur la deuxième croche du temps ternaire qui continue à me fait perdre mon latin.)

Reprise du ternaire sur lequel est exposé un thème que Damien bat en 3/4 et qui est délicatement harmonisé par Matthieu : il change la couleur de l’accord en plaçant une fondamentale différente par rapport à celle attendue (j’aime beaucoup ça Damien !). Le ton et le son  montent pour culminer en Mi, sur une série de pêches genre « gros son qui tâche »  dans une alternance de 3/8 et de 4/8 (ouh la rouste !) qui introduit la Partie B en glissant savamment du ternaire de la première partie au binaire de la seconde.

La Partie B alterne entre deux structures. Elle reprend les pêches qui ont concluent la précédente partie en les structurant de la manière suivante :

  • 5/8, 5/8, 6/8. (Si tu additionnes le tout ça fait du 16/8, c’est à dire du 4/4. Tout ça fait carré, mais présenté comme ça tu n’as pas vraiment l’impression d’entendre du 4/4 traditionnel. Mais compte et tu vas voir , ça marche !)
  • un riff au gros sons qui alterne 7/4 et 4/4 (en 11/4 quoi, en gros)

Pour conclure cette partie B, les sons sont de plus en plus aériens et les rythmes de plus en plus lourds et de plus en plus lents (encore un ralenti pas facile à réaliser, bravo les gars) jusqu’à l’arrêt complet du manège où seuls résonnent les grincements des instruments à cordes, comme l’écho des freins d’une locomotive dans tes oreilles meurtries, après un arrêt d’urgence.

De ce chaos de BRUIT émergent deux pauvres notes survivantes, Sol et La. De chaque extrémité du spectre sonore, le violon et la basse 5 cordes avec « Eventide space » (et si tu sais pas ce que c’est, tu fais comme tout le monde mon grand, tu te renseignes), le premier survole le champ de bataille alors que le dernier creuse inexorablement la fosse dans laquelle tu seras enterré jusqu’à la prochaine écoute.

Une mention spéciale pour  les vidéos sur Youtube parfaitement dans le style, réalisées avec « zéro moyen » (je cite les artistes), mais faites avec amour et passion, et c’est bien de ces deux-là que nous avons le plus besoin.

Pascal Bouquillard

 

Bruit Live Part I & II
Bruit
Auto-production
2016

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