Broken Memory: A Tribute to Martin Dupont

Broken Memory: A Tribute to Martin Dupont

Broken Memory A Tribute To Martin Dupont

Britney Spears pourrait chanter à propos de Broken Memory: A tribute to Martin Dupont : « Oops! They did it again. » En effet, BOREDOMproduct avait déjà sorti en 2015 un fabuleux Pistes Noires – Hommage Électronique-Pop À Étienne Daho. L’exploit de rhabiller les chansons d’Étienne Daho en version synthé avait été à la fois gonflé et magnifiquement réussi. Le truc est que tout le monde ou presque connaît Étienne Daho dans le grand public. Alors « Épaule Tatoo » ou « Week-End À Rome », ça dit quelque chose au plus grand nombre, et ceux-ci peuvent comparer dans leur esprit avec les reprises electro-pop proposées dans Pistes Noires. Mais je suis certain que bien plus restreint est le nombre de personnes qui connaissent Martin Dupont. Il faut dire, à leur décharge, que le groupe a disparu des radars depuis 1987 après seulement sept courtes années d’existence. Est-ce à dire que c’est de l’histoire ancienne, tout juste assez fraîche pour faire le bonheur des fanatiques des années 80 ?
Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins : il y a forcément au moins cinquante bonnes raisons d’acheter Broken Memory et de l’écouter encore et encore. Et je mets à part le fait que c’est en soi, déjà, un excellent album. Mais le dire ne voudrait rien dire, justement. Car cela serait éluder la question de comprendre pourquoi BOREDOMproduct est allé réactiver la mémoire brisée d’un groupe tel que Martin Dupont. En fait, soyons clair, seuls ceux et celles qui ne connaissent pas Martin Dupont se poseront la question, les autres savent, ô combien ! De Pistes Noires, j’avais écrit : « On va ainsi de bonnes surprises en émerveillements. Bref, vous l’aurez compris, cette compil rend plus intelligent en plus du plaisir très vif qu’elle procure. » Je peux réécrire exactement la même chose à propos de ce Broken Memory, à ceci près, quand même, qu’il faut absolument remercier BOREDOMproduct de remettre à l’honneur, et aussi intelligemment, les chansons de Martin Dupont, groupe aussi inclassable qu’énigmatique et génial s’il en est.

Broken Memory A Tribute To Martin Dupont Band1

Martin Dupont ? Vous ne connaissez pas ? Vous n’êtes malheureusement pas le ou la seul(e). Stéphane Lerouge, fondateur d’Infrastition, qui a réédité en 2009 les œuvres de la formation, a dit de ce quatuor marseillais : « Peut-être le groupe qui a le ratio qualité musicale/ignorance publique le plus élevé de France. » Tout est dit ! Le pire est que se plonger dans un site comme Wikipedia n’y change pas grand-chose. Le groupe y apparaît même plus mystérieux que jamais. Il faut aller glaner dans les profondeurs du web pour en apprendre un peu plus. Alain Seghir (chant, basse, guitare, synthés, programmation, production) a fondé en 1981 le groupe pour toujours rester aux côtés de Catherine Loy (chant, synthés), dont il était follement amoureux. Mais en 1987, c’est Beverley Jane Crew (chant, clarinette, saxophone, synthés) qui fait fondre son cœur. Le groupe éclate, encore que cette nouvelle histoire d’amour ne soit pas la seule raison de cette séparation. Entre les deux, tout une collection de chansons aussi étonnantes que miraculeuses.

Aucune surprise, donc, que le label marseillais BOREDOMproduct ait voulu remettre ce groupe marseillais à sa vraie place dans le panthéon des formations françaises. Cependant, même sans chercher à en savoir plus sur Martin Dupont, il y a d’abord et avant tout les chansons. Écoutez, par exemple, « Wagui ». On est tout de suite saisi par l’étrangeté des arrangements et envoûté par la beauté de la mélodie. Et l’arrivée du chant masculin quelque peu maniéré ne rompt pas le charme, bien au contraire. Écoutez, juste un autre exemple, « Inside Out ». Là aussi, l’alliance de l’étrangeté et de la beauté. Mais ceci n’est malgré tout qu’un avant-goût vers des chansons encore plus exigeantes pour l’oreille non avertie, comme « Sticks In My Brain » ou « The Light Goes Through My Mouth ». Difficile de décrire le style de ces chansons, car en fait il n’y en a pas vraiment, à part la qualité constante de celles-ci. On a juste l’impression que ça part sur une vague idée, un sample de départ ou un coup de tête et que tout le reste suit après, souvent dans une sorte de magnifique chaos parfaitement maîtrisé. Fascinant.

Voilà, c’est ce trésor musical que remet en lumière BOREDOMproduct dans son Broken Memory. Et le label ne s’est pas privé de faire ça en grand. Car il y a non seulement un CD comprenant onze titres, un vinyle, mais aussi une cassette (accompagnant le vinyle dans le Vintage Pack) comprenant huit autres titres. Sauf qu’en cadeau, nous avons même droit à un deuxième superbe trésor : la mise en lumière de chacun des groupes qui ont repris ces dix-neuf titres de Martin Dupont. Certains vous sont déjà bien connus si vous lisez régulièrement mes chroniques, comme Celluloide, Dekad ou Neutral Lies. J’avais déjà aussi évoqué ailleurs Happiness Project et Opera Multi Steel. Voici déjà cinq groupes de très haut vol. À vous de découvrir les quatorze autres, tous excellents, voire surprenants, je vous l’assure.

Frédéric Gerchambeau

https://boredomproduct.bandcamp.com/album/broken-memory

Broken Memory: A Tribute to Martin Dupont
BOREDOMproduct
2017

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