Bölzer – Hero

Bölzer - Hero

Que s’est-il passé ?

Est-ce la mort des dieux fondateurs et archaïques qui est en cause ? Ou bien l’ouverture d’une porte amenant à l’inconscient jungien ? La dissection de la dualité entre la chair et le mental, l’Homme et la Femme, la mythologie et la réalité, à moins que ce ne soit un mélange de genres obscurs au sein de la scène metal ou autre qui a fini par donner naissance à ce Hero ? Peut-être tout ça à la fois ?

Bölzer - Band

Premier véritable album de ce duo suisse atypique, après les sorties remarquées des précédents EP Soma (2013) et Aura (2014), sans oublier la réédition de la démo Roman Acupuncture, Hero était attendu de la part d’une cohorte de « fans » toujours aussi curieux qu’avides et intransigeants. C’est qu’ils sont un tantinet chiants les auditeurs d’aujourd’hui. Hein, quand même, trouvez pas ? Certains ont quand même affirmé que cet album, c’était du Metallica (?!!?) ou du Mastodon (ce qui revient le plus souvent) à la sauce death et black. Ben voyons, dirais-je… Déjà, je rapproche plus la voix de KzR (ou Okoi) des plaintes sourdes et flageolantes d’un Aaron Turner (Isis, Sumac) que du chant mi-faux mi-juste de Troy Sanders. De plus, le groupe ose et se révèle audacieux, que ce soit dans la structure de ses morceaux ou interludes, des thématiques abordées, tonalités rythmiques et sonores que de l’incorporation d’un chant clair supplantant celui plus graveleux et sale des précédentes sorties. En cela, Bölzer se joue des codes, les manipule et en fait ce qu’il veut à la lueur vacillante d’une bougie. En ressort un moule unique et surtout porteur d’un souffle épique voir lyrique comme je n’en ai pas entendu depuis des temps incertains. Une envie de défourailler dans les mythes et le subconscient en chevauchant une créature mythologique au sein de l’Éther.

Que s’est-il passé ?

Une production ample, moderne, mettant en avant le jeu de guitare de KzR, cet escogriffe tatoué tout droit sorti d’une nouvelle de Robert E. Howard, du haut de sa guitare à dix cordes. Conçue et fabriquée par un luthier en Suisse, celle-ci permet de jouer tout aussi bien dans les graves, poisseux et telluriques, que dans une gamme plus aiguë et dissonante. Doublée par ce son architectonique, la batterie de HzR prenant des airs de tonnerre s’abattant sur le sol, les riffs se font labyrinthiques, difficiles à appréhender, l’ambiance, elle, navigue entre abstraction et psychédélisme sous un soleil d’or massif. La première écoute de Hero n’épargne pas, elle attire autant le rejet que l’approbation, la faute encore à ce chant particulier et déstabilisant, s’immisçant en planant sur les morceaux alors que pointent certaines touches syncopées laissant les cordes résonner qu’on pourrait presque qualifier de « djent ». Pourtant, vu le nombre répété d’écoutes, perpétrées au grand dam de mes voisins de palier, c’est cette voix qui donne, même dans ses maladresses, ce cachet si particulier, ambitieux et incantatoire et qui fait que Hero ne serait pas Hero s’il en avait été autrement.

Avec cet album, on entre dans une nouvelle cartographie. L’ésotérisme rime avec croyances, philosophie, perte de repères, étrangeté de l’âme et concept de l’individuation, et cet album est la pierre philosophale de tout ceci.

Que s’est-il passé ?

Jéré Mignon

https://bolzer.bandcamp.com/

Hero
Bölzer
Iron Bonehead Productions
2016

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