Bob Seger & The Silver Bullet Band – Against The Wind

Against The Wind
Bob Seger & The Silver Bullet Band
Capitol Records
1980
Thierry Folcher

Bob Seger & The Silver Bullet Band – Against The Wind

Bob Seger & The Silver Bullet Band Against The Wind

On commet tous des erreurs. Le jour où j’ai décidé de me séparer de certains de mes vinyles j’aurais mieux fait d’aller à la pêche ou à la cueillette des fraises. Et ce ne sont pas les quelques francs récoltés qui ont changé quoi que ce soit à mon train de vie. Against The Wind de Bob Seger faisait partie de la liste et croyez-moi, je l’ai toujours regretté. Alors, c’était peut-être l’avènement du CD qui, au milieu des années 80, envoyait aux oubliettes ces galettes noires devenues tout d’un coup obsolètes. J’étais loin de me douter, qu’elles auraient un jour leur revanche et redeviendraient à nouveau, en odeur de sainteté. Je me rends compte aujourd’hui que le format vinyle est irremplaçable et que les sensations visuelles ou tactiles qu’il procure sont sans égal. La belle histoire se passe à Nantes, à la devanture d’un disquaire indépendant comme il en fleurit pas mal en ce moment. Et cette pochette magnifique que je brandis bien haut se transforme aussitôt en résurrection de mon passé. Bon, tout est relatif bien sûr, mais ce sont ces petites victoires sans grande envergure qui amènent un peu de soleil dans nos vies. Tous ceux qui ont fréquenté Bob Seger vous diront que sa période avec le Silver Bullet Band est sans conteste sa meilleure. Nous sommes au mitan des années 70 et notre gars du Michigan va publier un explosif Live Bullet (1976) dont le succès retentissant lui permettra de passer dans une autre dimension. La folie Seger était en marche et les albums studios qui suivirent, devinrent pour la plupart, légendaires. La triplette Night Moves (1977), Stranger In Town (1978) et Against The Wind (1980) est de loin sa plus belle réussite même si les œuvres suivantes (et antérieures) sont à regarder avec intérêt. Bob Seger c’est avant tout une voix, tonique et convaincante que l’on associe souvent à celle de Springsteen. Ses qualités de songwriter sont également à souligner pour celui qui inspirera notre Johnny national et fournira des compos de grande classe, notamment chez les Eagles (Le hit « Heartache Tonight » sur The Long Run, classé n°1 aux US en 1980).
La pochette, majestueuse et puissante, représente cinq chevaux qui galopent à vive allure sur un sol détrempé. Cinq beaux équidés symbolisant sans doute Bob et ses quatre complices du Silver Bullet Band. La scène, devenue célèbre, est à l’image de la musique, à la fois belle et énergique. Je n’ai rien contre les barbus/chevelus (voir les pochettes précédentes) mais il faut bien reconnaître que cette peinture de Jim Warren, couronnée d’un Grammy Award en 1981, a de quoi séduire. Le Silver Bullet Band c’est Drew Abbot à la guitare, Alto Reed au saxophone, Chris Campbell à la basse et David Teegarden à la batterie. Une solide formation capable de tout faire exploser sur scène (cf. le live Nine Tonight de 1981). Outre les cinq compères du SBB, il y a du beau monde sur Against The Wind. Parmi les plus connus, on retrouve les Eagles Don Henley, Glen Frey et Timothy B. Schmit qui vocalisent sur « Fire Lake » et puis Bill Payne de Little Feat qui accompagne aux claviers sur « You’ll Accomp’ny Me ». Cette période, entre deux décennies, verra l’apogée de groupes mythiques tels Fleetwood Mac, Foreigner, Boston, Journey et bien d’autres. De véritables icônes planétaires qui ne vont pas se gêner pour squatter les radios FM AOR de l’époque et produire des disques de légende. Bob Seger connaîtra lui aussi une période faste, mais aura un peu plus de mal à se faire connaître hors des frontières américaines. Dans nos contrées, c’est donc un public averti qui suivra et suit encore ce personnage à la fougue toujours de mise et dont les apparitions récentes sur scène comme sur disque sont dignes d’intérêt. Mais repartons plutôt au tout début des années 80 lorsque Bob et sa bande se décident enfin à publier le successeur de Stranger In Town et son incontournable hit « Still The Same ». Une marche trop haute ? La suite prouvera le contraire.

Bob Seger & The Silver Bullet Band Against The Wind Band 1

Je serais même tenté de dire que Against The Wind a récolté les lauriers de son auguste aîné. Le succès de Stranger In Town (classé n°4 au Billboard top 200 albums à sa sortie) avait placé la barre très haut et pour Bob le challenge était simple, il suffisait d’enfoncer le clou. Pour cela, autant refaire la même mixture avec quelques éléments accrocheurs supplémentaires. L’emballage bien sûr, un nouveau tube dans le top 10 (« Against The Wind ») et un incontestable savoir-faire, fruit de plus de dix ans d’une carrière exemplaire. Against The Wind sera classé n°1 aux US (il détrônera même The Wall des Pink Floyd) et fera partie de ses meilleures ventes et de ses meilleures exportations. On a reproché à Against The Wind d’être un peu trop lisse et de s’éloigner dangereusement des fondamentaux. Au risque de décevoir les fans de la première heure, ce passage dans une autre galaxie ne pouvait se faire sans quelques compromis. Cela passait par une production hyper léchée et des chansons bien calibrées pour ne pas lasser et surtout, ne pas heurter. Alors c’est vrai, les thèmes sont assez banals et la musique sans trop de prises de risques. Mais que peut-on reprocher à « The Horizontal Bop », le titre qui lance l’album pied au plancher ? Un rock’n’roll classique dans sa forme, c’est certain, mais avec assez d’ingrédients pour sortir du lot. Bob n’a jamais aussi bien chanté et que ce soit le piano de Dr John, le sax de Alto Reed, les échanges de guitare entre Bob et Drew Abbott ou la folle partie finale, tout est parfait de bout en bout. C’est tout simplement ce genre de mise en bouche bien ficelé que le public aime retrouver, point final. Et la suite sera du même calibre, alternant des passages folk plus calmes (« You’ll Accomp’ny Me ») avec des tensions très marquées (« Her Strut »). Cela dit, sur ces deux morceaux, Bob ne peut résister à l’envie de pousser son interprétation vocale bien au-delà du confort et de la routine habituels. On a affaire à un chanteur d’exception qui donne tout ce qu’il a et que ce soit sur scène ou sur disque, son attitude reste la même.
Alors c’est vrai que « No Man’s Land » souffre un peu de son allure plan-plan mais le stonien « Long Twin Silver Line » qui suit juste après, rattrape vite l’affaire. La belle métaphore de la locomotive qui écrase tout sur son passage avec la super nana que rien n’arrête vaut son pesant de rock’n’roll. Un must, je vous dis. On retourne le vinyle encore sous le choc et nous voilà face au fameux « Against The Wind ». Je ne sais vraiment pas trop quoi vous dire sur ce titre tellement je l’ai écouté, vous rappeler peut-être qu’il s’agit d’une réflexion sur la vie où chacun de nous doit lutter « contre le vent » et souvent en courbant l’échine. Ou sinon, que c’est aussi une foutue bonne chanson ! La mélodie, le piano de Paul Harris, la force des paroles et l’interprétation émouvante sont ici exceptionnels. Après cette superbe accroche, la suite du disque va se poursuivre avec le sentiment du travail bien fait. Le tendre « Good For Me » fait ressortir les accointances avec les Eagles avant que « Betty Lou’s Gettin’ Out Tonight » ne réveille l’assemblée quelque peu assoupie. Un autre rock’n’roll endiablé, sans fard et rentre dedans qui ne révolutionnera pas la musique mais fera son job, comme on dit. Pareil pour « Fire Lake » avec les chœurs de qui vous savez et qui pourrait être assez commun si ce n’était la voix survitaminée de Bob Seger qui en fait une pièce à part. L’album s’achève en beauté avec « Shinin’ Brightly », son saxo, ses changements de rythme et ses backings inspirés. Tout ce que peut offrir Against The Wind est déjà bien connu du public et c’est ce qu’on lui reprochera à sa sortie. Mais je pense qu’il faudrait être sourd ou complètement blasé pour ne pas se rendre compte de l’exceptionnelle performance du gars Seger tout au long de ces dix chansons.

Bob Seger & The Silver Bullet Band Against The Wind Band 2

Je me dis que le vinyle que j’ai récupéré est peut-être le mien qui aurait voyagé de Marseille à Nantes et que mon acquéreur doit être bien malheureux aujourd’hui. On ne peut pas se séparer de Bob Seger, c’est impossible. Ce gars-là vous enfonce ses chansons au marteau-pilon avec un tel enthousiasme que l’on en devient vite dépendant. Posséder Against The Wind (et pas mal d’autres de ses frères) tombe sous le sens et fera de vous quelqu’un de fréquentable, je peux vous l’assurer.

https://www.bobseger.com/

2 commentaires

  • Jean-Michel

    Grosse bouffée de nostalgie, en effet. En plus de la musique (toute une époque et ambiance, celle d’Hotel California, des tubes de Supertramp et bien d’autres, chacun ses préférés…), cette pochette pointe sans doute au Top Ten des « oeuvres d’art » associées aux temps du vinyle roi. Epoque révolue… puis revenue en grâce, car tout est cyclique… surtout les objets ronds, et qui tournent ! J’ai moi aussi racheté en vinyle vintage cet album, dont la pochette à elle seule ouvre à de grands espaces, auprès de quelques autres dans mon panthéon graphique personnel. S’y côtoient Mike Oldfield, Tangerine Dream, les Yes de Roger Dean, les vieux Schulze et Vangelis (double RIP…), les Genesis première période, les Barclay James Harvest des seventies, etc. Liste forcément incomplète, et il faudrait parler de Top 100, et non de Top Ten. Merci, Thierry, pour ce rappel nostalgique, et (re)vive le vinyle !

    • Thierry FOLCHER

      C’est incroyable comme cette pochette a marqué les esprits. Depuis cette chronique, j’ai énormément de retours sur ce disque et son emballage magnifique. Vive le vinyle oui mais je conserve le CD aussi pour d’évidentes raisons de conservation d’un audio sans altération.

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