Blackmore’s Night – Nature’s Light

Nature's Light
Blackmore's Night
e.a.rMUSIC
2021
Thierry Folcher

Blackmore’s Night – Nature’s Light

Blackmore's Night Nature's Light

Ritchie Blackmore, ça doit vous dire quelque chose, non ? Ben oui, le célèbre et ombrageux premier guitariste de Deep Purple. Vous savez, celui qui a fait un gros caca nerveux lors du concert de Birmingham joué en 1993 à l’occasion des 25 ans de la formation dite « Mark II ». Un grand moment de théâtre qui allait définitivement clore l’aventure Deep Purple pour Ritchie, remplacé l’année suivante par Steve Morse. Seulement voilà, on en avait pas fini avec les élucubrations de Mister ronchon qui en 1997 allait surprendre tout son monde en publiant un étonnant Shadow Of The Moon en compagnie de Candice Night, sa séduisante épouse américaine. Le concept folk/moyenâgeux Blackmore’s Night venait de naître et 24 ans plus tard, le navire fait à nouveau claquer ses oriflammes avec un enthousiasme bluffant. Cela dit, lorsqu’on fait référence à Ritchie Blackmore, il y aura toujours trois catégories de gens. Ceux qui n’écoutent que Deep Purple ou Rainbow, ceux qui n’écoutent que Blackmore’s Night et ceux, comme moi, qui écoutent les trois. Donc, pour cette chronique, je vais m’adresser aux fans bien sûr mais aussi à ceux qui font preuve d’ouverture et ne rechignent pas à participer à des expériences musicales inattendues. Le public de Clair & Obscur, en fait. Car il faut savoir qu’un voyage avec Blackmore’s Night est un aller simple au pays des troubadours avec tambourins, mandolines et flûtes de la Renaissance. Si vous êtes capable d’accepter ces ambiances hors du temps et hors des modes alors pas d’hésitations, un transport magique de plusieurs siècles en arrière vous attend. Et vous verrez, cela vous semblera facile car nous possédons cette musique au plus profond de nos gènes et que les formations pop/rock d’aujourd’hui ne sont qu’une version moderne des troupes qui distrayaient nos aïeux de l’époque.

Voici donc Nature’s Light qui relance la machine après une interruption de presque six ans due à la résurrection de Rainbow sur scène. Car ça lui manquait à l’ami Blackmore, les décibels de sa Stratocaster. Des concerts dans toute l’Europe avec un line-up inédit composé en partie de membres de Blackmore’s Night et du chanteur d’origine chilienne Ronnie Romero. Une parenthèse électrique qui va laisser des traces, on y reviendra plus loin. Nature’s Light est le onzième album de la formation et se présente dans un emballage lumineux qui fait plaisir à voir. Les superbes photos intérieures de Ritchie et Candice sont à l’image de la musique, chaleureuses et marquées de l’empreinte du passé. Une évocation ancienne qui n’empêche pas Monsieur d’exhiber une mandoline double manche, sûrement inconnue à l’époque des ménestrels. Tous les deux nous expliquent que ce disque fait référence à la beauté de la nature qui aide les hommes à se ressourcer et à retrouver de l’énergie et de la fraîcheur. Par la même occasion Ritchie justifie ses choix, ceux de vouloir créer sans pression, le plus loin possible des turpitudes du show-biz. On l’aura compris, son statut de « guitar hero » était trop étriqué pour convenir à ce personnage intègre et passionné de musique. L’aventure Blackmore’s Night est bien plus que le pied de nez d’une star capricieuse. La démarche est sincère et répond à ce besoin de retrouver l’authenticité des choses simples. Pendant le confinement de l’année dernière, Ritchie et Candice ont posté des concerts « à la maison » qui montrent à quel point cette musique leur colle à la peau. On comprend mieux la ferveur (surtout en Allemagne) qui existe aujourd’hui autour de Blackmore’s Night avec ce regain d’intérêt pour une période de l’histoire qui allait sortir l’homme de l’obscurité et de la barbarie.

Blackmore's Night Nature's Light Band 1

Alors c’est certain, Nature’s Light n’a rien de novateur. Les trois premiers morceaux sont sans surprise et annoncent un retour semblable aux épisodes précédents. « Once Upon December », le titre qui ouvre le bal, est un air traditionnel italien sur lequel Candice va poser des mots pleins de tendresse et faire vibrer sa voix, toujours aussi belle. Une recette classique, bien rodée, mais qui fonctionne cette fois encore. L’enregistrement confié à Pat Regan est pour sa part bien moderne et permet à la musique de se révéler dans toute sa majesté. Un début d’album où Ritchie se montre particulièrement discret avant que « Darker Shade Of Black » ne lui donne l’occasion de s’exprimer. Un bel instrumental qui malheureusement n’est pas une nouveauté puisqu’il figurait déjà note pour note sur All Our Yesterdays, le précédant ouvrage de 2015. Au-delà de l’incontestable qualité musicale du morceau, j’ai dû mal à comprendre l’intérêt d’une telle réédition. « Anyway » (comme diraient nos amis d’outre-manche), on a retrouvé la Strato de feu et ça nous va bien. Le récent épisode Rainbow sur scène est passé par là, et sans partir vers d’improbables contrées hard rock, des titres comme « Der Letzle Musketier » ou « Second Element » vont redonner du lustre à une guitare généralement silencieuse chez Blackmore’s Night. Double utilité qui d’une part fait renaître le Blackmore électrique et d’autre part, sort Nature’s Light d’un carcan folklorique contraignant. Au rayon des bons moments à savourer, on relèvera la belle cavalcade de « Feather In The Wind », la valse romantique de « The Twisted Oak », la noblesse de l’hymne « Nature’s Light » et surtout le très beau « Second Element » qui termine l’album en apothéose. Cette reprise d’une chanson écrite en 1993 pour Sarah Brightman vaut à elle seule un éclairage puissant sur cette cuvée 2021.

Blackmore's Night Nature's Light Band 2

Nature’s Light a tout pour séduire. Un décor lumineux, des chansons universelles, une ambiance renaissance bien présente mais pas étouffante et puis quelques traits de guitare qui font du bien. Blackmore’s Night s’est un peu diversifié et nous offre aujourd’hui la meilleure thérapie à nos journées compliquées. Finis les casse-têtes et partons en compagnie de Ritchie, Candice et leurs troubadours pour former la plus belle des rondes que cette musique est capable de provoquer.

https://www.blackmoresnight.com/

 

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