Blackfield – V

Blackfield - V

A la sortie du quatrième album de Blackfield, sobrement intitulé IV, il était clair que l’absence de Steven Wilson sur la plupart des titres s’était fait sentir et qu’Aviv Geffen n’avait pas été très inspiré. En effet, l’opus était mal fichu, avec des morceaux qui ne semblaient pas finis, malgré la présence d’invités de marque. Et l’on croyait l’histoire terminée. Quand le premier album était sorti, il marquait un point chez les amateurs de pop mélodique et mélancolique et montrait une facette plus accessible de Steven Wilson tout en faisant connaître Aviv Geffen, une star en Israël (il est d’ailleurs juré au The Voice local ! ). La suite a été du même acabit, jusque Welcome To My DNA. Une série de chansons assez sombres, aux paroles parfois déconcertantes (« Go To Hell » par exemple), mais toujours relevées par de magnifiques cordes ou des mélodies à tomber (« Hello » est un bijou, « Oxygen » un modèle pop, et j’en passe…). Du coup, pour V, les craintes étaient fortes que l’on ne retrouve pas le Blackfield que l’on avait aimé auparavant. Steven Wilson ayant réintégré les rangs à temps complet pour celui-ci, et ayant mixé et produit une bonne partie de l’album (avec son complice Geffen et l’invité prestigieux Alan Parsons), les peurs se sont un peu estompées pour laisser place à l’interrogation. Reprendraient-ils les mêmes recettes ou allaient-ils prendre une nouvelle direction ? Eh bien, un peu des deux.

Blackfield - Band

Les compositions sont quasiment toutes signées Aviv Geffen et sont bien dans la mouvance de ce qu’il sait faire. La présence de Wilson confirme donc que Blackfield ne peut fonctionner que lorsque les deux sont réunis. Un disque plus long qu’à l’accoutumée (13 morceaux, 44 minutes), deux instrumentaux, certains titres moins sombres, et une présence vocale des deux protagonistes mieux répartie. Cependant, le disque est loin d’être aussi bon que les trois premiers. En effet, à trop vouloir en faire, l’enrobage des cordes, la tonalité plus pop, ou la qualité des titres eux-mêmes peuvent desservir le propos. Et c’est un ressenti qui perdure pendant toute la première moitié de l’album. L’intro « A Drop In The Ocean » est jolie, à base de cordes, mais très classique. Et sa suite, « Family Man » nous fait demander justement ce que cette intro venait faire là. Surtout que ce dernier est plus heavy, avec un Wilson sérieux comme un pape, et limite pas crédible dans le refrain. On retrouve quand même l’efficacité qui n’était que trop rarement de mise sur IV, mais force est d’avouer qu’on attendait quelque chose de plus maîtrisé. « How Was Your Ride ? » n’est pas forcément meilleure mais la tonalité retrouve ici les sonorités d’antan, joli piano mélancolique avec une mélodie sympa. « We’ll Never Be Apart » par Geffen est également efficace mais ne convainc qu’à moitié, malgré les cordes et une belle intensité montante. Le titre reste « facile ». « Sorrys », plus dépouillée, marche beaucoup mieux et semble plus authentique. Un joli moment où Geffen joue l’émotion. « Life Is An Ocean » est atmosphérique et surprend au départ. Dommage que son envolée par la suite ne soit pas plus dynamique que cela, malgré une jolie guitare finale.

Blackfield - Band

A partir de « Lately », les choses s’arrangent. Une chanson pop enlevée, réussie, bien équilibrée. « October », par son lyrisme proche d’une comédie musicale, étonne, et exprime un mal de vivre prégnant. Wilson fait une belle performance dans un registre qu’on ne lui connaissait pas. Soulignons le piano magnifique, et des cordes peut-être un peu trop présentes et qui peuvent alourdir le propos. Il n’empêche, le titre est envoûtant. « The Jackal » possède un riff comme on les aime, et aurait pu figurer sur les opus précédents. Du Blackfield classique ! L’instru « Salt Water » est une transition plus lumineuse et très agréable avant « Undercover Heart », pop encordée mariée à la jolie voix féminine d’Alex Moshe sur le refrain. Alex Moshe retient également l’attention sur le très moyen « Lonely Soul », tentative électro soul peu convaincante. En bout d’album, Wilson place son petit bébé, « From 44 To 48 », morceau efficace et très joli, qui s’intègre bien au contexte musical Blackfield, mais qui reste trop personnel. A prendre comme un bonus.

V est donc mi-figue mi-raisin, avec de bons moments qui nous rappellent la beauté d’antan, quelques tentatives d’essayer autre chose, et d’autres titres qui restent moyens. Geffen et Wilson sont peut-être arrivés au bout de l’aventure, cette cassure avec IV ayant été peut-être fatale… Ils arrivent cependant à créer de belles harmonies, des mélodies toujours intéressantes. Maintenant, à voir s’ils pourront maintenir la qualité de celles-ci, voire à progresser encore pour retrouver une grâce perdue. C’est tout ce que l’on peut leur souhaiter.

Fred Natuzzi

http://www.kscopemusic.com/artists/blackfield/

V
Blackfield
Kscope
2017

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *