Blackfield – Blackfield

Blackfield – Blackfield

Si le nom de Steven Wilson évoque quelque-chose pour vous, il conviendra cependant de présenter Aviv Geffen, second pilier du projet Blackfield qui nous intéresse ici. A l’instar de la chanteuse Noa, Aviv Geffen est aujourd’hui une véritable pop star à part entière dans son pays d’origine (Israël donc), et tout comme elle, il est connu pour ses partis pris positifs en matière de paix au Proche Orient. Sorte d’icône adulée par la jeunesse de Tel Aviv, Geffen apporte le plus grand soin à son image, avec un look très travaillé, ses fringues tendance et ses maquillages parfois outranciers lui conférant un aspect gothico-androgyne branché. Ce n’est donc pas un hasard si certains voient en lui une sorte de nouvelle émanation de David Bowie ! Côté musique, Aviv Geffen écrit et produit son premier album en 1992 (il n’a alors que 18 ans !), essai gagnant qui reçoit un très bon accueil critique à travers le pays. Jolie collection de pop songs aux accents rock avec lesquelles Aviv Geffen se forgera un style bien à lui, cet album marque le début d’une carrière prometteuse pour un jeune et talentueux artiste dont la popularité ne cessera de croître.

La genèse de Blackfield débute en 2000 lorsque Aviv Geffen invite Porcupine Tree à venir se produire en concert à Tel-Aviv et à Haïfa. Il se lie alors d’amitié avec Steven Wilson auquel il voue une grande admiration. Et si les deux hommes ne partagent pas le goût de l’engagement citoyen et politique à travers la chanson, il en est tout autrement en matière de sensibilité et d’accroche musicale. Voilà donc nos deux compères embarqués dans un projet commun à travers lequel ils se partagent chant et instruments, à l’exception de la batterie qui nécessitera les participations successives de Chris Maitland et de Gavin Harrison. La conception de l’album exigera trois années de travail laborieux entre 2000 et 2003 (éloignement géographique oblige), longue gestation qui verra la parution d’une délicieuse galette de 37 trop courtes minutes, très attendues par les fans respectifs des deux musiciens.

Blackfield est à la hauteur de nos espérances, si toutefois on ne se borne pas au versant le plus progressif de la musique de Steven Wilson. A n’en point douter, les amateurs de mélodies accrocheuses à l’effet immédiat seront aux anges. Il faut dire que Geffen et Wilson  ont apporté le plus grand soin à l’écriture et aux arrangements de ces dix titres sans fautes de goût ni temps morts. Ouvrage de deux perfectionnistes presque maladifs (dans ce domaine, Geffen semble ne pas valoir mieux que Wilson !), tout est ici en effet hyper soigné, l’ensemble bénéficiant d’une production on ne peut plus riche et classieuse. Côté inspiration, Blackfield ravira les amateurs du Porcupine Tree période « Lightbulb Sun », dont il reprend le goût pour la pop-song format single (l’album regorge de tubes en puissance !), les atmosphères souvent mélancoliques (du mellotron, encore et encore), les guitares acoustiques et les harmonies vocales de toute beauté. Le partage du chant n’est d’ailleurs à mon sens pas tout à fait équitable, et j’aurais aimé entendre davantage la voix de Geffen (au timbre surprenant, à la fois grave et suave) mise en avant.En conclusion, je dirais que Blackfield possède tous les atouts propres à séduire le plus large public (un passage radio de « Hello » et hop, on atteint le sommet des charts !), encore faudrait-il que l’album soit correctement distribué. Il n’est en effet disponible à ce jour qu’en Israël, où il a d’ailleurs fait un joli carton depuis sa sortie il y a quelques mois. Pour vous procurer ce petit chef-d’œuvre indispensable, il ne vous reste plus qu’à vous connecter sur Ebay, où alors à patienter encore un peu avant la date de sortie européenne, qui reste toujours la grande inconnue de l’histoire. On sait juste que ce pressage contiendra vraisemblablement quelques titres bonus, qui à mon avis ne suffiront pas à calmer les affres de l’attente prolongée. Pour ma part, et sans vouloir faire de pub, j’ai déjà fait mon choix.

Philippe Vallin (9,5/10)

 


 

Blackfield est un nom qui ne résonne pas comme un hymne à la joie, mais qui illustre admirablement la musique que renferme le premier recueil aux allures de rubis noir signé en 2004 par le combo (disque, au demeurant, à ce jour inégalé). Mélancolique à souhait, elle est le précipité grisâtre résultant de la manipulation délicate de deux solutions : celle du bouillonnant Aviv Geffen, rock star israélienne adulée dans son pays, et celle du serein sujet de sa gracieuse majesté Steven Wilson, alors pièce maîtresse de Porcupine Tree et réalisateur d’opus parmi les plus talentueux foulant cette terre. Un drôle de couple s’il en est, qui venait à coup sûr de planter, dans ce champ de cendres, les graines d’une carrière conjointe des plus fertiles… Oui, ces deux-là sèment… Epaulés par Chris Maitland puis Gavin Harrison (respectivement ex- et actuel leader de « l’arbre aux porc-épic ») ainsi que par un quatuor à cordes (The Illusion Quartet), nos deux maîtres à rêver nous offraient ici un rock dépressif de toute beauté. Illustrant des textes écrits à l’encre noir du désespoir (« Sears », « Pain »), les dix compositions gravées sur cette œuvre au noir constituaient en effet les fondations d’un mur des lamentations musical qui fit (et fait encore) frissonner de plaisir les âmes en peine. Guitares gilmouriennes (« Hello »), piano décharné (« Lullaby ») et mellotron fantomatique (« Glow ») résonnaient d’une émotion poignante avant de s’embraser, dans un ultime orgasme rédempteur (les bouleversants « Blackfield » et « Cloudy Now »). Voici donc un disque magistralement pensé et exécuté, mélange de mélancolie diffuse et de rage contenue, selon la définition du Spleen chère à Baudelaire.  Un sublime ouvrage, en somme….

Bertrand Pourcheron et Morgan Rivalin (10/10)

 
Blackfield
Blackfield
2004
Helicon

Un commentaire

  • Fred

    Moi aussi je suis très impatient d’écouter ce nouvel album.
    Le premier « Blackfield » reste parmi les meilleurs travaux de Steve Wilson avec « Together.. » de No-Man

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