Black Sabbath – 13

Black Sabbath – 13

Non. Juste non. Black Sabbath, l’inventeur du heavy metal, l’instigateur de scènes obscures comme le stoner, le sludge ou le doom. Black Sabbath, la version dark de Led Zeppelin. Black Sabbath et ses 4 premiers albums au panthéon de la Musique. Black Sabbath de retour, spots publicitaires, line-up originel (même si l’absence de Bill Ward est flagrante). Black Sabbath donc, sort « 13 », avec une critique comblée et gâtée, des ventes magistrales, une tournée mondiale passant par Bercy en France, un prix des places fort. Ils ont réussi ce que Deep Purple n’a jamais su faire, et mon rédac-chef (sous le charme) me tanne pour écrire un truc dessus. Et là, vous me dites, pourquoi en parler puisque tout le monde déjà affirme que c’est forcément bien, que ça renoue avec ce que le « Sab Four » sait faire de mieux ? Pourquoi ? C’est une bonne question, si, si. Sauf que si j’en parle, c’est que je ne voie à travers « 13 » que le vide et le néant. Non, franchement, je ne vois rien. Parlons un peu écriture et composition voulez-vous ? Le début des années 70, c’était l’âge d’or, une spontanéité, une remise à plat des bases musicales de l’époque, un quatuor parfait. Mais ça, c’était il y a quarante ans. Black Sabbath n’invente rien, et pire, il se parodie avec des titres trop longs, démonstratifs bien souvent, reprenant sans se fouler toutes les lignes et recettes du premier album, premier chef d’oeuvre.

Quand c’est parfait, pourquoi se prendre la tête ? Haha, ils nous refont même le tour à l’envers, et  on termine ainsi par les sons de cloches et de pluie qui ouvraient l’album éponyme. Pas mal les mecs, le même syndrome cynique à la « Scream » ? Bien sûr, on enrobe tout ça d’une production maousse. Là, je n’ai rien à dire, c’est puissant, effectivement. Non, non, vraiment, mais d’où sort cette voix ? Ozzy Osbourne, le camé qui marche avec une canne, le type que les médias sont obligés de sous-titrer tellement on ne comprend rien à ce qu’il éructe. Ici, c’est propre, puissant, beau. Merci Pro-Tools, qu’est-ce qu’on ne ferait pas sans toi. Là où les premiers albums se suffisaient à eux-mêmes avec une production qui allait très bien compte-tenu de l’état de folie des musiciens et de la période en question, ici, on se dit qu’il faut bien cacher la misère, alors on booste, on re-booste. C’est marrant, on se dit souvent qu’une trop bonne production sert souvent à masquer le peu de recherche. On dit rien là ? Ah, non c’est vrai, c’est Black Sabbath, donc, on ne dit rien, surtout pas. On s’agenouille même.

Mais quand on creuse un peu, on se rend compte, outre la paresse de composition et les décalques sans saveur (car sans sincérité), on y comble le temps. Car il faut que ça fasse long, parce que un album long, ça claque, ça fait besogneux, surtout pour le retour en fanfare. Alors on bourre. Et va que je te balance des soli longs, « progressifs » dans le plus mauvais sens du terme, et hop, que je te fais des intros qui s’étirent (tiens, « Black Sabbath » le titre éponyme, oh ben dis-donc !) pour pas grand-chose finalement. Et puis zou que je montre que j’ai un son à foutre une trique d’enfer à un pensionnaire de maison de retraite. Le problème est là, on montre, beaucoup même, on a toujours énormément à montrer, maison ne fait pas. On dit qu’on juge un homme non sur ses paroles, mais sur ses actes (c’est beau). Désolé, mais sur « 13 », je ne vois que de la parlotte, du bla-bla, mais pas d’actions, sauf pour l’ingé-son qui mérite une récompense, la médaille du mérite peut-être.

Et ne me dites pas que je dégomme l’album gratuitement. Je l’ai écouté, réécouté plusieurs fois, convaincu que ma déception en mode « Non, c’est pas possible, je fais mon blasé là ! » se changerait en « Whoa ! Quelle gaule les mecs ! ». J’y ai perdu des heures de ma concentration. Le résultat, c’est que je me suis repassé tous mes Sleep, Electric Wizard, Goatsnake, en même temps que j’ai fait la découverte de Goatess au passage. Tous ces groupes font mieux, et avec moins de moyens que ce « 13 » boursouflé. Black Sabbath, je vénère, je suis prêt à racheter en dix exemplaires leurs premiers albums, mais là, non, non et non ! C’est injuste, quelle vie de merde ! Je me refuse un trip passéiste sous couvert d’une prétendue qualité historique. Le passé, la nostalgie, c’est bon pour les racines, les bonnets rouges, les planteurs de clous. Personnellement, je vis en en allant de l’avant.

Peut-être même que le succès de « 13 » est un élément sociologique à analyser durant ce temps de crise. Il est intéressant finalement, mais certainement pas pour sa qualité musicale. Proche du néant ? N’exagérons rien, ce n’est pas Guns’n Roses non plus. Mais rien ne m’enlèvera, pas même une fatwa sur la gueule, que « 13 » aurait mieux fait de ne jamais voir le jour. On remercie néanmoins Sharon Osbourne pour le coup de pub et le pognon qui rentre. J’étais en mesure d’attendre plus que ça, même si je sentais venir le sale coup. Dura lex, sed lex. Et PAF !

Jérémy Urbain

(La décence m’empêche d’y mettre une note/10)

http://www.blacksabbath.com/

13
Black Sabbath
2013
Mercury Records

2 commentaires

  • Maisiat

    Totalement d’accord avec ce commentaire argumenté qui nous épargne les hurlements de joie de la meute. Les compositions sont plates et linéaires, les riffs d’une banalité affligeante pour un tel
    groupe, les solos de Iommi indigents et la voix d’Osbourne monocorde au point de faire bâiller d’ennui l’auditeur. Bref le naufrage complet. Passez votre chemin et retournez écouter les quatre
    premiers albums du « Sab four », sans oublier les deux premiers avec Dio.

     

    l’auditeur

     

  • Chris

    Entièrement d’accord avec l’auteur!!! Enfin quelqu’un qui a su reconnaitre l’étron qu’est cet album. Et qui a les cojones de le dire, et de bien le dire! Bref, je ne parlerai même pas du fait
    qu’il n’y a pas un mot sur Dio dans le livret, ni dans les remerciements, ni sur une chanson dédiée, ni même dans la Sabbath Family pourtant fournie… Une honte que cet album et cette attitude
    du groupe…

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