Bjørn Riis – Forever Comes To An End

Bjørn Riis – Forever Comes To An End

Bjørn Riis Forever Comes To An End

Bjørn Riis, le talentueux guitariste du groupe norvégien Airbag, nous a proposé l’année dernière le superbe Forever Comes To An End, successeur de son premier effort solo de 2014 Lullabies In A Car Crash. Un deuxième album donc qui a pas mal tourné sur ma platine pour faire partie de mes préférés de 2017. Pourtant ce n’était pas gagné d’avance avec le risque de se répéter et la nécessité d’effacer les quelques réticences relevées sur Lullabies, notamment la filiation trop évidente avec Pink Floyd et Porcupine Tree et un son de guitare trop calqué sur celui de David Gilmour. Autant vous dire que notre ami Bjørn était attendu au tournant. On peut le dire tout de suite, si sur Forever Comes To An End on retrouve encore quelques intonations qui rappellent ces illustres aînés, ce n’est plus de façon évidente, mais plutôt une coloration qui donne aujourd’hui la marque de fabrique du musicien.

Lullabies In A Car Crash nous avait laissés dans une ambiance de mélancolie nordique ouatée. Changement de décor radical avec « Forever Comes To An End » (le premier morceau) qui déboule à toute vitesse façon post-rock. Bjørn Riis est toujours aussi convainquant comme chanteur et la rythmique soutenue par son compère d’Airbag, Henrik Fossum, ne faiblit jamais. Après un break plutôt calme où l’on retrouve les sonorités qu’il affectionne, il se permet même une petite incursion vers le métal. À l’image de la pochette, le ton général est assez sombre et reflète l’état de dépression dans lequel on plonge lors d’une rupture sentimentale (thème de l’album). Cela se confirme avec « Absence », le morceau qui suit, où le piano de Simen Valldall Johannessen (Oak) nous délivre un joli motif que l’on retrouvera plus loin dans l’album. Bon c’est vrai, tout ça n’est pas bien gai, mais c’est dans ces moments qui touchent le cœur et l’âme qu’un artiste s’exprime le mieux. Ce démarrage est plutôt encourageant et la suite va le confirmer.

Bjørn Riis Forever Comes To An End Band1

C’est le ressac et le piano du claviériste d’Oak qui introduisent le très beau « The Waves ». Les paroles vraiment glauques décrivent cette lutte contre les éléments (les vagues) qui vous ballottent et vous entraînent vers le fond. La musique se fait à la fois très douce avec le chant et la guitare acoustique ou très nerveuse avec un solo électrique à la Steve Rothery qui donne le frisson. Le morceau s’achève comme il a commencé, tout doucement, avec le sonar d’Interstellar et le bruit des vagues. De tout l’album, c’est celui qui se rapproche le plus de Lullabies, comme pour nous rappeler que l’on peut proposer du changement sans pour autant rejeter le travail passé. Du changement il y en a, avec l’instrumental « Getaway » qui fleure bon du côté d’Archive. En plus d’Henrik Fossum à la batterie, c’est au tour de son autre compère d’Airbag, Asle Torstrup, d’intervenir avec quelques boucles sur ce morceau où l’on s’attend à tout moment à entendre les voix de Pollard Berrier ou de Dave Pen. Ce morceau très enlevé est capital dans la construction de l’album qui aurait pu s’enliser et finalement lasser. À noter que Bjørn Riis assure de façon convaincante toutes les parties de basse.

« Calm » est un court morceau où Bjørn Riis est seul à bord et s’en sort très bien. Il y a une jolie atmosphère et la mélodie ensoleille un petit peu l’album. La guitare en fin de morceau fait bien sûr penser au Floyd, mais dans un schéma bien différent. « Winter » est le clou de l’album où le chant de Sichelle Mcmeo Aksum (bonjour les noms norvégiens !) est magnifique. Les paroles nous apprennent que Bjørn Riis est encore accroché à sa dulcinée et voit ses derniers espoirs s’envoler. On souhaiterait presque à Björn de se faire larguer de temps en temps, rien que pour nous offrir de tels moments musicaux. Les dix minutes passent assez vite et vers la fin on peut entendre notre guitariste dans un registre jazzy assez inhabituel. « Where Are You Now » (pas la peine d’évoquer les paroles) commence avec le motif au piano d’« Absence » donnant ainsi un peu de cohésion à l’ensemble du disque. Ce motif va se prolonger tout au long du morceau comme support à la virtuosité de notre guitariste chanteur.

Bjørn Riis Forever Comes To An End Band2

Pour conclure, si vous aimez par-dessus tout faire tourner les serviettes ou chanter « À La Queue Leu Leu », Forever Comes To An End n’est pas pour vous, mais comme je le pense, en tant que visiteur de C&O, vous avez là un superbe album qui va faire de l’ombre à la production d’Airbag, d’autant que Disconnected était un peu décevant. Aux dernières nouvelles le groupe existe toujours et je suis impatient de voir comment il va réagir après cette belle prise en main de la part de son guitariste. À noter que Bjørn Riis a composé un EP de 25 minutes intitulé Coming Home et comprenant quatre nouvelles pièces ainsi qu’une relecture du morceau « Lullabies In A Car Crash ». D’après son auteur, ce mini-album se veut la conclusion de Forever Comes To An End, alors 25 minutes de bonheur en plus, c’est du tout bon.

Thierry Folcher

Coup de Coeur C&O

http://www.bjornriis.com/

Forever Comes To An End
Bjørn Riis
Karisma Records
2017

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