Biréli & Co live… et hommage à Prince

Biréli Lagrène, Lenny White, Antonio Faraò et Gary Willis au New Morning de Paris le 21 avril 2016 + hommage à Prince

Dernière journée d’une mission de 12 mois, mais première soirée en concert en 4 mois, c’est avec une affiche exceptionnelle que le 21 avril se conclut pour moi. A l’initiative du géant du gypsy jazz Biréli Lagrène, réunissant autour de lui le latinisant Antonio Faraò, et les fusionnant Gary Willis et Lenny White, ce sont en effet des grands noms de leur instrument respectif qui se produisent ce soir sur la scène du New Morning, première date de leur tournée.

Une fois dans la salle, c’est avec une programmation entièrement Prince-ière que j’attends ces rois du jazz. Quoi de plus naturel pour rendre hommage à un géant de la pop, dont je venais d’apprendre avec stupéfaction le décès. Je parle de pop, mais il ne faut pas oublier que l’album The Rainbow Children était une belle façon pour le kid de Minneapolis de rendre hommage au jazz de son père. Et puis, véritable entertainer qui n’avait rien à envier à Freddie Mercury, ses performances scéniques au cours desquelles il pouvait mettre en avant ses talents de guitariste, associaient l’énergie du funk de James Brown et les rythmes endiablés de Santana. Aujourd’hui c’est à ce touche-à-tout que le monde rend hommage, un homme petit par la taille mais grand par le talent, dont l’univers couvert de paillettes cachait en réalité un génie des grooves imparables et des refrains entêtants. Lui qui avait réussi le pari de vendre des millions d’albums en en assurant seul la composition, l’interprétation et la production, continuait à sortir des disques dans le style panaché qui l’avait rendu populaire mais dans la plus grande discrétion, preuve qu’il était animé par la passion de la musique et non celle des ventes.

Prince

Après avoir annoncé son décès, Lenny White a tenu à lui rendre hommage ce soir, au travers de « Dedication », un morceau qu’il avait composé pour un trio au line-up tout aussi renversant que le quartet de la soirée (CBW, composé de Larry Coryell, Victor Bailey et Lenny White). Ce morceau est empreinte d’une tendresse touchante, tranchant avec les titres plus percutants de la soirée, même si d’autres moments de tendresse bousculeront les moments de bravoure. Tout au long du concert, ce sont effectivement les ronronnements tour à tour grondant et dansant de Gary qui sont réveillés par les aspérités de Biréli, celles-ci appuyées par la frénésie d’Antonio et le souffle saccadé de Lenny. C’est cependant notre souffle que l’on retient, quand la bouille décontractée de Lenny se pare d’un rictus dans l’exécution de solos dantesques faisant jaillir un effort que l’on ne soupçonnait pas jusqu’alors.

Bileli band

La salle est comble, et les quatre fantastiques nous comblent tout autant. La soirée est sous le signe d’un jazz tour à tour hard-boppé et funké. A la fin, l’on retient que l’on a assisté à une véritable leçon de jazz, où l’aisance des musiciens dans leurs improvisations articulées n’a d’égale que leur expérience et leur talent.

Lucas Biela

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