Bi Kyo Ran – A Violent Music

Bi Kyo Ran – A Violent Music

Amateurs de rock progressif sombre et torturé, ne passez pas à côté de ce disque du très déjanté groupe japonais Bi Kyo Ran. En effet, cette formation qui, de 1982 à 1995, avait livré trois albums placés sous le signe de l’éclectisme (influences jazz, classique et contemporaine au menu) revient après quelques années d’attente avec un disque plus radical et homogène, explorant ici son côté obscur et violent (d’où le titre !) Ls 7 compositions de l’album sont en effet empreintes d’une tension quasi-permanente, ce qui nous renvoie directement à l’univers musical du Roi Cramoisi des années 73-74 (le groupe mérite bien dorénavant son surnom de « King Crimson nippon »). L’autre comparaison inévitable sera celle avec les suédois d’Anekdoten, lui même particulièrement influencé par Robert Fripp et sa bande : on pourrait en effet presque prétendre que « Feet On The Ground », le 2ème titre de l’album, soit en fait un titre du fameux « Vemod », 1er album et remarquable disque d’Anekdoten, sans que personne ne s’aperçoive de rien. Mais au moment où Kunio Suma, le leader guitariste du groupe, vient pousser la chansonnette en langue japonaise, il n’y a plus aucun doute sur les origines non scandinaves des auteurs de ce très bon titre !

On retrouve donc dans « A Violent Music » la même tension fiévreuse, la même nervosité, les mêmes sonorités « sales » et saturées qui faisaient le charme et la personnalité des premières œuvres du combo suédois, ainsi que, (ô joie !) une très large utilisation de ce bon vieux mellotron aux sonorités typées et si caractéristiques d’une glorieuse époque, tant affectionnées par les amateurs de progressif seventies. Mais faire de Bi Kyo Ran un simple clone d’Anekdoten serait très réducteur, voir franchement injustifié. Le groupe nippon conserve en effet une personnalité bien à lui au niveau de l’approche mélodique, et sur le plan technique, celui-ci fait preuve d’une virtuosité et d’une vitalité débordante (section rythmique à tomber par terre) qui le hisse souvent vers des sphères bien plus aventureuses que son pourtant excellent homologue suédois.

Voilà donc une oeuvre devenue culte avec le temps, référence indispensable qui s’adresse en premier lieu aux fans de musiques progressives les plus expérimentales et dissonantes. Attention : ce disque peut s’avérer nocif à l’équilibre mental de tous ces mélomanes accrocs à la complexité, et après une écoute intégrale de « A Violent Music » (ou en boucle pour les plus suicidaires), la lecture d’un CD davantage « récréatif » est vivement conseillée, voir à prescrire !

      Philippe Vallin (7/10)

A Violent Music
Bi Kyo Ran
1999
Musea

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