Arno – Human Incognito

Arno Human Incognito

On accueille toujours une nouvelle tournée d’Arno avec allégresse et gourmandise. Même si Arno fait du Arno, comme toujours, on en redemande. Du reste, il est le seul à boxer dans cette catégorie. Dans la marge mais en plein dans le mille, le bluesman belge négocie une carrière hors piste avec perte, fracas et brio. Une musique-mixture qui puise ses forces tant dans la musique noire la plus primitive que dans la new wave la plus datée, dans la chanson réaliste la plus connotée ou dans la disco Eighties la plus décomplexée. Tout ce qui rentre fait ventre. La musique développée, déjà jadis par T.C. Matic, et perpétrée aujourd’hui encore par l’Arno en solo, prouve qu’elle a tout ingéré, digéré et recréé. Le Gargantua de l’Archiduc (« son » bar en ville) propose, à intervalles réguliers, un mets rare, parfois âpre mais jouissif comme il ne l’est pas (plus ?) permis. Des rythmes tribaux, des sons stridents, des guitares-scies circulaires, des textes triviaux, abscons, au mieux ubuesques et, mousse sur la rousse, une voix incarnée, râpeuse, ingénue qui sait faire rire ou pleurer aux larmes. L’arme fatale du barde reste l’émotion. Il n’est pas anodin que le compère de Bruxelles ait souvent été comparé au géant Tom Waits. (Mais Arno, c’est mieux.)

Qui peut écouter « Les Yeux De Ma Mère » sans se cacher du regard d’autrui ? Qui peut se passer « Oh La La ! » sans dodeliner du chef ? Et « Lola, etc. », si ce titre ne vous bouleverse pas…Que nous réserve donc cette nouvelle cuvée 2016 ? A coup sûr, à boire et à manger comme à l’accoutumée. A nouveau produit par l’infatigable John Parish (P.J. Harvey, Eels, Dyonisos, Giant Sand, on en passe et des meilleurs), l’Arno nouveau porte beau.

Arno

On commence très fort avec l’imparable « I’m Just An Old Motherfucker » de bonne facture. Classique mais efficace. A relever que sur cette chanson, comme sur les neuf autres, la basse de Mirko Banovic (« Il est Yougoslave, il est pas cher mais il est gentil quand même » comme le présente immanquablement Arno à chaque concert) fait des merveilles. Il a dû écouter en boucle l’album Histoire De Melody Nelson de Gainsbourg. Puis, « Please Exist », un pur produit « techno-bastringue » comme les affectionne tout particulièrement le Maestro. Suivent « Je Veux Vivre » (balade chaloupée), « Now She Likes Boys » (du pur Arno Waits) et le calme « Oublie Qui Je Suis », aux ambiances savamment étudiées.

Il faut attendre « Never Trouble Trouble » et « Une Chanson Absurde » pour retrouver l’Arno malicieux et décalé tandis que « Dance Like A Goose » ravira les amateurs de Beck et Radiohead. Et comment mieux terminer un disque qu’avec un morceau nommé « Santé » ? Certes, Human Incognito n’a pas la prétention de présenter sa candidature au poste de meilleur album du bonhomme. On n’atteint que rarement la force imparable d’un Charles Ernest (2002) ou la beauté sauvage d’un Idiots Savants (1993). Mais chaque sortie de Monsieur Arnold Charles Ernest Hintjens (ça pose son homme un tel patronyme, non ?) est à recevoir avec humilité et gratitude.

Arno, simplement, aime la vie, la mange, la boit, la chante et l’enregistre. Acheter Arno restera toujours un remède au spleen bien plus efficace qu’un expédient de plus de développement personnel (Comment mieux communiquer ?, Comment être un homme, un vrai ?). Arno propose le métier d’homme. Le vrai. Le seul.

Christophe Gigon

Coup de Coeur C&Osmall

http://www.arno.be/

Human Incognito
Arno
2016
Naïve

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