Archive – Restriction

Archive Restriction

Voilà treize années qui se sont écoulées entre l’œuvre référence « You All Look The Same To Me » (2002) et « Restriction », Archive nous offrant au total onze albums et un camaïeu de couleurs sonores, passant régulièrement de la clarté la plus divine aux profondeurs de la Moria. Bref, une discographie véritablement claire/obscure en tout point. Britannique d’origine mais français de cœur, ce groupe qui, à ce jour, peine encore à remplir les salles dans sa vieille Angleterre, en déborde au contraire dans notre chère Gaule, à l’instar de leur inspiration. Il faut dire que nos Britishs ne laissent pas le temps à leurs fans d’avoir faim : en effet, « Restriction » et « Axiom » n’ont même pas 9 mois d’écart ! Ce nouvel opus d’Archive nous propose un répertoire de douze morceaux, où nos quatre vocalistes – j’ai nommé David Penney (alias Dave Pen, connu aussi pour son groupe Birdpen), Pollard Berrier, Maria Q et Holly Martin (la petite dernière depuis 2012) – se succèdent à tour de rôle, amenant chacun sa texture et sa sensibilité singulière. Globalement, l’approche sonore s’apparente à une suite logique de l’album « With Us Until You’re Dead » de 2012.

Même si à leur habitude, chaque nouvelle livraison du gang est aussi une nouvelle page d’aventure musicale qui s’ouvre, il se peut qu’on y retrouve quelques échos des albums « Michel Vaillant » (bande originale du film éponyme) et « Noise », tous deux respectivement sortis en 2003 et 2004. « Restriction » emprunte au rock à tendance progressive sa charge émotionnelle et au courant electro sa puissance, afin de créer cette atmosphère pleine, dense, fidèle à leur image. On notera que deux morceaux seulement passent la barre des 6 minutes : exit ici les suites élaborées comme « Again”, « Waste », ou autre « Lights », Archive privilégie en effet des compositions plus concises, directes, mais tout aussi efficaces.

Archive Band

« Restriction » a été enregistré dans la foulée de leur dernière tournée, et pour un disque studio, celui-ci présente un son plus « Live » que ses prédécesseurs, très accrocheur et particulièrement dynamique, qui reste d’ailleurs assez fidèle aux prestations scéniques du groupe. Aussi, comme le veut la coutume, un nouvel album d’Archive rime forcément avec nouvelles facettes, nouvelles influences… La présence du son électronique saura s’imposer sur la plupart des différents titres, avec des programmations toujours aussi millimétrées et percutantes, sans pour autant sombrer dans un univers de pur electro totalement froid, pour ne pas dire « robotisé ».

Les nuances se font sentir dès l’ouverture du bal avec « Feel It », porté par cette voix en détresse de David Penney qui contraste avec un refrain-guitare aux relents « électro-punk ». S’en suivront les morceaux « Restriction », « Kid Corner », « Ruination » et « Crushed », où la machine séquentielle continue de marteler les mesures avec véhémence, parfois jusqu’à l’excès. Bien heureusement, la crème apaisante à la sauce Archive constitue à nouveau la médiane de ce nouvel album. En témoigne par exemple la douceur polaire (à l’image de la pochette) d’un « End Of Our Days », enchanté par la jolie voix nordique d’Holly Martin (Rihanna et Beyonce n’ont qu’à bien se tenir !), qui nous remet en mémoire sa magnifique performance sur « Violently », extrait de l’album « With Us Until You’re Dead ».

Le chant pessimiste et alarmant de David Penney est de retour sur « Third Quarter Storm », se posant avec volupté sur les arpèges de claviers signés Darius Keeler. Un véritable « made in Archive » dont le coda, magnifique, s’achève en une nuée de chœurs lugubres et envoûtants. Sur « Half Built Houses », Maria Q nous délivre ici son unique contribution, qui préludera le fameux « Riding In Square », quant à lui interprété par l’américain Pollard Berrier (qui œuvrait autrefois au sein du groupe autrichien Bauchklang). Il s’agit très certainement et à plusieurs égards du titre « référence » de cet album, de par sa longueur bienvenue, son caractère musical bien forgé, inépuisable, et de sa structuration maîtrisée d’un bout à l’autre, entre modernité et esprit « vintage ». On retrouve ce même genre d’équilibre assumé sur le très fréquentable et ouvertement electro-pop « Greater Goodbye », avec son faux air un peu étrange de « Behind The Wheel » (Depeche Mode : « Music For The Masses » en 1987) dans sa partie introductive.

A l’arrivée, Archive nous offre encore un très bon cru de son répertoire, intelligemment ciselé et orchestré, mais sans pour autant nous surprendre complètement. Cependant, malgré ses presque 20 ans d’activité (eh oui, déjà !), on peut supposer et espérer que le meilleur de nos anglais reste encore à être écrit. Quoi qu’il en soit, « Restriction » ne constituera point leur premier faux pas discographique, pas encore. Au contraire, l’album se présente comme une nouveau « manifeste » créatif du collectif emmené par Darius Keeler et Danny Griffiths, décidément encore bien loin d’avoir dit leur dernier mot !

Olivier Dominici (8/10)

http://archiveofficial.com/

Archive
Restriction
2015
Dangervisit

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