Andrew Bird – My Finest Work Yet

My Finest Work Yet
Andrew Bird
Loma Vista Recordings
2019
Thierry Folcher

Andrew Bird – My Finest Work Yet

Andrew Bird My Finest Work Yet

Quelle pochette et quel titre ! Fallait oser quand-même. Andrew Bird qui se transforme en Marat et vous annonce qu’il vient de pondre ce qu’il a fait de mieux jusqu’à maintenant, c’est pas banal comme attitude. Faut dire qu’elle accroche le regard cette pochette. Le mimétisme est proche de la perfection à la différence que Charlotte Corday n’est pas passée par là, que le nom du fondateur de « L’Ami Du Peuple » est remplacé par Bird lui-même et celui du peintre David par MFWY (My Finest Work Yet). La référence à la révolution poignardée n’est pas anodine dans le sens où Andrew évoque sans détour tous les violents travers politiques dont son pays (les États-Unis) et le monde sont inondés. En revanche, le titre est assez discutable car si sur cette douzième livraison studio il y a bien des « finest works », l’ensemble ne mérite pas vraiment cet attribut. Par contre, j’ai le souvenir d’un Weather Systems (2003) ou d’un The Mysterious Production Of Eggs (2005) qui m’avaient littéralement scotché et mis la barre tellement haute que jamais plus Andrew Bird ne retrouvera ce niveau d’inspiration et d’émotion. Pour tous ceux qui ne connaîtraient pas bien le personnage, sachez que l’homme oiseau vient de Chicago, qu’il a une formation de violoniste et qu’il accompagne souvent ses compositions de pizzicati et de sifflements du plus bel effet (normal quand on s’appelle Bird). On peut dire que c’est un alchimiste des sons qui produit une musique atypique au service d’une prose pas toujours facile d’accès. Son précédant album, le déroutant Echolocation : River paru en 2017 est le deuxième volet d’une série de cinq enregistrements extérieurs à vocation méditative.

MFWY qui sort cette année est donc un retour salutaire aux classiques chansons dont Andrew Bird est un redoutable artisan. Il possède en effet un savoir faire évident pour accrocher l’auditeur avec sa voix et ses mélodies. Mais sa grande force est de toujours surprendre avec des interventions au violon ou au sifflet qui n’appartiennent qu’à lui. MFWY est un bel exemple de ce savoir-faire et même si le titre est à prendre avec précaution, cela reste néanmoins un bon album ; un peu déséquilibré mais bon quand-même. Il faut dire que les dix chansons ne vont pas dégager le même niveau d’émotion et empêcher du coup une adhésion totale. L’album a été enregistré entre Los Angeles et New York par les habituels David Boucher et Paul Butler pour un résultat haut de gamme d’une belle clarté d’écoute. Cela commence très fort avec le single « Sisyphus » où l’on retrouve avec plaisir la voix claire et déterminée du chanteur de l’Illinois. Un titre en référence au roi de la mythologie grecque condamné à faire rouler éternellement un rocher et qui symbolise pour Andrew nos dépendances et les souffrances qu’elles engendrent. Bon, pas de panique, tout cela est raconté avec humour et avec un certain détachement. Côté musique, on sent de l’enthousiasme et de l’inspiration. Le morceau très pop est plaisant et l’on retrouve bien sûr des « petits trucs » qui font dresser l’oreille comme le piano inspiré de Tyler Chester ou les percussions débridées mixées très en avant. Un bon départ qui va être validé par « Bloodless », assurément la belle pépite de MFWY. La musique endosse les atours d’un jazz diabolique qui se déploie en plusieurs séquences tantôt nerveuses, tantôt apaisées sur lesquelles Andrew nous parle du triomphe des puissants et d’une situation fragile prête à exploser, encore « bloodless for now », mais jusqu’à quand ? Le titre est fort en tout point et met du coup la pression sur le reste du disque.

Andrew Bird My Finest Work Yet Band1

Cela se vérifie immédiatement avec « Olympians », un cran en dessous mais comment faire autrement ? Un morceau également très pop, un peu plus court et ramassé et sur lequel on peut relever les jolis « backings » de Madison Cunningham. La touchante ballade folk « Cracking Codes » ne décolle pas vraiment malgré l’intimité du sujet et quelques arrangements bien amenés. « Fallorun » reste dans la continuité, un poil country mais sans plus. Heureusement, « Archipelago » va redresser la barre avec ses passages au violon somptueux, son chant qui devient choral et son thème bien senti sur l’utilité des ennemis pour avancer. A ce stade, l’album semble bien reparti après un coup de mou et dans la foulée, « Proxi War » nous offre une chanson qui pulse pas mal et qui maintient ce bon niveau retrouvé. Mais c’est surtout « Manifest » qui va nous séduire avec ses cordes rétro et sa mélodie accrocheuse qui m’a aussitôt fait penser au « It Don’t Come Easy » de Ringo Starr. Le sujet, les arrangements, le côté folk nous ramènent à toute allure vers les seventies et font de ce titre un peu à part l’autre grand moment du disque. De son côté « Don The Struggle » ne manque pas d’originalité avec son tempo martial et sa folle cavalcade inattendue mais le résultat, pas vraiment convaincant, est seulement sauvé par un vibrant solo de violon. La conclusion revient à « Bellevue Bridge Club », une virée schizophrène assez joliment chantée mais qui laisse planer de drôles d’impressions.

Andrew Bird My Finest Work Yet Band 2

On ressort de MFWY avec un sentiment partagé entre enthousiasme et retenue. Les sujets traités sont compliqués à décoder et la musique pas toujours à la hauteur. Cet album possède néanmoins quelques trésors qu’il serait regrettable de ne pas écouter même si on est loin de corroborer le titre annoncé. Andrew Bird est un artiste différent qu’il faut connaître pour sa sensibilité, son talent d’auteur, compositeur et interprète hors norme. J’ai seulement un peu peur que sa livraison 2019 soit en partie occultée par une pochette vraiment splendide.

http://www.andrewbird.net/

 

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