Anathème – Fūjon

Anathème Fujon

Au commencement, quelques crépitements étranges viennent nous titiller les oreilles et l’imaginaire, à tel point qu’on penserait presque s’être trompé de disque en ayant inséré le seul opus du Pink Floyd des années 90. Sauf qu’il ne s’agit pas là d’un certain « Cluster One », les nappes de Wright et les notes de Gilmour tardant à faire leur apparition. Non, nous venons d’être conviés à l’ouverture instrumentale de « Fūjon », 6ème EP d’Anathème, un quatuor post-rock originaire de Nancy qui vient de tisser à l’instant, et en l’espace de trois courtes minutes, un magnifique paysage hivernal où plane un peu l’esprit ultra-mélancolique et contemplatif des japonais de Mono. « Post-rock », c’est en effet le style de prédilection qui colle à la peau de nos 4 musiciens (Dom à la basse, Pat et Flo aux guitares et Yann derrière les fûts) depuis la genèse de leur projet commun en 2003. Leur musique s’inspire en effet ouvertement de leurs aînés anglo-saxons, et il est impossible de ne pas penser à Mogwai, This Will Destroy You et surtout Explosions In The Sky dès qu’Anathème déploie son propre « son » (guitares on ne peut plus caractéristiques, avec ou sans saturations), ainsi qu’un indéniable savoir-faire en la matière.

Car oui, si Anathème n’impose pas vraiment un univers musical singulier, la formation excelle dans l’art de jouer avec les codes et l’esthétique d’un genre musical qui s’est imposé depuis l’aube des années 2000, dans la foulée de ces groupes précurseurs qui ont tenté, entre autres expérimentations sonores, l’heureuse fusion du minimalisme ambient et de l’énergie du rock. La musique des Nancéens appartient à cette famille, s’inscrit dans cette tradition, mais sans toutefois en aligner tous les clichés parfois usés jusqu’à la moelle. Exit ici par exemple le schéma classique « introduction planante/long développement instrumental/crescendo explosif », le tout baigné dans une atmosphère globalement sombre, pour ne pas dire complètement désespérée.

Anathème Band

Les compositions volubiles d’Anathème savent aussi faire preuve de luminosité et d’entrain (l’enjoué « Baisers de Glasgow » et sa partie centrale agrémentée de voix féeriques dignes du meilleur Sigur Ros), varier les climats et les émotions au sein d’un même titre (l’alambiqué « Ohka » et son délicieux final extatique), ou au contraire installer une ambiance plus homogène en trame de fond à travers laquelle il fait bon laisser dériver son imaginaire (le méditatif « U Govna » venant conclure l’EP dans un sentiment d’apesanteur bienvenu).

Bref, avec leur nouvelle livraison discographique, les gars d’Anathème ne révolutionnent en rien le petit monde balisé du post-rock instrumental. Mais leur sens aiguisé de la bonne composition qui fait mouche, leur impeccable technicité d’ensemble (rodée à l’occasion de multiples concerts donnés à travers la France et les pays limitrophes) et, peut-être le plus important, leur sincérité palpable à s’exprimer dans l’art qui est le leur, font de ce mini-opus un ouvrage des plus fréquentables, que je vous encourage à découvrir sans tarder.

Philippe Vallin (7/10)

http://www.anatheme.fr/

Fūjon
Anathème
2014
Autoproduction

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