Amon Tobin – ISAM

Amon Tobin

Que de chemin parcouru pour Amon Adonai Santos de Araújo Tobin (à vos souhaits) depuis la moitié des années 90. Qui aurait pu se douter que ce rabatteur pour hôtel allait devenir une icone de la musique électronique (trop vite catalogué bobo-branleur, il est vrai) ? Qui d’autre aurait pu créer ce mélange de dark bossa nova avec des rythmiques drum n’bass jungle alambiquées et des breaks tordus ? Et s’il y a bien une chose qu’on peut affirmer chez le Brésilien, c’est sa persévérence. Toujours aller plus loin dans l’abstraction, la recherche, quitte à perdre des fans au passage. Celui qui a fait des BO de jeux vidéos, celui dont en entendait au moins une fois par semaine un de ses titres sur une chaîne même si ça n’avait rien à voir, et bien ce gars nous a pondu un authentique disque fou.

Fou dans le sens où Amon Tobin s’est royalement foutu des préjugés, des « on-dit » et des genres. « ISAM » c’est un territoire vierge. Un ravalement de façade, un parti pris suicidaire. Ce sont des esquisses au fusain qui deviennent plus belles que le tableau lui-même. C’est un jeu vidéo SF (avec décollage de vaisseau en prime). Des fées invisibles à l’oeil nu qui batifolent autour de nos têtes. « ISAM » c’est une foule d’idées farfelues poussées au paroxysme qui s’emboitent, se disputent, se séparent pour mieux se rejoindre. C’est un défi. Jamais le Brésilien n’aura paru aussi libre de ses gestes et des frontières. Il s’en fout, il ose, il modèle, il fait (Vous avez vu la teneur vidéoludique de ces concerts ?). C’est à la fois d’une naïveté confondante et en même temps d’une émotion bouleversante. Des fois, c’est du Autechre avec de la chaleur, de la douceur, une fibre humaine aussi légère qu’une feuille sous la rosée du matin. Sam Lowry fuyant la dictature rétro-futuriste de Brazil dans ses rêves et ses personnages romantiques.

Car au milieu de ce patchwork hétéroclite Amon Tobin n’oublie pas l’émotion, aussi mutante, folle et féérique soit-elle. Ce qui fait que « ISAM » est grand album, bien que mal percu à travers le net, c’est juste une chose, une petite chose. Cet album est… touchant et maladroitement génial. Comme un nouveau-né qui chiale, pas content, étrange, voir inquiétant par son univers fantasmagorique et sans attaches. « ISAM », ma claque personnelle de l’année dernière.

Jérémy Urbain (9/10)

http://www.amontobin.com/

ISAM
Amon Tobin
2011
Ninja Tune

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