Amelie Mc Candless – The Stranger

The Stranger
Amelie Mc Candless
Autoproduction
2019
Jean Michel Calvez

Amelie Mc Candless – The Stranger

Amelie Mc Candless The Stranger

Amelie McCandless ? Un nom qui appelle les grands espaces et les plaines américaines, tout pourrait y faire croire… Eh bien non, The Stranger n’est pas importé de Nashville mais une production bien de chez nous. L’illusion est parfaite : l’inspiration, le son, la maîtrise de la langue et des accents anglais d’Amelie McCandless font penser à un album cent pour cent « made in USA ». Et même s’il n’en est rien, ce nom cache une admiration sans bornes de notre songwriter de la région de Reims pour le continent américain. En particulier pour la liberté absolue, la pureté et la quête spirituelle radicale de Christopher McCandless dans le film Into the Wild, avec son héros écorché vif, épris d’un retour à la nature qui s’exprime ici par une musique qui célèbre sa liberté. Cette pureté revendiquée exclut toute concession à l’électronique ; pas non plus de claviers, mais une palette d’instruments issus du folk ou de la country, comme banjo ou lapsteel. Y alternent les titres accompagnés à la guitare et des arrangements plus sophistiqués (chœurs, section rythmique, une contrebasse), comme sur « A Dark Secret », sans oublier quelques riffs plus électriques. On note malgré tout ici et là quelques effets fugitifs et discrets comme la touche d’écho sur le riff conclusif de batterie de « Breaking Bad », ou sur la voix d’Amelie dans « Foggy Song ».
Après Wild Memories en 2013, premier EP très folk et ouvert sur la culture indienne, puis un EP live en 2015, Amelie Mc Candless et le groupe qui l’entoure désormais ont testé leur cohésion sur scène. Et ils nous reviennent en 2019 avec The Stranger, premier album Long Play, sans doute moins folk (sans oublier leurs racines) et au son plus puissant et plus rock sur certains des 10 titres de l’album. Sur des morceaux épurés comme « Skipping Stones », ou sur « Sleepless Night » pour d’autres raisons, on pense aussitôt à Alela Diane, référence absolue pour Amelie, dont le timbre de voix est d’ailleurs souvent très proche. Et Amelie McCandless souligne sa fusion de style et d’inspiration avec la songwriter amérindienne jusqu’à en avoir la silhouette, la guitare, le look et parfois les nattes ! On pense aussi à Emily Jane White (ici aussi, le violoncelle a sa place), Laura Veirs voire Aimée Mann (sans les claviers) ou, sur les titres plus typés country, à des songwriters « historiques » comme Gillian Welch, Emmylou Harris et bien d’autres voix féminines du folk. Mais un folk qu’Amelie McCandless a un peu « musclé » ou fait muter par divers apports qui lui donnent une superbe assise rythmique, et de ce fait, une nouvelle universalité qui devrait lui permettre de séduire aussi les fans de rock.

Amelie Mc Candless The Stranger band3
Le groupe est pour beaucoup dans cette nouvelle signature sonore, et la variété des arrangements donne une couleur spécifique à chaque titre. Sur le superbe « Neil in Boredomland » introductif (objet d’un clip promotionnel dépouillé en noir et blanc, très classe), l’intro à la guitare laisse penser à un duo voix/guitare acoustique digne de la première mouture sixties de Joni Mitchell, avant l’entrée en lice du groupe tout entier. Et sans perdre de vue la veine folk, on retrouve sur The Stranger toute l’énergie, l’émotion et l’authenticité du bluegrass nerveux d’une Allison Krauss inspirée, lorsqu’elle est appuyée par son fabuleux quatuor Union Station, ou du duo First Aid Kit, dont tout le monde a entendu « My Silver Lining » dans une certaine publicité automobile (Johanna et Klara Söderberg se sont glissées avec tout le talent que l’on sait dans la peau d’authentiques songwriters américaines et y sont même reconnues comme telles ; c’est tout le mal que l’on souhaite à Amelie McCandless et son groupe, qui le méritent tout autant).
Sur The Stranger, la variété des ambiances est donc la règle, parfois au sein d’un même morceau à plusieurs sections, sans que l’on ne s’éloigne jamais tout à fait d’un folk souvent intimiste, grâce à la présence permanente de la guitare et d’une voix typée, parfois pas si éloignée dans ses inflexions de celle de la Grande Joan Baez. Sur le titre « The Stranger », un surprenant chorus masculin final de toute beauté casse les codes habituels du folk pour aborder la polyphonie vocale.

Amelie Mc Candless The Stranger band1

Accompagnée par un violoncelle élégiaque sur « Lost Falling Leaf », la voix fragile et un peu rauque d’Amelie McCandless rappelle l’esprit des ballades folk les plus poignantes d’Emmylou Harris. Quant à « Sleepless Night », il nous rappelle furieusement le blues sudiste hanté du fabuleux Pirate’s Gospell d’Alela Diane (un album d’une absolue pureté jamais égalée sur les suivants), les chœurs féminins remplaçant ici ceux, calés plusieurs octaves plus bas, du chœur gospel qui accompagnait la chanteuse indienne, et on se doute que ce « Sleepless Night » est un clin d’œil et un hommage assumé et non pas un simple hasard. Souligné par les tambourins, le rythme obsédant qui structure « Beyond Your Wildest Dreams » est une variante du fameux ostinato baroque, alors que « Foggy Song », plutôt rock malgré son titre brumeux, affiche un beat nerveux à la basse électrique, accompagné par un accord tournoyant de banjo puis, lorsque le tempo s’accélère à mi-parcours, intervient le chorus surprenant (et amusant) d’une voix enfantine, brisant à nouveau les usages – ou les limites ? – du folk traditionnel. « Breaking Bad » varie encore la formule des chorus sur un rythme enlevé, marqué par une batterie très présente et percutante, avant une brutale rupture de ton en seconde partie, s’ouvrant sur un magnifique solo de Telecaster, et à ce fameux riff conclusif suspendu déjà évoqué. « Under The Big Tree » conclut l’album dans un registre bien plus apaisé, tel un écho au premier EP de la chanteuse, accompagné à la guitare acoustique dans la pure tradition folk. La boucle est ainsi bouclée.

Amelie Mc Candless The Stranger band2
Amelie McCandless revendique la référence à des groupes comme Daughter, Wye Oak ou la chanteuse Aurora. Et bien sûr, à Alela Diane, celle qui a montré à notre chanteuse la voie du folk et lui a fait quitter l’univers du grunge, du rock et du punk de ses débuts. Et même si The Stranger n’ouvre aucune voie nouvelle, faisant allégeance à un genre musical déjà bien connu, cet album le fait sans faute de goût et de superbe manière, n’ayant pas à rougir d’une redoutable concurrence venue des USA, et y ajoutant même ces morceaux à plusieurs sections créant la surprise. La voix Amelie McCandless, son style et celui de son groupe ont tout pour que l’illusion évoquée au début de cette chronique tienne du miracle, à savoir qu’un groupe de la région de Reims parvienne à nous transporter très loin de chez nous, « là où l’herbe était plus verte / et la lumière plus vive », comme le chantait David Gilmour avec Pink Floyd sur le célèbre « High Hopes » : « The grass was greener / the light was brighter… » Dans sa quête éperdue d’absolu et d’authenticité, Christopher Mc Candless aurait certainement pu adopter The Stranger comme bande-son de son escapade ultime Into the Wild. Et même sans aller aussi loin que lui dans nos propres désirs d’authenticité musicale et d’une certaine Amérique fantasmée, on ne pourrait que l’approuver dans ce choix. Alors, au final, Amelie McCandless, serait-elle une nouvelle Emmylou « bien de chez nous » ?

https://www.ameliemccandless.com/
https://soundcloud.com/ameliemccandless
https://ameliemccandless.bandcamp.com/

 

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