Amartia – Delicately

Amartia - Delicately

Alors qu’Amartia a repris du service après un break de 2 ans, je ne résiste pas au plaisir de ressortir de mon placard à chroniques celle de Delicately, que je considère comme étant le meilleur album des quatre qu’ils ont produits.

Le groupe lillois est mené par Vincent Vercaigne, guitariste, chanteur et compositeur de grand talent et accessoirement, dénicheur de chanteuses qui ne sont pas moins douées. Sur Delicately, le bien nommé, c’est Britta Herzog qui officiait au micro. Si Maïeutics préfigurait bien de la capacité d’Amartia à proposer un produit original, dans le genre rock progressif, Marionette, le CD suivant, était une confirmation, malgré un line-up difficile à stabiliser. Avec Delicately, plus d’hésitations possibles, il fallait que le groupe franchisse un palier. C’est donc avec beaucoup d’espoir que j’attendais, à l’époque, de vérifier concrètement cette progression. Et c’est effectivement un produit très bien léché que nous livra Amartia. Certes on y retrouve le style qui a fait la réputation du groupe nordiste avec des tempi assez lents et marqués, dominés par la voix enchanteresse de Britta, la vocaliste allemande, régulièrement soutenue par des chœurs discrets. Mais ce qui change, par rapport aux précédents disques, c’est la production bien plus musclée.

Amartia - Band

Si Vincent a le secret pour délivrer, ce que j’ai souvent appelé, des riffs de velours (« Not A Detail »), il a ici dopé ses guitares, qui versent plus dans le metal progressif (« Delicately », « Your Attention », « Spring Evolution »). Pourtant, la production de Delicately est d’une clarté exceptionnelle, sans excès de saturation ou de compression, comme on le constate trop souvent lorsqu’un groupe cherche à obtenir un gros son. La musique d’Amartia semble également beaucoup plus équilibrée sur cet album, un peu comme un bon vin qui arrive à maturité. Une part plus importante est dévolue aux claviers, principalement pour habiller la rythmique et apporter des sonorités electro, à l’instar de « Spring Evolution ». La batterie se fait plus claquante, même si je regrettais à l’époque, que le son de caisse claire soit pratiquement le même sur tous les titres. Mike Portnoy déteste la production d’Images And Words pour ce même motif, et je pense qu’il a entièrement raison. Les soli délivrés par Vincent atteignent la perfection, non pas en matière de brio, mais plutôt d’un point de vue sensibilité (« The right note at the right moment »). Assez régulièrement, l’ombre du grand David Gilmour semble planer sur Delicately, « Not A Detail » en étant une bonne illustration. Egalement, les ajouts de twin (Don’t Be Sorry, Spring Evolution), de wah-wah (Grey Circles, Another) ou l’incursion en acoustique sur l’instrumental « A Quiet Place »  sont d’une justesse épatante. Des incursions, certes, mais aussi une excursion vers le répertoire de Mike Oldfield me donnait, lors de la sortie, la banane le temps d’un remarquable instrumental « Hightech Human » sur un rythme folk, à la rythmique survitaminée, qu’on croirait tout droit sorti d’un pub irlandais.

Sur Delicately, le guitariste nordiste n’était toujours pas accro de passages shred endiablés et ma critique récurrente sur le fait que le groupe ne proposait jamais de titres rapides reste malheureusement toujours valable. Seul, l’étonnant instrumental « Spring Evolution », donne droit à un solo un peu plus résolument speedé, Quelques accélérations plus fréquentes de ce style auraient été les bienvenues. Si Amartia a alourdi sa musique, il n’en oublie pas pour autant les moments aériens et éthérés. Ainsi, la magnifique ballade « Don’t Be Sorry » place dans un écrin de piano et de violon la superbe voix de Britta, La reprise de guitare et  batterie en cours de titre aurait arraché des larmes à  Dark Vador tellement l’émotion est à son comble, De la part d’un chroniqueur comme moi qui trouve 90% des ballades « chiantes », c’est un réel compliment. La fin de l’album réserve moins de surprises avec un « Another » plutôt pop rock qui montre cependant que le groupe a également la maîtrise des refrains accrocheurs.

Encore actuellement, je réécoute très régulièrement Delicately avec un plaisir sans cesse renouvelé. Je le fais régulièrement apprécier à des invités qui ne sont pas rodés aux codes des musiques progressives. Je le passe en fond sonore et on me demande alors souvent qui est cette chanteuse à la voix magique, ou ce groupe à multiples facettes, dont les chansons donnent très vite envie de les fredonner.

Delicately a été l’album de la consécration pour Amartia et lui avait ouvert les portes d’une relative reconnaissance, se produisant notamment aux côtés d’Epica, d’Agua De Annique, ou de Stream Of Passion à l’époque. Ça n’est pas pour rien que le groupe l’affiche toujours en page d’accueil sur les réseaux sociaux. J’espère que l’avenir d’Amartia bénéficiera de toutes les forces de cet album qui tient  toujours une place bien au chaud dans ma discothèque.

A noter que le morceau en écoute est la version acoustique du titre éponyme « Delicately » interprétée par le line-up actuel, une sorte de trait d’union entre l’ancien et le nouveau Amartia.

Rudy Zotche

https://www.facebook.com/amartiaband/

Delicately
Amartia
Pervade Productions / Gofannon records
2009

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *