Amara – Va, Cours, Vole & Crève

Amara

Il est des œuvres qui ne vous laissent pas indifférent, qui vous laissent un goût bizarre dans la bouche. Cet  album est de cet acabit. Diamant noir aux textes qui ne donnent place à aucune espérance, son titre est un coup de fusil dans les rêves de l’existence. Son dernier mot claque comme un tonnerre. Va. Cours. Vole. Et crève. Amara voit la vie en sombre, et à coup de mots ciselés et de poésies rageuses, il raconte les expériences amères, celles dont on ne se remet pas. C’est dans une élégante enveloppe atmosphérique que se nouent les deuils des rêves euphoriques, ceux qui nous poussent à courir, à espérer et qui finalement s’écroulent. Au fur et à mesure que l’on se laisse emporter dans ces paysages cabossés, on pense à Thiéfaine et Bashung, aussi à Pierre-Yves Theurillat, Murat ou même Nick Cave. Les mots d’Akim Amara sont lancés à nos oreilles comme autant de harpons, provoquant ainsi une émotion constante, une implication pour ceux qui sauront se laisser emporter dans les zones dangereuses de notre humanité. « Comment je traine » met en avant une voix grave sur fond de guitare atmosphérique avec une électro et des percussions minimalistes.  On explore l’inconnu, on ne veut pas savoir, il existe des mystères, des doubles-faces, des wild side qu’il ne faut pas connaitre. « Le Silence » évoque le désespoir dans une musique western où il n’y a pas d’échappatoire. Chronique épique du néant. Va, cours, vole et crève. Son aspect cinématique renforce ces mots qui s’envolent comme la poussière du désert. « Le Vent Se Lève » rappelle Bashung dans cette histoire de retenue et d’immobilisme. On y va ? On n’y va pas ? Et puis quoi ? Qu’est-ce qui nous retient ? Nous ? Le destin ? Avec un travail atmosphérique magnifique aux guitares et de belles harmonies vocales, le titre envoûte.

« Comme La Pluie », engagé, sonne l’alarme de la bête immonde. Nous sommes tous de la même tribu, nous habitons tous ici. Le texte d’Amara résonne dans l’actualité, la pluie doit éteindre le brasier. La batterie et les percussions soulignent une guitare omniprésente qui pourrait cracher du feu. Cette sous-jacente violence, cette Histoire qui se répète, Amara la redoute et prévient. Les rythmes plus urbains de « La Colline » étonnent et viennent souligner le changement radical opéré par la guerre dans les paysages, dans les gens eux-mêmes. La violence humaine, la folie des grandeurs, une noirceur d’actualité… Enfin, « Le Corridor » raconte la mort d’un homme, sur musique cinématique, la batterie assenant le temps qui passe, inexorablement. Personne ne sait ce qu’il y a au bout de ce corridor. Mais l’espoir dans la mort est équivalent à celui dans la vie, incertain.

Amara tisse des chansons d’une lucide noirceur. Et pour cela, il s’est entouré des musiciens de feu Radiosofa (pour qui il avait écrit le titre « Les Portes ») : Mathieu Pigné, à la batterie et aux percussions, également co réalisateur de l’album, Fabien Senay aux guitares et claviers, Matthieu Forest aux guitares, claviers et chœurs, et Ludwig Brosch à la basse et aux claviers. Toujours dans les bons coups, Antoine Gaillet (Radiosofa, Arman Méliès, Julien Doré et j’en passe) a mixé le EP. Tout ce petit monde a créé un album d’une belle envergure, qui laisse présager un avenir prometteur !

Les textes à la fois accessibles et poétiques d’Akim Amara, associés à une atmosphère rock cinématique, sont des tranches de vie dont la portée vise haut. Réussi et impressionnant. Bravo.

Fred Natuzzi (8/10)

Pour découvrir l’album :

http://amara-officiel.bandcamp.com/

Va, Cours, Vole & Crève
Amara
2014
Autoproduction

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