Alpha Lyra – From Berlin To Paris

Alpha Lyra – From Berlin To Paris

Derrière Alpha Lyra, projet qui voit le jour en 2006 avec la parution du bien nommé « Music For The Stars », se cache Christian Piednoir, synthétiste passionné depuis plus de 30 ans par les musiques électroniques planantes. Son intérêt se porte tout particulièrement sur l’incontournable Klaus Schulze et la « Berlin School » des années 70, ainsi que sur l’ambient, concept musical à part entière amorcé à la même époque par le génial Brian Eno puis largement développé par le touche-à-tout anglais la décennie suivante. L’influence de ces deux courants majeurs est très claire à l’écoute des albums d’Alpha Lyra, immersifs et évocateurs à souhait, dans lesquels on retrouve à la fois une grande maîtrise des claviers et séquenceurs, un sens de la mélodie minimaliste assez personnel, mais aussi un goût prononcé pour les longues plages texturales presque statiques, où l’émotion n’est pas portée par un thème mélodique justement, mais plutôt par l’assemblage des sons en eux-mêmes, et l’atmosphère sensible qui en découle naturellement.

Il n’est d’ailleurs pas étonnant de découvrir que l’autre mode d’expression de Christian est la photographie professionnelle, tant sa musique matérialise dans les esprits des mondes imaginaires très graphiques et cinématiques. C’est également grâce à cette activité que l’artiste français a pu approcher ses références et maîtres en matière musicale (parmi lesquels Klaus Schulze, Tangerine Dream et Tim Blake), ce qui sera l’élément déclencheur de son propre projet. Celui-ci est baptisé Alpha Lyra en l’honneur de l’étoile de Vega (son autre nom), l’astre le plus brillant de la constellation de la Lyre dans l’hémisphère nord, la seule à représenter un instrument de musique parmi les 88 qui composent et tapissent notre belle voûte céleste.

Après les deux volumes de « Music From The Stars » entrecoupés du très Schulzien « Aquarius » en 2006, “From Berlin to Paris” est le 4ème opus en solitaire de Christian Piednoir, et celui-ci est loin de faire l’impasse sur ses premières amours, à savoir la « Kosmische Musik » Berlinoise. L’album est même pensé comme un hommage rendu à cette fertile et passionnante épopée des années 70, qui ouvrait alors des perspectives d’écoute nouvelles et florissantes aux mélomanes curieux, plongés dans des univers musicaux et sonores complètements inédits, voire inouïs. Nous sommes ici invités à un doux voyage ésotérique en apesanteur et en cinq étapes depuis Berlin, berceau de ce « Big Bang » créatif sans équivalent, jusqu’à Paris, capitale de France et des arts, en quelques escales mélancoliques gorgées des souvenirs indélébiles de Christian, de ses rencontres privilégiées avec ces musiciens explorateurs qui ont écrit la légende et en ont inspiré tant d’autres.

Mais si le périple onirique auquel Alpha Lyra nous convie est nostalgique par essence, il ne l’est pas forcément en termes de choix artistiques et esthétiques, et à travers l’album se côtoient tout autant des sonorités modernes (numériques) et vintages (analogiques). La combinaison des deux est d’ailleurs une constante et une composante propre au style d’Alpha Lyra depuis ses tous premiers travaux de compositeur. « Berlin 6.00 » est très certainement le titre le plus « passéiste » du disque (ni voyez là rien de péjoratif), avec ses enchevêtrements de séquenceurs aux boucles rythmiques entrelacées et parfois volontairement décalées, sur lesquelles viennent se poser quelques notes et accords mystérieux de l’ancestral Moog et autres machines analogues.

La seconde plage « Under Den Linder » est dédiée à la célèbre avenue Berlinoise du même nom, avec une longue introduction de nappes profondes et vaporeuses qui ne sont pas sans évoquer les travaux récents du californien Steve Roach, avant qu’une mélodie obsédante ne vous emporte sur un flot rythmique qui ne l’est pas moins. « From Berlin To Paris » est quant à lui très certainement le titre le plus hanté par l’âme des grandes œuvres de Klaus Schulze (ainsi que « Midnight In Paris », qui conclue l’album en pure beauté contemplative digne des meilleurs moments de « Mirage » et « Body Love »), avec ces chœurs célestes et voix lyriques étirés à l’extrême, noyés dans un océan d’éther synthétique.

Quant à « Beaubourg 16 PM », il s’agit là très certainement du morceau le plus serein et lumineux de l’album, avec de jolis arpèges de carillons sur fond de textures ondoyantes, laissant l’auditeur figé dans sa rêverie, comme un instant d’éternité. Avec « From Berlin To Paris », Alpha Lyra nous livre peut être son disque le plus émouvant et poétique, une œuvre incontournable pour tous les aficionados d’escapades électroniques, dont l’inspiration constante est le fruit d’un vécu et d’une humanité plus que palpable. Intemporel et magique !

Philippe Vallin (8/10)

http://www.alpha-lyra.net/

http://alpha-lyra.blogspot.fr/

From Berlin To Paris
Alpha Lyra
2013
PWM

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